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ABS-Utilisation des drogues injectables : Si rien n’est fait dans l’immédiat, le pire est à craindre

Dans une étude qui a été menée par l’Alliance Burundaise contre le Sida (ABS) en 2017 dans la municipalité  de Bujumbura, il a été constaté que 10,2 % des 175 usagers de drogue injectables (UDI) étaient séropositifs. 9,4 % avaient le virus de l’hépatite B tandis que 5,5 % avaient le virus de l’hépatite C. Si rien n’est fait pour réduire les méfaits de l’usage de la drogue, le pire est à craindre.

Le partage de la drogue est un problème réel chez les UDI, indique Richard Nininahazwe, coordinateur de Burundi Association of People who Used Drugs (BAPUD) dans un atelier d’échanges avec les hauts cadres de la police nationale sur les méfaits liés à l’usage de la drogue. L’usage des aiguilles pour s’injecter la drogue n’est pas la préoccupation de beaucoup d’entre eux. De plus, le partage du contenu des seringues et les rapports sexuels non protégés sont une réalité qui occasionne beaucoup de nouvelles infections du VIH. Si rien n’est fait pour réduire ses méfaits de la base au sommet, Nininahazwe souligne que le danger va bientôt se généraliser.

Evariste Kamuntu, coordinateur du projet «HIV AND HARM REDUCTION» à l’ABS : «Les utilisateurs de drogues injectables comme les homosexuels font partie des groupes les plus menacés par le VIH/Sida»

Le taux de prévalence est alarmant

Dans une enquête qui a été réalisée par l’ABS en 2017 sur 175 UDI dans la municipalité de Bujumbura, Evariste Kamuntu, coordinateur du projet «HIV AND HARM REDUCTION» à l’ABS fait remarquer que 10,2 % étaient séropositifs, 9,4 % avaient le virus de l’hépatite B tandis que 5,5 % avaient le virus de l’hépatite C. Selon lui, ces chiffres sont alarmants. Le pire est qu’ils ne cessent de contaminer les autres. Les utilisateurs de drogues injectables comme les homosexuels font partie des groupes les plus menacés par le VIH/Sida. Ils présentent des taux de prévalence plus élevés et constituent les principaux foyers de propagation de l’épidémie. Dans beaucoup de pays, les taux de prévalences élevées s’expliquent en grande partie par le fait que ces groupes ont un accès tardif et très faible à la prévention, au dépistage et aux soins du VIH/Sida.

Stigmatisés, discriminés, considérés comme des déviants dans plusieurs pays du monde, ces groupes sont réticents à se faire connaître dans les structures de prévention et de soins parce qu’ils ont de la peur d’être arrêtés et emprisonnés. En plus, les politiques répressives et les pratiques discriminatoires poussent ces populations vulnérables à la clandestinité et les cantonnent dans des milieux marginaux où le risque d’infection par le VIH est très élevé. Ce qui rend ardu le travail d’enrayer définitivement l’épidémie du VIH sans intégrer complètement ces groupes dans les politiques de lutte contre le Sida.

Selon OPC1 Dismas Ntakibirora, conseiller juridique à la direction générale de la police nationale, mettre les usagers de la drogue dans les lieux de détention aggrave la situation. Le taux de prévalence du VIH/Sida va crescendo, car ces UDI contaminent les autres. Concernant les autres maladies sexuellement transmissibles, la situation est la même.

Décourager les mesures répressives, une nécessité

Même si la loi nous oblige à punir les usagers de la drogue, Ntakibirora  fait savoir qu’ il est désormais nécessaire de les mettre dans les centres de prise en charge et non dans les prisons pour réduire les dégâts. Au Kenya, ce cadre de la police nationale fait remarquer que lorsque la police capture un usager de  la drogue, on l’interroge pour se renseigner sur la production et la commercialisation de ce produit. Après, on le met dans un centre de prise en charge pour être traité. Ntakibirora compare un usager de drogue à un malade qui a besoin d’être soigné et de vivre comme les autres malgré qu’il la consomme et outrepasse la loi.

Le parlement s’en préoccupe

Honorable Léonidas Mukeshimana indique que la commission chargée des affaires sociales et sanitaires au parlement a visité le centre de prise en charge des UDI de Jabe. Il a été mis en place par l’ABS et il est le seul dont on dispose au niveau national. On a constaté que ce qu’il faut faire ce n’est pas de les emprisonner. La bonne stratégie est de les mettre dans les centres de prise en charge pour être traités. Pour rendre efficace ce traitement, ce centre a besoin d’être équipé. De plus, le doter d’un personnel qualifié est une impérieuse nécessité. Mukeshimana demande aussi au ministère de la Santé et de la Lutte contre le Sida de mettre à leur disposition un médicament dénommé « méthadone». Au regard des dégâts causés par les usagers de la drogue, Mukeshimana demande à l’ABS de faire une enquête dans tout le pays pour connaître l’effectif des usagers de la drogue au niveau national. Et de Marteler que des séances de sensibilisation sont donc extrêmement nécessaires pour lutter contre les comportements à risque.

Pourquoi consomme-t-on la drogue ?

Les principales raisons évoquées qui poussent les UDI à consommer la drogue sont principalement  l’influence des amis et de « la génération », l’esprit d’équipe, l’envie de goûter et le besoin d’énergie pour satisfaire son partenaire lors des relations sexuelles. Et l’ABS d’ajouter le besoin d’affirmation sur ses pairs, la fréquentation des boîtes de nuit, vaincre les problèmes quotidiens, le manque d’encadrement suite a la mort des parents, les blessures dues au divorce des parents et les mauvaises relations avec des parents remariés, la dilapidation de l’héritage familial au détriment des héritiers naturels par des parents proches, la situation d’extrême pauvreté, les antécédents d’emprisonnements arbitraires/abusifs, l’expérimentation des scènes de violences horribles lors des conflits armés, les antécédents des violences sexuelles pour les filles, etc.

Les participants à l’atelier d’échanges avec les hauts cadres de la police nationale sur les méfaits liés à l’usage de la drogue

La dépendance à la drogue, une étape grave

Stopper l’usage de la drogue  pour ceux qui en consomment n’est pas chose facile, indique Eric Debege, un des usagers de la drogue et président de BAPUD. La plupart des fois, on finira par en être dépendant, car on en a toujours soif.  Lorsqu’on la consomme, Debege précise qu’on éprouve beaucoup de plaisir. Dès la première prise de substances psychoactives, il y a une libération beaucoup plus importante de dopamine dans le cerveau. Ce qui procure un plaisir momentané. Mais à cause de notre système de récompense, une sensation agréable donne envie de reproduire la situation qui a donné lieu à cette sensation. C’est ainsi que l’on devient dépendant si la consommation de la drogue est fréquente. Evidemment cette dépendance est plus ou moins rapide en fonction des individus et de la fréquence de consommation. Lorsqu’une personne dépendante n’a plus sa dose habituelle de dopamine (plus élevée que la normale à cause de l’injection des drogues), le corps réagit : c’est l’état de manque.

Les conséquences de l’usage de la drogue

Chaque drogue produit des effets qui lui sont spécifiques. En plus de leurs actions spécifiques, chaque substance psychoactive libère une certaine quantité de dopamine. Nous allons ci-dessous décrire les effets des principales drogues.

Le cannabis : il diminue les capacités de mémoire immédiate et de concentration chez les consommateurs tant qu’ils sont sous son effet. La perception visuelle, la vigilance et les réflexes sont également modifiés. Ces effets peuvent être dangereux si l’on conduit une voiture. Sur le plan physique, on constate la coloration  rouge des yeux, une augmentation de l’appétit et du rythme cardiaque et parfois une sensation de nausée. Si la consommation est régulière, l’usager manifeste des troubles de la concentration (scolarité par exemple),  un isolement social et une perte de motivation.

La cocaïne : L’usage de cocaïne provoque une euphorie immédiate, un sentiment de puissance intellectuelle et physique (invincibilité) et une indifférence à la douleur et à la fatigue. Ces effets laissent la place ensuite à un état dépressif et à une anxiété. Sur le plan physique, on observe des contractions des vaisseaux sanguins, des troubles cardiaques, des troubles psychiques (délires, panique, instabilité d’humeur), des insomnies et des pertes de mémoire. Dans certains cas, la consommation de la cocaïne amène le sujet à commettre des actes de violence, parfois sexuels.

L’héroïne : Lors d’une prise d’héroïne, le consommateur se sent apaisé, relaxé, et a une sensation d’extase. Cet effet presque immédiat est suivi de somnolences accompagnées de vertiges et de nausées, et souvent d’un ralentissement du rythme cardiaque. Le principal risque de la consommation d’héroïne, en plus d’une dépendance quasi-instantanée, est l’overdose qui provoque une dépression respiratoire mortelle.

Les hallucinogènes : Qu’ils soient naturels ou synthétiques, leurs effets sont sensiblement les mêmes. Ces substances entrainent des modifications sensorielles fortes provoquant des hallucinations parfois irréelles. Leur consommation peut entrainer en parallèle des crises d’angoisse et de panique (Bad trips), des hallucinations cauchemardesques. Il est arrivé que des personnes se jettent d’un immeuble pensant pouvoir voler dans l’air. Tous les champignons hallucinogènes sont vénéneux et présentent un réel risque toxique mortel.

Qu’en est-il du circuit de la drogue ?

La drogue consommée au Burundi a comme circuit Inde/Pakistan, Océan Indien, Corne de l’Afrique, Kenya, Tanzanie, Burundi. En outre, la drogue est piratée tout au long du circuit et est mélangée avec d’autres produits. Ce qui en augmente d’autant les méfaits sur la santé.

Signalons que seuls deux angles menacent le monde en drogue, à savoir le croissant d’or et le triangle d’or.

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