Un salaire minable. Le chauffeur de taxi travaille sans contrat, sans assurance maladie ni cotisations à la protection sociale. Il ne bénéficie pas de congés… Voilà à quoi ressemble la vie de la plupart des taximen de Bujumbura. Ils disent mener une vie de survie. Nous avons rencontré des conducteurs de taxis à Bujumbura pour plus d’éclaircissement là-dessus
« Ce ne n’est pas du vrai business. Ce sont des petits jobs qu’on fait pour survivre», fait savoir Thierry Rukundo, un taximan rencontré à Mutanga Nord dans la zone Gihosha, commune Ntahangwa en mairie de Bujumbura. Cinq ans d’expérience dans ce métier de conducteur, Rukundo avance ses arguments : « Le propriétaire du véhicule met en chômage lorsqu’il veut. C’est le genre de travail où le boss t’embauche le matin et te vire le soir. Des cas pareils existent », affirme-t-il. Et de continuer: « Un jour, je me sentais fatigué et, au lieu de me donner au moins un seul jour de repos, mon boss m’a renvoyé pour toute une semaine. Il m’a ricané dessus : tu vas revenir étant reposé j’espère », déplore Thierry Rukundo en précisant que c’était en fait une forme de punition.
Selon M. Rukundo, la plupart des taximen qui travaillent pour d’autres boss le font sans contrats de travail. « C’est un métier dont on ne maîtrise pas la durée. La plupart d’entre eux reçoivent leur salaire en main et ne disposent même pas d’un compte bancaire ». Cela veut dire qu’il n’y a aucune possibilité de contracter un crédit dans une banque. En plus, on n’a pas d’assurance maladie ni de cotisations pour la pension complémentaire, déplore Thierry Rukundo. Ce père de deux enfants explique que c’est un secteur qui reste dans l’informel, mais qui est plutôt rentable pour les propriétaires des véhicules ne laissant que peu d’opportunités de développement à leurs travailleurs et à leurs familles.
La plupart des taximen travaillent sans contrat, sans assurance maladie ni cotisations à la protection sociale.
Un salaire minable
En mairie de Bujumbura, les taximen versent chaque soir un montant de 30 000 FBu au propriétaire du véhicule. Cela totalise 900 mille FBu par mois. La majorité des chauffeurs de taxis sont payés entre 120 mille FBu et 150 mille FBu par mois. « Rares sont les taximen qui sont payés 180 mille FBu », indique Claude Ndayirukiye, taximan depuis 7 ans rencontré dans la zone de Bwiza. Cela au moment où ils travaillent plusieurs heures par jour. «Souvent, depuis 5 h du matin on est dans la route pour rentrer très tard. Certains passent même des nuits blanches à la recherche des sous».
Payé 120 mille FBu par mois, Ndayirukiye précise que sa famille ne mène qu’une vie de survie. Ce salaire n’est même pas suffisant pour payer les frais de loyer de sa maison d’habitation. Pour une maison d’une chambre et un salon, il décaisse un montant de 130 mille FBu. Pour une survie quotidienne, il recourt au reliquat resté après versement. Il affirme toutefois manquer rarement le versement. « Si cela arrive, je le récupère le jour suivant ». C’est surtout pendant les weekends que les chauffeurs de taxis ont la clientèle en permanence. « Avec le reliquat du versement, je parviens à nourrir mes enfants, mais on n’épargne jamais. Je vis du jour au jour », fait-il savoir.
Pour maximiser ses revenus, M. Ndayirukiye possède une boutique qui s’occupe surtout de la vente des boissons. C’est sa femme qui la tient. Après ses études, elle n’a pas trouvé d’emplois et le couple a décidé d’ouvrir une boutique. « Elle ne pouvait pas rester à la maison sans rien entreprendre ».
Des possibilités de se regrouper en associations ?
« Il est difficile pour nous de se regrouper en association ou en syndicat afin de réclamer nos droits. On n’est pas stable. Nombreux d’entre nous sont virés après quelques temps (un mois, deux mois…). Dans ce cas, cette association se retrouverait avec beaucoup de membres qui ne sont pas actifs et cela impacterait négativement ses activités ».
Pour Thierry Rukundo, ce sont les chauffeurs de taxis qui conduisent leurs propres véhicules qui travaillent dans de bonnes conditions. Ils n’ont pas à donner des versements à d’autres personnes. Ces versements constituent une épargne pour eux. Mais pour se procurer un propre taxi, il faut vendre une propriété quelconque.