A quelques mètres de la route nationale n°1, à l’entrée du Parc national de la Kibira, un ancien site d’extraction est devenu un incinérateur à ciel ouvert pour les produits pharmaceutiques hors usage (PPHU) du pays. Des voix s’élèvent pour réclamer un incinérateur à haute température, jugée plus sûre dans la destruction de ces produits pour préserver la santé et l’environnement.
Le site d’extraction a changé de rôle : il sert d’incinérateur à ciel ouvert pour les produits pharmaceutiques hors usage (PPHU).
A quelques mètres seulement de la route nationale n°1 sur la colline Kumusenyi, de la zone Bugarama en commune Muramvya, là où la route bifurque vers l’entrée du Parc national de la Kibira, un trou attire l’attention. Autrefois, on y extrayait des matériaux de construction comme l’expliquent les personnes qui empruntent cet itinéraire. D’ailleurs, la forme de ce terrain en garde encore les traces.
Aujourd’hui, ce lieu a changé de rôle : il sert d’incinérateur à ciel ouvert pour les produits pharmaceutiques hors usage (PPHU) du pays. Au fond de la fosse, les cendres noires se mélangent aux restes des médicaments et emballages brûlés. Le feu n’a pas tout détruit : plaquettes à moitié fondues, bouteilles cassées, cartons partiellement brûlés restent visibles. Autour du trou, des morceaux d’emballages, des flacons moitié brûlés, etc. sont éparpillés dans l’herbe.
A l’intérieur de la fosse, la nature semble reprendre sa place : fleurs sauvages et bananiers profitant d’un sol enrichi par les cendres s’y retrouvent. Mais cette image de verdure ne doit pas faire oublier la réalité : il s’agit d’un lieu où on brûle des produits médicaux, parfois sans destruction complète, à proximité d’une grande route très fréquentée et d’un parc national connu pour sa biodiversité.
Un site qui est loin d’être rassurant
La gestion des produits pharmaceutiques hors usage (PPHU) est un combat ancien au Burundi. Jusqu’en 2013, ces produits étaient détruits dans les décharges de Buterere et Gatumba dans des conditions inadaptées. Situés en plaine, ces sites favorisaient l’infiltration des résidus de ces produits vers les nappes phréatiques. A Buterere, le dépôt se trouvait près de la rivière Kinyankonge qui se déverse dans le lac Tanganyika, source d’eau potable pour la ville de Bujumbura. La proximité des habitations exposait également les riverains aux fumées de combustion de ces produits, aggravant les risques sanitaires.
C’est ainsi que le site de la colline Kumusenyi, en commune Muramvya, a été choisi. Selon un guide de gestion des PPHU de 2018, il se situe à plus de 100 mètres des habitations, près de la forêt de la Kibira où le renouvellement de l’air se fait naturellement. L’ancienne carrière repose sur une roche, rendant l’infiltration vers la nappe phréatique quasi inexistante.
Le danger reste imminent
Malgré ces explications, ce site reste dangereux. Selon l’Organisation Mondiale de la Santé, l’incinération des déchets médicaux peut provoquer l’émission de dioxyde de carbone, d’oxydes nitreux, de métaux lourds comme le mercure et de dioxine. Une incinération entraîne également la production de monoxyde de carbone, rendant la pratique précaire, a fortiori lorsqu’elle se fait à ciel ouvert.
Pour Thierry Nizigiyimana, activiste environnemental, cette pratique ne peut être sans conséquences néfastes sur la santé humaine et l’environnement. Selon lui, l’unique moyen efficace de détruire les PPHU reste l’incinérateur sûr à haute température. Il appelle le gouvernement à recourir à cette méthode pour le bien de tout le monde.