Agriculture

Une filière coton à l’agonie

La production cotonnière au Burundi est totalement marginale. Le nombre de producteurs, les superficies cultivées et le rendement du coton ont chuté depuis 1993. Cela s’explique essentiellement par le niveau du prix au producteur jugé peu rémunérateur par les cotoculteurs. La crise de 1993, la concurrence des cultures vivrières sur le coton, la pression démographique …constituent aussi un handicap majeur pour le développement de cette culture.

La culture du coton a été introduite au Burundi en 1920 dans la région de l’Imbo. Dès lors, la pratique de la cotoculture sous le régime de l’obligation s’est rependue rapidement et la production augmenta. Elle atteignit 8 813 tonnes, niveau jamais égalé en 1983. A partir de 1993, la production commença à chuter à cause de la crise politique que traversa le pays.

Sur le plan institutionnel, l’année 1947 marque la création du Comité de Gérance des Réserves Cotonnières (COGERCO). Celui-ci avait pour mandat la vulgarisation des techniques de production du coton, l’organisation des producteurs et de la collecte du coton graine. Cette organisation boosta la production. En 1980, fort du succès obtenu dans la région naturelle de l’Imbo, les pouvoirs publics décidèrent d’étendre la culture de coton à la région de Moso en vue d’augmenter les rentrées en devises du pays. La même année le Complexe Textile de Bujumbura (COTEBU) naquit ; une société de droit public ayant pour objectif la fabrication et la commercialisation des tissus. En 1984, la COGERCO fut devenu la Compagnie de Gérance du Coton, établissement à caractère industriel et commercial (EPIC) ayant pour mission la promotion de la culture du coton, l’encadrement et l’appui aux producteurs de coton, la transformation du coton graine en coton fibre et la commercialisation de la fibre et des graines de coton. La filière coton du Burundi a atteint son apogée. Mais cette embellie fut de courte durée.

Pourquoi ?

Pierre-Claver Nahimana, directeur général de la COGERCO : « Les superficies disponibles pour la culture du coton sont passées de 11500 hectares en 1961 à 2500 actuellement »

Pour Pierre Claver Nahimana, directeur général de la COGERCO, les causes de la baisse de production du coton sont multiples. Il cite la guerre civile de 1993 qui a fortement touché la culture du coton. Les cotoculteurs ont fui. Lorsque la situation s’est améliorée, ces derniers ont été frappés par la famine. Ce qui les a poussés à remplacer la culture du coton par les cultures vivrières. A cela s’ajoute la pression démographique qui a fait que certaines gens se sont emparées des réserves cotonnières, particulièrement dans les zones de rapatriement des réfugiés. Pour lui, l’attribution des superficies hors paysannat de l’Imbo nord à des privés pour d’autres fins, l’extension de la ville de Bujumbura sur des terres réservées à cette culture explique ce phénomène. De plus, des éléments incontrôlables dont la sécheresse à répétition, les inondations, le détournement des engrais pour les cultures plus rémunératrices que le coton, La flambée des prix des cultures vivrières par rapport au prix du coton en disent plus.

Une production en net déclin

Pierre Claver Nahimana énumère les principaux défis auxquels fait face la culture du coton. La production annuelle de coton fibre qui s’élevait à 3400 tonnes en 1971 a chuté progressivement jusqu’à osciller actuellement autour de 1000 tonnes. Les superficies disponibles pour la culture du coton sont passées de 11500 hectares en 1961 à 2500 actuellement. Il ajoute que le coton graine à lui aussi sensiblement chuté passant d’un niveau record proche de 9.000 tonnes de coton en 1993 à moins de 2.000 tonnes actuellement. De plus, ajoute M. Nahimana, les cotoculteurs qui s’estimaient autour de 15000 avant 1993 s’estiment actuellement à 8000.

Une rémunération peu incitative

La rémunération peu incitative des cotoculteurs s’explique par le fait que l’évolution du prix d’achat du coton graine n’a pas suivi celle du cours des autres produits à l’export (café et thé). Mais, plus grave encore, elle ne permet plus aux cotoculteurs d’acquérir les produits vivriers indispensables à leurs familles.
Entre 1960 et 2008, fait-il savoir, les cours du coton ont été multipliés par 33 (passant de 7 FBU/kg à 230 FBU/kg) alors que pour la même période ceux du maïs, du haricot et de l’arachide coque ont été multipliés respectivement par 117 (3 FBU/kg à 350 FBU/kg), 100 (3 FBU/kg à 300 FBU/kg) et 300 (3 FBU/kg à 900 FBU/kg). Cela justifie à plus d’un titre la perte de pouvoir d’achat du producteur. Cependant, M.Nahimana indique que le prix à contribuer peu à la chute de la production du coton .Il indique que la cause principale est la concurrence des cultures vivrières actuellement, indique M. Nahimana. Le prix au producteur de coton graine est de 600 FBu soit 0,33 USD

Pallier aux défis

M.Nahimana fait savoir qu’actuellement le Burundi bénéficie de l’appui de la Coopération brésilienne à travers le projet Cotton Victoria. Ce dernier réunit le Burundi, la Tanzanie et le Kenya. Nahimana informe que la Coopération brésilienne s’est donnée comme objectif de développer la culture du coton dans ces trois pays. Le projet cible surtout l’amélioration du potentiel semencier dans tous ses aspects et l’amélioration des méthodes culturales, informe-t-il. A la fin du projet, le Burundi sera capable de maîtriser toute la chaine de production des semences de très haute qualité, estime-t-il .De plus, poursuit M.Nahimana, le projet vise le renforcement de l’agriculture mécanisée par l’acquisition d’un nombre de tracteurs pouvant permettre réellement une réduction sensible du temps de labour. Il vise également l’amélioration des systèmes d’association ou de rotation de certaines cultures comme les légumineuses et le coton.

Sur le plan industriel, révèle M. Nahimana, des mesures sont envisagées en vue d’une meilleure protection de la récolte et certaines d’entre elles sont en cours d’application. Ces dernières concernent l’amélioration de la collecte et du transport du coton graine, l’amélioration des performances de l’égrenage du coton graine et la remise à niveau de l’usine d’égrenage.

Vue partielle d’un stock de coton graine dans l’usine de traitement

Sur le plan commercial, des améliorations sont envisagées en vue d’optimiser les recettes, indique M. Nahimana. Il s’agit de l’amélioration du système de classement de la fibre, de l’optimisation de la stratégie de commercialisation de la fibre et de l’accroissement de la valorisation de la production.

Sur le plan organisationnel et institutionnel, des efforts devront être consentis pour améliorer les performances des structures administratives et du personnel, fait savoir M.Nahimna.

Rappelons que depuis la crise de 1993, le coton ne fait plus partie des cultures d’exportation. La petite quantité produite est consommée localement par AFRITEXTILE Burundi. Jadis 3ème culture d’exportation, actuellement son apport en devises est nul.

A propos de l'auteur

Mathias Ntibarikure.

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