Même si le Burundi a ciblé le secteur de l’agro-industrie comme moteur de croissance et de transformation structurelle de l’économie, il est encore à l’état embryonnaire. Il est dominé par l’agro-alimentaire et est caractérisé par un niveau faible d’équipement, une insuffisance des infrastructures d’appui à la production, un faible accès au financement et une faible attirance des investissements directs étrangers
René Nsabimana, expert dans les domaines du secteur privé, de l’intégration économique et des politiques commerciales à l’Institut de Développement Economique du Burundi (IDEC).
Le secteur de l’agro-industrie est le premier maillon de l’échelle vers un véritable processus d’industrialisation, indique René Nsabimana, expert dans les domaines du secteur privé, de l’intégration économique et des politiques commerciales à l’Institut de Développement Economique du Burundi (IDEC).
Il fait face à beaucoup de défis.
Une étude récente sur le développement de l’agro-industrie en 2017 montre que la transformation et la conservation des produits restent des points faibles. Selon Nsabimana, le secteur de la transformation souffre des problèmes d’accès aux outils et aux machines modernes répondant aux normes mondialement reconnues. Cela est dû au manque de financement à long terme et de compétences à la non maitrise des technologies et au manque d’infrastructures d’appui, notamment celles liées à l’approvisionnement en énergie. Les coûts de production demeurent élevés. Il fait remarquer que d’autres contraintes sont liées au manque de marché d’écoulement, à la disponibilité des matières premières pour l’agro-industrie, aux installations de stockage et de conservation non diversifiées…
Le manque d’emballages inquiète plus d’un
Une grande partie des emballages est importée. Ce qui conduit les unités artisanales à utiliser des emballages récupérés qui ne sont pas appropriées. Ces emballages ne respectent pas les normes phytosanitaires et d’hygiène. C’est ainsi que les produits sont consommés localement étant donné qu’ils ne respectent pas les normes mondialement reconnues. A titre d’exemple, les fruits sont commercialisés dans des containers parfois indésirables sans même d’emballages. Dans certaines unités de production artisanale de l’huile de palme, les hommes extraient les noix de palme et les transforment en huile dans des fûts noircis, dans des endroits qui laissent à désirer quant à l’hygiène.
Des stratégies devraient être prises au niveau de la formation du personnel, notamment en matière de mesures sanitaires et phytosanitaires.
La plupart des exportations traditionnelles concernent les matières premières comme le café, le thé, les minerais… Ces derniers sont exportés à l’état brut sans valeur ajoutée. Il recommande à l’Etat de tenir compte de ces défis lors de l’élaboration de la Politique Nationale d’Industrialisation.
Quelques initiatives de transformation artisanale des vivres
Il existe cependant quelques initiatives privées et publiques de transformation artisanale des vivres, notamment en matière de décorticage du riz, de fabrication des jus, de nectars, de confitures, de vins, de fromages, de pains, de l’huile de palme… Ces unités de transformation ne respectent pas souvent les normes de qualité. Ce qui fait que leur commercialisation se fait seulement au niveau local.
L’agro-industrie diffère de l’industrie alimentaire
L’agro-industrie englobe les activités post-récolte et qui interviennent dans la transformation, la conservation et la préparation des produits tirés de l’agriculture, des forêts et de la pêche en vue d’une consommation intermédiaire et finale. Elle met un accent sur la production et la transformation des aliments. Elle diffère de l’industrie alimentaire. Celle-ci s’occupe seulement de la transformation des matières premières agricoles en aliments et en boissons. Les entreprises agro-industrielles ont de puissants effets d’entrainement à travers la production simultanée d’emplois dignes, de profits et de produits alimentaires à valeur ajoutée et la création de nouveaux débouchés pour les matières premières provenant essentiellement des zones rurales où vivent la plupart des populations pauvres.
Sa place est très importante
Godefroid Manirankunda, représentant légal de l’Action, Développement et Intégration Régionale (ADIR) fait savoir que l’agro-industrie occupe une place importante dans les politiques de développement. L’agenda 2063 de l’Anion Africaine prône une modernisation de l’agriculture de l’Afrique et des industries agro-alimentaires grâce à la valeur ajoutée et à la productivité. Il est également prôné la politique d’industrialisation de la Communauté de l’Est Africaine pour la période 2012-2032 dont l’objectif est de créer un secteur industriel moderne, compétitif et dynamique pleinement intégré à l’économie mondiale.
Signalons que sa contribution au PIB reste faible. Les indicateurs de développement dans le monde (2017) montrent que la valeur ajoutée manufacturière reste inférieure à 10% du PIB (9,67% en 2011, 9,4% en 2013 et 9,57% en 2015).