Transport

Gare routière du marché central de Bujumbura : Une plaque tournante de la capitale

Quatre ans après l’incendie du marché, la gare routière du marché central reste toujours stratégique. Les sociétés de transport ne cessent de faire face pour remplir leur fonction : transporter des dizaines de milliers de voyageurs. Cela malgré de nombreuses difficultés de tous ordres.

bus gare

Burundi Eco présente cette semaine le deuxième volet du grand dossier rédactionnel consacré à un thème important : La mobilité, un enjeu majeur pour l’avenir.

Après avoir planté le décor général de la thématique, après avoir recueilli les interviews des trois grands acteurs du secteur du transport de personnes : le ministère des Transports, l’OTRACO et l’ATRABU (association des transporteurs), nous allons entrer dans le vif du sujet en se rapprochant concrètement des réalités quotidiennes des voyageurs et des transporteurs.

Située au centre-ville de Bujumbura, la gare routière du marché central est toujours dynamique sur ses deux flancs Nord et Sud.

Chaque jour, le centre ville et la gare routière en particulier, accueillent des milliers de passagers empruntant le transport en commun, soit plus de 1 000 bus de marque « Hiace » et « Coaster », sans oublier les grands bus OTRACO, les véhicules particuliers ainsi que les piétons. Comme toute gare routière, elle est un point de départ et d’arrivée de milliers de personnes vivant dans les quartiers périphériques, milliers de personnes qui sont des utilisateurs du centre ville, que ce soit pour y exercer un emploi ou pour venir s’approvisionner en biens de toutes sortes. Car, malgré la fermeture du marché central suite à sa destruction par un incendie, les milliers de commerces préexistants se sont vus rejoints par des centaines d’autres, comblant ainsi le déficit d’activité commerciale.

Les usagers des transports collectifs ne viennent pas seulement de la périphérie mais également de villes et coins plus éloignées : Gatumba, Maramvya, Rumonge, collège, Buhonga et Muyira mais aussi de Gitega, Ngozi etc.

Environ 100 000 personnes transitent chaque jour par la gare routière

Nous avons tenté d’estimer le nombre de passagers et par conséquent d’utilisateurs de la gare. Selon le secrétaire général de l’ATRABU (association des transporteurs), M. Ntirampeba, les bus sont répertoriés suivant les itinéraires qu’ils desservent. Il fait remarquer que les bus « Coaster » (transportant 30 personnes) qui prennent la direction Carama, Cibitoke, Kamenge, Mutakura, Ngagara avoisinent le nombre de 200 unités. Ceux qui prennent la direction Gatumba sont au nombre de 30. Et de préciser : « Le nombre de rotations des premiers oscillent autour de 8 par jour, ceux qui empruntent la direction Gatumba à 2 voyages aller et retour. Quant aux bus « Hiace » (transportant 18 personnes), M. Ntirampeba signale que ceux qui desservent Buterere, Gasenyi et Mutanga-nord sont estimés au nombre de 100, ceux de Gatumba à 20, Buyenzi et marché « Chez Sion » 35, Bwiza et Nyakabiga 30, Musaga 60, Kanyosha-Ruziba-Kinindo-Kibenga 130, Collège-Buhonga-Muyira zone 30. Les véhicules « Probox » à 4 places qui vont dans cette même direction tournent autour de 30. Pour tous ces bus « Hiace », les rotations se chiffrent autour de 6 tandis que les véhicules « Probox » à 3.

L’addition de tous ces véhicules de transport collectif permet d’estimer le nombre de voyageurs à 195.041par jour.

L’ATRABU veille à la sécurité et au bien être

gare & bus

Charles Ntirampeba, secrétaire général de l’Association des Transporteurs du Burundi (ATRABU)

Devant un tel afflux de passagers générant risques de vols, agressions, incidents, bousculades, des mesures de régulation devaient être prises. L’ATRABU a ainsi décidé d’organiser la vie sur la gare et ses nombreux quais et abords.

Le nouveau système imposant l’alignement des passagers au pied des bus réjouit le public, les conducteurs et rabatteurs. « En janvier, j’étais enceinte. Les agents du comité mixte de sécurité m’ont laissé dépasser les autres pour embarquer prioritairement dans le bus. Voilà aujourd’hui, j’ai un bébé de 2 mois et demi et la même scène se répète », dit Gloriose Ndimurukundo, le visage souriant, « les agents de sécurité et d’accueil me protègent et m’aident à monter dans le bus ». Rencontrée à la gare, le soir du 20 mars 2017, un bébé au dos, cette femme qui fait le commerce ambulant témoigne que trouver un bus le soir avant l’instauration du système d’alignement des passagers était un casse-tête. Pour elle, il fallait se frayer un chemin à travers la vitre c’est-à-dire entrer par la fenêtre au risque de se blesser. Il fallait aussi s’engager dans des bousculades avec les risques de se faire dérober ses biens. Un chauffeur d’un bus « Coaster » qui a gardé l’anonymat salue également la nouvelle mesure d’aligner les passagers surtout que la sécurité des vitres des bus est également assurée. Toutefois, il regrette l’existence de plusieurs organisations qui collectent de l’argent de façon injuste. « Imaginez-vous par exemple, si tu amènes un bus neuf, pour commencer à travailler, il faut payer entre 100 000 FBu et 200 000 FBu ». « C’est le cas également d’un chauffeur qui a oublié de porter son badge, il lui est infligé une amende de 10 000 FBu par un tiers voire l’arrêt de son travail pour une période allant d’un mois à trois mois… » déplore-t-il. Il se demande comment ces « tracasseries » peuvent se poursuivre en toute impunité pour les auteurs.

Toute une organisation malgré une série des difficultés

Selon Charles Ntirampeba, secrétaire général de l’Association des Transporteurs du Burundi (ATRABU), l’association dont il est secrétaire général essaie de s’organiser pour mettre de l’ordre dans le secteur. C’est pourquoi, d’après lui, les comités mixtes de sécurité ont été mis en place pour contrecarrer les vols observés au niveau de la gare ainsi que toute forme de violence et d’agressions. Il explique que les stewards ou les agents d’accueil orientent les passagers, les alignent selon l’ordre d’arrivée, tout en privilégiant les femmes enceintes, les personnes âgées ou celles vivant avec un handicap. « Ces agents de sécurité recrutés par l’ATRABU sont au nombre de 70 à la gare centrale », informe-t-il.

Les tarifs de transport varient selon les directions.

Carama : 500 FBu

Mirango-Rond point : 350 FBu (450 FBu)

Gasenyi : 350 FBu

Mutanga nord-Gihosha : 350 FBu (450 FBu)

Ngagara : 350 FBu

Mutakura : 350 FBu

Maramvya : 600 FBu

Buterere : 500 FBu

Cibitoke : 350 FBu

Nyakabiga : 350 FBu

Bwiza : 350 FBu

Gatumba : 350 FBu

Musaga : 350 FBu

Kanyosha : 350 FBu

Kinindo : 350 FBu

Collège : 350 FBu

 

Recettes et dépenses : Comment voir clair ?

Pour tenter de comprendre les tenants et aboutissants de la gestion d’une société de transport privé, nous allons prendre un exemple assez simple et très répandu.

gare & bus

Plan de la gare routière

Choisissons un bus « Hiace » main gauche âgé de 10 ans, il a été acheté 20 millions de Fbu. Chaque jour, il roule dans l’agglomération de Bujumbura et parcourt environ 150 km. Prenons qu’il fait 10 rotations. Si l’on considère que ce bus doit être entretenu et réparé de temps à autre (5 jours par an), le calcul annuel se fera sur 360 jours d’exploitation.

 

Dépenses /Jour /Mois /Trimestre /An
Taxe Municipale 6 000 24 000
Frais de stationnement à Bujumbura 21 000 252 000
Assurance 159 000 636 000
Autorisation de transport 2 000 8 000
Contrôle technique 31 500 126 000
Carburant 63 000 (30 litres) 22 680 000 (360 j =10.800 litres)
Entretien (2 vidanges/mois) : Huile de vidange (65 000 + Filtre 10 000 + Filtre à air 25 000) 200 000 2 400 000
Ration du chauffeur 10 000 3 600 000
Salaire du chauffeur 2 000 50 000 600 000
Rabatteur 5 000 1800 000
Cotisations 4 500 1620 000
Location bus 30 000 10 800 000
Frais divers + imprévus 200 000 2 400 000
Total 82 500 271 000  199 372 46 849 488

 

– Le total annuel des dépenses de fonctionnement et taxes est estimé à 46 849 488.

– Toujours pour l’exemple que nous avons choisi, les recettes (paiements par les voyageurs) du bus « Hiace » par jour est de 126 000, soit 45 360 000.

Notons que si on se réfère à ces chiffres estimatifs, les bus sont déficitaires. Dans l’exemple que nous avons choisis, le déficit annuel est d’environ 1 489 488 Fbu, somme facilement compensée par l’une ou l’autre économie faite sur les entretiens. A propos du fonctionnement des entreprises de transport, Charles Ntirampeba, secrétaire général de l’ATRABU avoue que ceux-ci travaillent le plus souvent à perte. Et d’ajouter : « A part que nous travaillons à perte, il faut aussi souligner que les prix des pièces de rechange importés ont augmenté d’une façon vertigineuse. Par exemple un coupleur inférieur d’un bus « Hiace » est passé de 8 000 à 15 000, l’huile pour les freins de 1 500 à 3 000… ». Cela est vraisemblablement dû au fait que les pièces sont importées et payées en Dollars américains.

M. Ntirampeba regrette que souvent ces pièces importées ne sont pas de bonne qualité. Et, partant, leur usage ne dure pas longtemps. Il déplore: « Toutes les dépenses doivent être couvertes par des recettes ». Pour ce, il demande le contrôle de la qualité des pièces importées avant leur entrée dans le pays ainsi que l’amélioration des infrastructures routières afin de faire face au vieillissement des bus.

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