Transport

Stationnement payant en mairie de Bujumbura : Est-ce justifié en ce moment ?

La Mairie de Bujumbura a instauré le stationnement payant dans la capitale. Beaucoup d’automobilistes ne comprennent pas le pourquoi de cette mesure, le sens de la mesure. L’OLUCOME, de son côté, qualifie l’initiative de
contraire à la loi en matière de fixation des taxes. Burundi Eco tente de faire le point

Les agents de la société privée PARK GEST BURUNDI pourchassent les automobilistes dans les rues de la capitale, pour réclamer le paiement des droits de stationnement : 300 BIF pour une heure, 3 000 par jour, 30 000 par mois

C’est par une délibération du Conseil Municipal du 11 octobre 2016 qu’il a été décidé que le stationnement sur la voie publique en mairie de Bujumbura serait payant pour les véhicules assurant le transport rémunéré ou non rémunéré. Cette décision est d’application pour les véhicules non rémunérés depuis la mi-juin 2017.

Etat des lieux au centre-ville de Bujumbura

Dans la plupart des rues de la ville, rues mal entretenues et dépourvues de tout marquage au sol, rues orphelines de tout panneau routier, des jeunes portant des gilets et des badges de «Park Gest Burundi », la société privée chargée du stationnement payant,  courent dans les sens pour faire payer la redevance. Incompris et souvent ignorés, ces jeunes tentent de s’acquitter de leur tâche. La plupart sont incapables d’expliquer les raisons de cette mesure, ils refusent de s’engager à surveiller les véhicules, bref, ils ne peuvent expliquer le service rendu en contre partie du paiement de la taxe ! Les usagers de la ville sont perplexes, posent des questions et restent le plus souvent sur leur faim. Pas de réponse. Pour certains, il n’est pas normal de devoir payer si l’on reste dans son véhicule à attendre un retardataire, d’autres refusent de payer lorsque la durée du stationnement est inférieure à une heure. Pour les agents de Park Gest Burundi, les premières manœuvres de stationnement indiquent la volonté de se garer et donc justifie le paiement. Les discussions vont bon train, les contestations gagnent du terrain. Pourtant, le règlement est clair. Il stipule que le paiement n’est exigible que quand le stationnement dure 1 heure minimum, moyennant le paiement de 300 FBu.

Mais la question fondamentale qui se pose est de savoir si cette mesure est justifiée autrement que par l’objectif de collecter les recettes. Pour essayer de comprendre et répondre à la question, cela, il faut d’abord connaître la définition et l’origine du stationnement payant, ensuite interroger la loi, les intervenants en la matière et les experts fiscalistes.

Quid du stationnement ?

Le stationnement consiste à laisser un véhicule immobilisé pendant un certain temps. Les lieux de stationnement sont appelés parkings ou aires de stationnement.

Pourquoi et comment gérer le stationnement ?

En Europe, l’histoire du stationnement va de pair avec le développement des villes et la prolifération du transport individuel. Grâce à la croissance et à l’augmentation du niveau de vie, de nombreuses familles ont pu acheter une voiture. Après la seconde guerre mondiale, le parc automobile a augmenté d’une façon que personne n’avait soupçonnée dans les années 50. Les problèmes de circulation routière et de stationnement se sont révélés très vite inextricables par le fait du nombre important de voitures dans les grandes villes et particulièrement dans les centres urbains, historique et commerçant. En quelques années, les voitures ont littéralement envahi et occupé – asphyxié-  les centres et puis les ont congestionnés. Impossible de se garer dans certains quartiers. Cette situation a mobilisé les commerçants dont les clients ne trouvaient plus de lieux de stationnement pour pouvoir faire leurs achats. Les pouvoirs publics interpellés par les associations de commerçants ont dû prendre des mesures afin d’organiser le parkage et éviter l’envahissement des rues par les voitures ventouses (voiture des employés et fonctionnaires immobilisant des emplacements de parking du matin au soir).

Stationnement réglementé gratuit pour lutter contre l’invasion des voitures ventouses

Afin de supprimer les effets négatifs de ces voitures ventouses, les autorités publiques ont créé le stationnement réglementé dans le temps. Les voitures ne pouvaient plus rester immobilisées plus de 2 heures au même endroit ! L’organisation des rotations des véhicules a permis de libérer certaines places de stationnement dans les centres commerçants. Cette réglementation n’a pas généré de coûts et le stationnement restait gratuit. Pour pouvoir faire respecter cette obligation de changer d’emplacement toute les 2 heures, un système de disque de stationnement a été généralisé. L’automobiliste, après s’être garé, devait mentionner à l’aide du disque en carton posé sur le tableau de bord, son heure d’arrivée. Les policiers municipaux assermentés pouvaient de la sorte contrôler le respect ou non de la réglementation et mettre une amende le cas échéant. Ce système simple et n’impliquant aucun investissement de la part des autorités publiques (Mairie) s’est rapidement révélé fragile.

Le stationnement limité dans le temps devient payant pour couvrir les investissements.

A partir des années 80, des investisseurs en mobilier urbains ont mis au point le parcmètre. Il s’agit d’un compteur horaire placé devant chaque emplacement de stationnement en voirie publique. L’automobiliste devait mettre des pièces d’argent dans le compteur qui indiquait ensuite le nombre de minutes autorisées. L’installation de ces machines de contrôles d’une part, et le relevé de l’argent par des agents municipaux d’autre part, a représenté rapidement des dépenses importantes. Dans les années 90, des nouveaux systèmes moins coûteux ont été mis au point : il s’agit de l’horodateur. Cette machine horaire délivre un ticket indiquant l’heure d’arrivée et celle du départ imposé par la réglementation. Afin d’organiser un stationnement différencié en prix et en durée selon les rues du centre ville ou de la petite périphérie, trois catégories de rues ont été déterminées. Catégorie A pour une durée de stationnement limitée à 30 minutes, B pour 90 minutes et C pour 120 minutes. La base du règlement est donc la durée du stationnement.

Usage des marquages au sol et des panneaux de signalisation

La gestion du stationnement public est donc le moyen qui permet de réguler le déséquilibre entre l’offre et la demande de stationnement dans les rues. Les places de stationnement réglementées doivent être identifiées clairement par les automobilistes. Ces emplacements doivent faire l’objet d’une signalisation adaptée, notamment un marquage au sol conforme à la législation et l’utilisation de panneaux de signalisation verticale comme prévu dans le code de la route.

A propos de l'auteur

Mélance Maniragaba.

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