Certains enseignants refusent que COSSESSONA continue à s’arroger le droit d’opérer des retenues sur leurs salaires sans leur aval. Ils disent qu’il s’agit d’une spoliation sans nom d’une partie de leur salaire. COSSESSONA balaie ces accusations du revers de la main, car le consentement a eu lieu à travers un mémorandum d’entente pour la solidarité nationale signée en 2017
Les syndicats SEPEDUC et SYGEPEBU ainsi que certains enseignants non favorables aux retenues «forcées opérées» par COSSESSONA se lamentent du fait que depuis mars 2017, les syndicats des enseignants coalisés au sein de COSSESSONA se sont arrogés le droit de spolier une partie de leurs salaires. Cette opération a été effectuée aux mois de mars et avril 2017 ainsi qu’aux mois de février et mars 2019. De plus, ces enseignants disent que depuis le mois de janvier 2020, COSSESSONA prévoit retirer 500 FBu mensuellement sur les comptes de tous les enseignants. Ces derniers font savoir que leur argent est entrain d’être spolié par les responsables de leurs syndicats au vu et au su de tout le monde. Ils s’inquiètent du fait que des retenues sur leurs salaires ne cessent d’être opérées sans leur aval. A titre illustratif, COSSESSONA a opéré des retenues de 2500 FBu sur les salaires de tous les enseignants pendant deux mois (février et mars 2019) avec comme prétexte l’assistance des victimes des catastrophes naturelles. A ce moment, compte tenu de l’effectif des enseignants au niveau national, un montant de plus de 400 millions de FBu a été collecté. Néanmoins, ces enseignants s’inquiètent du fait qu’il n’y a pas de rapport qui montre comment cette cagnotte a été utilisée.
Victor Ndabaniwe, président de COSSESSONA : « Ce sont les enseignants eux-mêmes qui ont accepté de venir en aide aux victimes des catastrophes naturelles ou aux autres personnes qui sont dans le besoin via le mémorandum d’entente pour la solidarité nationale signé en 2017 »
«Une retenue de 500 FBu, c’est beaucoup»
Actuellement, on va opérer une retenue de 500 FBu sur le salaire chaque enseignant sans nous aviser, se lamentent-ils. Ce montant est destiné à assurer le bon fonctionnement de COSSESSONA et les différentes assistances de solidarité. Chaque mois, un montant de plus de 40 millions de FBu sera versé sur le compte de COSSESSONA. Nonobstant, ces enseignants ne comprennent pas sa nécessité. Ils disent que ce montant est exorbitant. Pourquoi ils n’ont pas fixé la cotisation de 100 FBu par mois et par enseignant, se questionnent-ils ? Ils signalent que COSSESSONA veut s’enrichir au détriment des enseignants (enrichissement illicite).
COSSESSONA réfute ces accusations
Victor Ndabaniwe, président de COSSESSONA balaie du revers de la main toutes ces accusations. Il fait remarquer que ce sont les enseignants eux-mêmes qui ont accepté de venir en aide aux victimes des catastrophes naturelles ou aux autres personnes qui sont dans le besoin via le mémorandum d’entente pour la solidarité nationale signé en 2017. Malgré ces accusations, il affirme que les réalisations de la coalition qu’il chapeaute sont satisfaisantes. Selon lui, au total 23 600 ménages ont été assistés. COSSESSONA a aussi payé des factures des soins de santé pour huit enseignants. Et Ndabaniwe d’ajouter qu’on a créé un fonds de logement pour le personnel enseignant (FLE) pour permettre aux enseignants de bénéficier du 1er logement. Il est fonctionnel depuis 2008. Aujourd’hui, plus de 17 000 enseignants sont membres de ce fonds. De plus, un crédit de 26 milliards de FBu a été octroyé aux enseignants depuis 2008. Chaque enseignant épargne 6000 FBu par mois. Depuis janvier 2020, cette épargne a été revue à la hausse. Elle est fixée à 12 000 FBu par mois pour augmenter la taille des garanties exigées par les banques pour décrocher les crédits contractés par les enseignants au sein du FLE. Nonobstant, certains enseignants disent que ce montant est exorbitant. Ndabaniwe précise que les enseignants qui ne veulent pas poser cet acte charitable peuvent s’en départir. «Il n’y a pas de contrainte», révèle-t-il. Pour se faire connaître, ils signent une lettre de désengagement. C’est la même chose pour le FLE. Les portes sont aussi ouvertes pour celui qui ne veut pas travailler avec ce fonds.
Pourquoi la fonction publique accepte d’opérer ces retenues ?
Rosette Nizigiyimana, secrétaire permanente du ministère de la Fonction Publique, du Travail et de l’Emploi fait remarquer qu’on opère ces retenues sur demande de la COSSESSONA. Pour opérer ces retenues, il y a des conditions exigées par le ministère ayant l’emploi dans ses attributions. D’abord, on vérifie si des réunions entre les syndicats des enseignants réunis au sein de COSSESSONA ont été organisées. De plus, les représentants de ces syndicats doivent signer. «Ce ne sont pas tous les enseignants qui doivent apposer leurs signatures», martèle-t-elle. A la question de savoir pourquoi on opère des retenues sur les salaires de tous les enseignants et même ceux qui ne sont pas membres de COSSESSONA, elle fait savoir que c’est parce que les syndicats des enseignants réunis au sein de COSSESSONA ont la mission de promouvoir le bien-être de tous les enseignants. Si l’Etat accepte d’accorder des indemnités ou autres avantages aux enseignants, personne n’est épargné. Néanmoins, elle fait savoir que l’enseignant qui ne veut pas qu’on opère des retenues sur son salaire le signale au ministère.
Une femme juriste contactée souligne que personne n’a le droit de toucher sur le salaire de quelqu’un sans son aval. Ni l’employeur, ni le syndicat n’y est autorisé. Selon elle, tous les lois et règlements tant nationaux qu’internationaux que le Burundi a ratifié le précisent. On opère une retenue sur salaire en cas de versement des cotisations sociales ou s’il s’agit d’une décision qui relève de la justice.