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Bururi : Autonomie des Batwa, un rempart pour la Kibira

La population riveraine de la réserve naturelle de Bururi se plaint de l’augmentation des vols dans les champs. Au banc des accusés : la population Twa vivant dans un village situé près de cette réserve. Ces vols auraient un lien avec la clôture des projets d’autonomisation de cette population. Quid de la pérennisation de tels projets ?

Les Batwas vivant dans les environs de la réserve naturelle forestière de Bururi sont pointés du doigt dans les cas de vols.

 

Les cas de vols dans les champs sont en nette augmentation à Bururi. Pour les agriculteurs riverains de la réserve naturelle forestière de Bururi, il est actuellement rare qu’on cultive et qu’on récolte les champs sans que la récolte soit volée. Celle-ci est volée parfois même avant qu’elle soit prête pour la récolte. Isidore Bukuru est parmi les victimes de ces vols. Il regrette qu’il cultive presque pour ces voleurs. Comme il nous l’a raconté, ils sont obligés de veiller sur leurs champs, sinon ils risquent de rentrer bredouille. Il pointe du doigt la population Twa habitant dans un village situé près de cette réserve naturelle de Bururi.

J.N. est une femme Twa. Elle nie son implication dans ces cas de vols, mais admet quand même que ces vols sont une réalité dans cette localité. Elle explique que cela est dû en grande partie à la précarité dans laquelle vivent actuellement les habitants de cette localité en général et les Batwas en particulier. « Ce que je ne veux pas entendre, ce sont les accusations ciblant seulement les Batwas », dit-elle.

La clôture des projets PADZOC et PRRPB, un déclencheur

Cette maman de quatre enfants signale qu’elle et ses voisins vivent dans une grande précarité depuis la clôture des projets qui les soutenaient. Ils participent aux travaux de préservation de la Kibira, et percevaient une partie du salaire, une autre partie étant gardée pour l’épargne. « Ces projets nous assistaient tellement qu’on avait commencé à vivre comme d’autres Burundais. On avait même acheté du petit bétail. Malheureusement, la plupart d’entre nous ont été obligés de les vendre pour subvenir aux besoins de leurs familles après la clôture de ces projets », regrette-t-elle.

Cette situation est confirmée par l’administration locale. Les autorités de cette province nous ont annoncé que le constat a été qu’après la clôture des projets qui soutenaient les Batwas, il y a eu retour à la case départ. Ils sont redevenus une menace non seulement pour cette réserve, mais aussi pour la société.

La non pérennisation des projets à l’origine des vols dans les champs

La proximité des Batwas avec la réserve naturelle de Bururi a longtemps entraîné une pression croissante sur l’écosystème. Pour y remédier, le Projet d’Aménagement Durable des Zones Caféicoles (PADZOC), actif entre 2016 et 2018, a mis en place un projet qui visait à faire participer ces Batwas à l’entretien de cette réserve naturelle, moyennant une rémunération journalière qui combinait revenu immédiat et épargne. Cette approche inclusive a permis de redonner espoir à cette population, mais aussi de contribuer à la préservation de cette réserve naturelle.

Depuis la clôture du PADZOC, c’est le Projet de Restauration et de Résilience des Paysages du Burundi (PRRPB) qui a pris le relais, poursuivant les mêmes principes de participation communautaire. Toutefois, une modification dans le mode de paiement — passé d’une distribution journalière à une distribution mensuelle — a fragilisé cette dynamique pour ces familles qui vivent  au jour le jour. Dès lors, des activités destructrices de cette réserve ont commencé, mais n’étaient pas jusque-là graves. Ce projet a, à son tour, clôturé ses activités au mois de septembre 2023. C’est alors que la situation s’est aggravée.

Comme l’a fait savoir Jérôme Nishishikare, cadre de l’OBPE à Bururi, un projet allant dans le sens des deux premiers est prévu de commencer dans les deux prochains mois.

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