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Aniella Niyondiko, des déchets aux ressources

Passionnée par la protection de l’environnement et engagée dans la lutte contre la prolifération des déchets en mairie de Bujumbura, Aniella Niyondiko se fait progressivement une place dans le monde entrepreneurial burundais. En 2019, elle a d’ailleurs gagné le  premier prix lors de la compétition annuelle de plan d’affaires et d’idées innovantes «Shika Awards» organisé par Burundi Business Incubator (BBN). Portrait

Aniella Niyondiko vivait déjà une carrière professionnelle bien tracée. Il y a 3 ans, elle  n’aurait jamais imaginé être dans le secteur de la protection de l’environnement. C’était vers la fin de l’année 2016, un soir, elle fit une rencontre qui changea tout. Elle nous explique la genèse de son success story.

« Je rentrais de mon travail et je me suis arrêtée comme toutes les mamans dans une alimentation de Bujumbura pour faire mes courses. C’est là que cinq jeunes dames m’approchent pour quémander de l’argent. Elles étaient toutes bien portantes et cela m’a étonnée. J’ai essayé de les convaincre que la voie qu’elles ont choisie de gagner l’argent facile ne les mènera nulle part. Alors, je leur ai proposé mon aide à condition qu’elles acceptent de ramasser les ordures éparpillées aux alentours. C’est de là qu’est venue l’idée de mettre sur pied l’entreprise sociale écologique, AHEZA IWACU».

Une nouvelle passion qui ouvre les portes du succès

Petit à petit, elle commence à organiser les femmes pour des activités d’assainissement de la ville en collectant et en rassemblant les déchets municipaux dans des sacs poubelles, « en retour, je leur assurais un paiement journalier ». Après la découverte de ce potentiel inexploité, elle se lance dans le recyclage des sacs en plastique. Malheureusement, ce projet finira par tomber à l’eau. Mais elle ne s’est pas avouée vaincue. Elle se lance ensuite dans la valorisation des déchets biodégradables à travers la collecte et la transformation  de ces déchets dans du fumier organique ainsi que dans des activités d’autonomisation des femmes à travers l’apprentissage des techniques agricoles bio-intensives.

Aniella Niyondiko lors de la finale du concours Shika Awards

Déterminée et passionnée par cette nouvelle voie dans laquelle elle ne possédait pas de connaissances que ce soit dans l’entrepreneuriat ou dans la protection de l’environnement, elle décida alors de tenter sa chance dans différents concours et programmes mondiaux axés sur des  formations sur le leadership, l’entrepreneuriat et la protection de l’environnement. « La chance m’a souri et j’ai eu l’occasion de participer à différents programmes d’entrepreneuriat de portée mondiale comme Young African Initiative (YALI)  au Kenya et le Mandela Washington Fellowship aux Etats-Unis, ainsi que le Women In Africa 54 au Maroc ».

Avec son projet de recyclage des déchets biodégradables, elle a récemment remporte la 7ème   édition du SHIKA AWARDS 2019 organisé par Burundi Business Incubator (BBIN) en collaboration avec la BRARUDI et ses différents partenaires.

La patronne d’AHEZA IWACU indique que ce fut une belle et  riche expérience en matière d’élaboration d’un bon plan d’affaires bancable, qui par ailleurs est un outil indispensable pour tout entrepreneur. «  C’est un document qu’on garde comme référence détaillant les objectifs et les prévisions financières de votre projet, mais aussi et surtout que vous pouvez à chaque fois revisiter et modifier compte tenu de l’évolution de votre projet et du marché. Ce fut également une belle expérience durant laquelle l’opportunité de pouvoir défendre nos projets devant une grande audience nous a été offerte et qui est vraiment un exercice utile aussi pour l’entrepreneur ».

Quand les déchets se transforment en fumier

« J’ai commencé avec un capital de 50.000 BIF qui était d’ailleurs  destiné à aider les cinq femmes avec lesquelles j’ai commencé les travaux d’assainissement de la ville, qui a augmenté aujourd’hui grâce aux services de collecte et de vente du fumier organique et autres articles recyclés,». Son équipe est composée de sept  employés dont trois permanents et quatre temporaires.

L’entreprise fait la collecte, le tri, le traitement et la valorisation des déchets ménagers biodégradables  en fumier composté.  Ce fumier composté est vendu aux ménages pour l’entretien des jardins et aux petits agriculteurs qui font des pépinières pour promouvoir la productivité de l’agriculture biologique. En outre, l’entreprise dispense des formations en matière d’agriculture bio-intensive. « C’est-à-dire comment semer dans un petit espace et obtenir plusieurs récoltes en une fois »

Selon elle, les défis ne manquent pas, surtout en ce qui concerne la sensibilisation des ménages au tri sélectif des déchets. « C’est un combat que nous menons au quotidien, mais que nous envisageons de surmonter petit à petit par l’introduction d’une application mobile éducative par laquelle toutes les informations liées à une bonne gestion des déchets ménagers seront disponibles sur google playstore ».

Cette jeune entrepreneure n’a pas manqué d’inviter toutes les jeunes filles et jeunes mamans à oser entreprendre.  « Je voudrais les encourager à  poursuivre leurs rêves et leurs passions les plus enfouis, car tout est possible pour celui qui croit, agit, ne baisse pas les bras »

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