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Le Burundi souhaite exporter la viande vers le Gabon

Pour peser sur l’échiquier économique, le Burundi devra investir davantage dans l’élevage intensif.

Le gouvernement du Burundi veut faire des affaires avec le Gabon. Ce pays est un grand importateur de viande. Cela se présente comme une opportunité pour le Burundi mais il faut des investissements conséquents pour redynamiser la filière viande en difficulté

De retour du 18ème sommet des chefs d’Etat et de gouvernement de la Communauté Economique des Etats de l’Afrique Centrale (CEEAC), le chef de l’Etat Evariste Ndayishimiye a annoncé le renforcement de la coopération économique à travers les accords bilatéraux avec le Gabon.

Ce sont notamment des accords de coopération en rapport avec le transport aérien, le commerce, la coopération en matière d’échanges de mains d’œuvre ainsi que le renforcement de la coopération politique. Ainsi, il a été recommandé la mise en place d’une commission mixte entre nos deux pays pour statuer sur la mise en œuvre de ces accords.

Le prix d’un kilo de la viande pourrait osciller autour de 15 000 FBu durant les fêtes de fin d’année.

Sur le volet commercial, le chef de l’Etat a révélé que ces accords sont très bénéfiques pour les deux pays étant donné qu’il existait déjà des accords sur les échanges des produits agricoles et animaliers. « Le Gabon avait déjà exprimé le souhait d’importer la viande à partir du Burundi. C’était donc une occasion de revenir sur ces accords pour les revitaliser », rappelle le chef de l’Etat.

L’offre reste inférieure à la demande

Le manque de pâturage consécutif à la pression démographique et un système d’élevage intensif peu répandu font que les effectifs des ruminants baissent. D’où la volatilité des prix de la viande sur le marché.  La peste des petits ruminants durant la période 2017 à 2018 a perturbé le marché.

Cependant, la production de la viande a atteint un pic important passant de   19 285 tonnes en 2012 à 288 426 tonnes en 2015. Mais cette croissance considérable de la production n’a pas duré longtemps. De 2016 à 2017, la production de la viande a connu une chute importante. Elle est passée de 288426 tonnes en 2015 à 47 071 tonnes en 2017. Ces données montrent que l’offre est de loin inferieure à la demande.

A la veille des fêtes de fin d’années, les bouchers du marché dit COTEBU et du marché de Kinama s’inquiètent de la volatilité des prix de la viande. Les bêtes à abattre se raréfient. Le prix d’un kilo de la viande pourrait osciller autour de 15 000 FBu durant cette période.

Le pays importe des vaches pour répondre à la demande de plus en plus croissante. Le gros des abats est importé du pays de Nyerere. Les vaches sont acheminées via la Malagarazi. Or, l’exportation favorise la croissance économique du fait qu’il fait entrer des devises.

Le transport et la vente de la viande, un défi à relever

Lors d’un colloque organisé en 2017 par ministère en charge de l’élevage, les intervenants dans la filière viande ont relevé beaucoup de défis. Ils ont indiqué que pour que la population consomme une viande de qualité, il ne faut pas que l’hygiène se limite seulement au niveau des abattoirs. Ils ont suggéré que des mesures d’hygiène soient prises depuis le marché du bétail jusqu’aux lieux de commercialisation de la viande.

Le transport des viandes constitue un des maillons les plus critiques du secteur, a précisé un des bouchers prestant au marché Bujumbura City Market. Les moyens de tout genre (taxis, motocyclettes, véhicules privés…) ne sont pas du tout appropriés. Pour lui, ces moyens créent parfois des situations allant à l’encontre des principes élémentaires de l’hygiène. Il déplore également que l’exposition des viandes dans les boucheries de détail ou dans les marchés ne se fait pas dans les meilleures conditions d’hygiène, aggravées, d’après lui, par le fait que les viandes sont maintenues pendant plusieurs heures à une température ambiante favorable aux proliférations microbiennes.

Le travail de l’abattoir influe sur la qualité de la viande

Boniface Nduwimana, président-représentant légal de l’Union pour la Promotion et la Protection des Animaux (UPPA) est revenu sur le transport et le traitement du bétail à l’abattoir. Il parle de l’incidence que le travail de l’abattoir peut avoir sur la qualité de la viande. Il fait remarquer qu’un animal stressé, accidenté ou blessé au moment de l’abattage secrétera des substances qui pourront altérer la qualité de la viande.

Il souligne que cela peut être dû à l’augmentation du rythme cardiaque qui fait augmenter la température de l’animal. La dureté de la viande sera impactée en cas de stress. Dans le cas d’un animal blessé, la viande pourra devenir plus sensible à certains germes et à de possibles contaminations. Son PH peut augmenter et la viande sera dite « fiévreuse », informe M.Nduwimana.

Une réelle opportunité commerciale, mais…

Le Gabon est parmi les pays qui affichent des taux les plus élevés de consommation de la viande. La moyenne annuelle est de 13 kg par habitant et par an. D’après une étude réalisée par la FAO sur les abattoirs d’animaux de boucherie en Afrique centrale, le Gabon et le Congo sont deux pays fortement importateurs de viandes rouges et de volailles. Les importations proviennent soit des pays d’Europe, d’Amérique du Sud mais aussi les pays africains.

Les moyens de tout genre (taxis, motocyclettes, véhicules privés…) ne sont pas du tout appropriés au transport de la viande.

Au Gabon, la croissance démographique et la forte urbanisation accroissent les besoins en produits alimentaires, notamment les produits animaux et d’origine animale. Le sous-secteur de l’élevage reste faiblement développé dans le pays. Le pays importe presqu’entièrement la viande bovine, ovine, porcine et de volaille consommée par les populations, alertent les experts de la FAO. Le prix de la viande au Gabon est à 2000 FCFA le kg, soit 3 euros, autour de 7 184 FBu.

Le Gabon, grand importateur de viande ?

Les importations de la viande et les produits dérivés constituent une très grande partie des importations du pays (plus de 150 milliards de FCFA, soit 276 347 400 USD). La Banque Afrique de Développement (BAD) et la FAO appuient le gouvernement gabonais pour développer les filières de production de viande d’animaux à cycle court lui permettant ainsi de réduire les dépenses d’importation à très brève échéance.

Les statistiques indiquent que le pays a importé 122,5 millions de tonnes de viandes animales à travers l’Amérique et l’Asie dont 24,2 millions de tonnes de découpes de viande de bœuf et plus de 10 millions de tonnes de viande porcine et 87,7 millions de tonnes de viande de poulet en 2016.

Le Burundi sera doté d’un abattoir moderne

Un abattoir moderne est en cours de construction à Muzinda en province de Bubanza. Toutes les opérations seront mécanisées. Les machines vont réaliser les activités d’abattage du début à la fin. Les carcasses vont soit transiter par la chambre froide, soit être expédiées directement sur le marché de consommation représenté par les boucheries et les autres marchés de la ville, a fait savoir Ir Hubert Mbabazi, directeur général de la Société de Gestion de l’Abattoir de Bujumbura (SOGEAB) en juillet dernier. Le coût du projet est évalué à plus ou moins 5 milliards de FBu.

L’actuel abattoir public de Bujumbura situé à Kigobe (Nord de la capitale économique) est semi-mécanisée. Excepté certaines opérations, notamment le découpage des carcasses qui se fait à l’aide des machines, le gros du travail est manuel. Notre interlocuteur fait savoir que cet abattoir est presqu’entièrement manuel. Par contre, au niveau de l’abattoir de Muzinda (à 10 km de la capitale économique Bujumbura) en perspective, toutes les opérations seront faites par des machines. La capacité de l’abattoir de Muzinda sera d’au moins 200 bêtes par jour. Il rappelle que les animaux à abattre sont de trois catégories, à savoir : les bovins communément appelés le gros bétail, les chèvres et les moutons qui constituent le petit bétail et les porcs. L’ancien abattoir sera exclusivement réservé à l’abattage des porcs.

Un projet laissé à l’abandon ?

Il y a quelques mois, les investisseurs chinois avaient entrepris le projet d’exportation de la viande en exploitant l’abattoir public de Bujumbura. Mais ce projet est voué à l’échec. Les chambres froides qui ont été installées à cette fin sont scellées.

D’après des sources concordantes, une des raisons de cet échec est liée surtout à la pénurie des bêtes. Ils exigeaient des carcasses uniquement et ils ne prenaient pas les viscères. Ce qui a agité le marché local. Les investisseurs ont eu des soucis pour acheminer les cargaisons jusqu’à destination. Leurs produits auraient passé plus de six mois dans les containers frigorifiques installés à l’abattoir. Ce qui a enfoncé le clou, car ils devaient débourser chaque mois environ 4 millions de FBu pour payer l’électricité.

Quelle voie de transport privilégier ? 

Libreville est à plus de 2 000 km de Bujumbura si on emprunte la voie aérienne. Pour rejoindre le Gabon, on doit nécessairement emprunter la voie terrestre, maritime ou aérienne.  Le Burundi est un pays enclavé qui n’a pas d’accès direct à l’océan. Les conteneurs de carcasses devraient transiter par le port de Dar-es-Salaam. Les cargaisons prendront du temps avant d’accoster au port de Libreville.  Dans ce cas, la voie aérienne est privilégiée.

Le chef de l’Etat a reconnu que les infrastructures de transport laisser à désirer au niveau des pays de l’Afrique centrale. « Les voies de transport sont à réhabiliter pour faciliter la circulation des biens et des personnes aa l’instar des pays de la communauté est africaine », a-t-il proposé. Selon le comité scientifique de l’Agence fédérale pour la sécurité de la Chaîne Alimentaire (SCICOM), la chambre froide aura une température maximale de -18°C. Le projet d’exportation de la viande nécessite de lourds investissements. D’où la prudence s’impose avant de se lancer sur cette voie.

Quid de l’organisation de la filière viande au Gabon ?

Le Gabon a une superficie de 267.667 km2 avec 2,1 millions d’habitants (2018). La grande partie du territoire (85 %) est recouverte par la forêt équatoriale. Le Gabon est frontalier avec le Cameroun, la Guinée Equatoriale, Sao tome et principe et le Congo Brazza. Les grandes villes sont Libreville (capitale), Port-Gentil, Makusu (ex-ville) et Lambaréné.

L’élevage est moins développé et le pays importe les viandes pour satisfaire la demande. Dans les systèmes d’abattage non contrôlé, la viande est débitée, vendue et consommée sur place ou tout au plus commercialisée dans un petit rayon au niveau d’étals de fortune.

Par contre, dans les systèmes d’abattage contrôlé, les bouchers détaillants s’approvisionnent directement sur les lieux d’abattage auprès des abatteurs-grossistes où il est fréquent d’observer des ventes de bêtes sous forme de quartiers. La viande est commercialisée le jour même dans les boucheries de détail qui disposent d’équipements rudimentaires ou bien sur les étals des marchés où elle est souvent exposée à l’air libre et à température ambiante.

Source : FAO

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