Les malades mentaux font face à des violences de formes diverses. Chez les malades mentales féminins, cela devient toute autre chose. En plus du calvaire découlant de leur handicap s’ajoutent les violences sexuelles qui sont faites à leur égard par des personnes mal intentionnées profitant de leur état psychologique. Toutefois, les psychologues appellent l’administration à veiller sur la sécurité de ces vulnérables
La vie des malades mentaux est un long chemin plein d’embûches. Personne ne la souhaiterait ni à son ami ou à sa connaissance. Elles côtoient des dangers gravissimes plus que leurs collègues masculins. Même s’ils ont une vie presque similaire, leur degré de vulnérabilité varie. Elles vadrouillent nues dans les rues, dorment n’importe où…Ce qui les exposent à des dangers divers, y compris les violences sexuelles.
Les malades mentales vadrouillent nues dans les rues, dorment n’importe où…Ce qui les exposent à des dangers divers, y compris les violences sexuelles.
Nibafasha est une malade mentale. Son état s’est détérioré du jour au lendemain sans que personne ne s’en soucie. Les voisins et les membres de sa famille croyaient que cela relevait de l’hérédité vu que sa maman avait aussi été victime de ce genre de ce dérangement mental. « On parlait des fétiches se trouvant dans leur maison et on pense que ce sont eux qui se sont attaqués à sa famille. C’est vraiment dur de voir les voisins vivre cette situation. Malheureusement, les médicaments pour les malades mentaux sont tellement chers qu’on n’a pas pu avoir de l’argent nécessaire pour s’en procurer », nous explique sa voisine. Depuis une vingtaine d’années, celle-ci se balade dans les rues d’un village se trouvant à quelques kilomètres de son domicile où elle a subi des viols et donné naissance à un garçon. Cet enfant a été récupéré par un bienfaiteur qui l’a amené dans un orphelinat à Gitega.
Les conséquences psychologiques
Les auteurs de ces violences profitent de l’état psychologique de ces malades. Les uns se basent sur des croyances erronées comme quoi coucher avec une malade mentale serait porteur de chances. Les autres le font juste pour satisfaire leurs désirs sexuels sans qu’il n’y ait ni trace ni poursuite. Si les violences sexuelles engendrent des troubles psychologiques chez une personne normale, a fortiori cela impacte la psychologie d’une malade mentale. Selon Pierre Claver Njejimana, psychiatre au CNPK, une fois traitée, la patiente sera consciente qu’elle porte une grossesse dont il ne saura jamais l’auteur. Même si elle se souvient de son violeur, puisqu’elle est dérangée psychologiquement, aucune parole sortant de sa bouche ne pourra être prise en considération. Dans ce cas, l’autoculpabilité peut la conduire vers une rechute. Comme chez la victime, les violences sexuelles ont un impact important sur la psychologie des enfants qui naissent dans des conditions pareilles. Ils ont tendance à développer d’autres troubles du comportement.
La contribution de la société est indispensable
Selon le psychiatre Njejimana, les violences sexuelles sont dues au fait que ces malades mentales séjournent dans la rue pendant beaucoup de temps. Cela ouvre une fenêtre aux violeurs. Alors que les troubles psychologiques sont une maladie qui peut être traitée et guérie, la malade mentale est malheureusement souvent marginalisée par sa famille. Dans la plupart des cas, le traitement psychologique constitue le dernier recours. « Pour une autre maladie comme la malaria, on amène le malade directement à l’hôpital dès les premiers signes, mais lorsqu’il s’agit d’une malade mentale, au lieu de la conduire dans une structure sanitaire nombreux sont ceux qui les ligotent puis les acheminent chez les sorciers.si ça ne marche pas on les amène dans les maisons de prières. Entretemps la maladie est en train de s’aggraver », fait-il savoir.
Pierre claver Njejimana appelle toute fois l’administration à veiller à ce que toutes les personnes malades mentales se trouvant dans les familles soient transférées dans des structures de soins pour bénéficier d’une prise en charge psychologique adaptée.