Economie

La fuite des capitaux réduit le volume des investissements potentiels

Plus de 3 milliards de dollars américains constitue le montant de la fuite des capitaux au Burundi entre 1985-2013. C’est un défi actuel du développement qui réduit le volume des ressources d’investissement. Les responsables de cette fuite des capitaux se recensent parmi les acteurs privés et  les pouvoirs  publics. Et les paradis fiscaux favorisent ce phénomène. Cela relève des recherches effectuées par Dr. Arcade Ndoricimpa, directeur du CURDES

Dr Arcade Ndoricimpa, directeur du CURDES « Ces détournements sont transformés en avoirs privés puis transférés sur les comptes dans les banques étrangères »

Selon Dr. Arcade Ndoricimpa, directeur du Centre de Recherche Economique et Social (CURDES), la fuite des capitaux est un  défi majeur pour les économies des pays en sous-développement.  « La fuite des capitaux est un problème en ce sens qu’elle réduit le volume des investissements  privés que publics. La fuite des capitaux au Burundi au cours de la période 1985 -2013 représente une somme énorme de 3,7 milliards  de dollars USA », précise-t-il. Il ajoute que ce sont 127 millions de dollars en moyenne par an qui  sortent d’une manière irrégulière, c’est-à-dire de l’argent non enregistré dans la balance des paiements. Tout cela a été dit lors de la présentation d’un travail de recherche effectué par  Dr arcade Ndoricimpa sous le thème « La fuite des capitaux au Burundi ».

Qui sont les responsables de cette fuite des capitaux ?

Dr. Ndoricimpa fait savoir que  les acteurs privés et les pouvoirs publics sont responsables de la fuite des capitaux. « Il y a des acteurs privés qui peuvent en être responsables, surtout les investisseurs  privés qui veulent protéger leurs avoirs .Tous ceux  qui veulent chercher  à réduire la valeur réelle de leurs avoirs vont chercher à transférer leur argent à l’étranger », explique Dr.Ndoricimpa. Il indique aussi que les pouvoirs publics sont responsables de la fuite des capitaux à travers la corruption et la mauvaise gouvernance qui occasionnent le détournement des fonds publics. « Ces détournements sont transformés en avoirs privés puis transférés sur les comptes  dans les banques étrangères », martèle-t- il

Quant aux facteurs de la fuite des capitaux au Burundi, il cite entre autres l’endettement extérieur. Pour lui, une partie des emprunts étrangers est détournée. Il mentionne aussi l’instabilité politique et les guerres

L’argent n’aime pas le bruit

Dr.Ndoricimpa explique que quand il y a l’incertitude macroéconomique, l’instabilité politique… dans le pays, les entrepreneurs ont tendance à ne pas placer leurs investissements dans ce pays. Ils fuient avec leurs capitaux.

Ici il donne l’exemple des régimes militaires de 1966-1993 et des épisodes de guerres civiles de 1965, 1969, 1972, 1988,1993-2005 qu’a connues le Burundi. Lors de son exposé, il a évoqué les difficultés économiques  qu’a connues notre pays depuis 1980, à savoir le déficit budgétaire élevé au début des années 1980, l’embargo économique de 1996-2000 et l’instabilité macroéconomique qui se matérialise par un taux d’ inflation élevé jusqu’à 30% et une croissance économique faible de 2,1% pendant la période de 1980-2012.

Selon Léonce Ndikumana, un des participants fait savoir que le Burundi a un problème de mobilisation des ressources pour financer le développement. Il déplore la façon dont les pays développés continuent à accuser les dirigeants des pays africains de manque de capacités pour gérer les économies africaines. Il dit que c’est une erreur psychologique.  « Si la corruption était uniquement un phénomène africain, il n’y aurait plus de fuite des capitaux. Ces capitaux n’auraient pas où aller », insiste–t-il avant de préciser que ce sont ces pays développés qui deviennent des paradis fiscaux. Lui aussi a expliqué que 3,7 milliards USD est un montant très élevé en comparaison avec les ressources du Burundi. Et il demande aux pays développés à aider l’Afrique à garder ses ressources afin qu’il n’y ait plus de demande d’aide .Il lance un appel vibrant auprès de ces pays pour freiner la fuite des capitaux.  « Il faudra un combat énorme pour convaincre les pays développés car ce sont eux  qui bénéficient de la fuite des capitaux », souligne-t-il.

Quant à Mme Martine Nibasumba, directrice des études et de la qualification stratégique à l’OBR dit que les chiffres donnés à travers cette recherche sont énormes malgré les efforts que l’OBR fournit lors de la collecte des recettes. Elle a voulu savoir les recommandations spécifiques formulées par M. Ndoricimpa pour bien orienter les décisions des dirigeants. «  Car de telles recherches nous inspirent mieux. C’est très important de prendre en compte les chiffres issus de ces recherches. Ça nous aide à prendre de bonnes mesures», renchérit  Mme Nibasumba.

Dr Ndoricimpa a montré l’effet de la fuite des capitaux sur la pauvreté dont les canaux de transmission sont les pertes des investissements potentiels. D’après ses recherches, si seulement un quart du stock de la fuite des capitaux en Afrique était rapatrié et investi sur place, le taux d’investissement en Afrique augmenterait de 19% à 35% du PIB. Il a parlé aussi du paiement de la dette extérieur qui a un effet d’éviction des ressources qui pouvaient être dépensées dans la santé, dans les infrastructures et l’approfondissement des inégalités sans oublier la fuite des capitaux qui est associée à la mauvaise gouvernance qui nuit aux efforts de la réduction de la pauvreté.

Falsifications des transactions commerciales

Selon Dr Arcade Ndoricimpa, 70% de la fuite des capitaux au Burundi sont liés à la falsification des transactions commerciales. Cela s’observe dans les importations et les exportations là où il y a la pratique de surfacturation pour les exportations et de la sous-déclaration pour les importations.

Pour tous ces défis, Dr Arcade Ndoricimpa recommande bonne collaboration avec les partenaires commerciaux, la promotion de la paix et la stabilité politique, la transparence dans la gestion des ressources de la dette et des aides extérieures. Il recommande aussi la promotion de la croissance économique et la réduction de la falsification des transactions commerciales.

A propos de l'auteur

Eric Ndayihaya.

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