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Cibitoke-coton : une culture à bout de souffle

Le manque d’entretien, de suivi technique et un prix d’achat dérisoire sont les principaux défis qui minent la filière coton à Cibitoke. Les producteurs dénoncent une situation de plus en plus décourageante où seule la possibilité de cultiver également  d’autres vivres dans ces champs les pousse à garder un intérêt pour le coton.

Léonidas Ncamubansi : « Tu vois ce coton dans le panier, il ne dépasse pas 2 ou 3 kilos.  Donc il vaut environ 3000 FBu. Une somme qui ne permet même pas d’acheter un kilo de riz »

Le long de la route nationale n°5, Léonidas Ncamubansi et son épouse, Peruth Harerimana, cueillent le coton sous un soleil de plomb. Cultivateur de coton depuis 1984, M. Ncamubansi observe une régression constante: « La culture du coton a beaucoup reculé. Il n’y a plus de suivi, ni d’entretien des champs »,fait-il remarquer.

M. Ncamubansi déplore que cette année, le rendement du coton ait été faible en raison du manque d’insecticides nécessaires à la pulvérisation. « Le coton a régressé à cause des maladies. Il y a beaucoup d’insectes qui l’attaquent et il tombe prématurément. Le coton donne normalement de bons résultats quand il est suffisamment pulvérisé et à temps», explique Mme Harerimana. Elle ajoute : « Autrefois, on pulvérisait cinq fois à différentes étapes de la croissance du coton. Cette année, cela n’a été fait qu’une seule fois et très tardivement, quand le coton avait déjà trop poussé. Cette pulvérisation n’a donc eu aucun effet» . Dans cette zone, même ce peu d’insecticides ce n’est pas tout le monde qui en a bénéficié. Leur voisin qui cueillait du coton non loin de là-bas nous a expliqué que la sélection s’est faite en faveur des détenteurs de grandes parcelles. Ils soulignent également que malgré la présence des encadreurs, leurs doléances restent sans réponse. Ce qui finit par les décourager.

*Un travail acharné pour des revenus dérisoires*

Outre les maladies, le faible rendement et le manque de produits phytosanitaires, le prix au producteur est jugé humiliant pour une culture d’exportation. En 1984, le kilo de coton se vendait à 30 FBu. Lentement, il est monté à 100 FBu dans les années 90, puis à 120 FBu en 1996. Ce n’est qu’en 2024 qu’il a atteint 1000 FBu le kilo. Un prix insignifiant comparativement au travail que la culture du coton exige, mais aussi aux prix actuels des produits de première nécessité. « La culture du coton demande beaucoup de travail. Un ouvrier qui passe la matinée à récolter le coton reçoit 10 000 FBu alors que la valeur du coton récolté est inférieure à cette somme. C’est pourquoi nous préférons le faire nous-mêmes, sinon, ce serait une perte. En calculant tout ce qu’on investit, on se rend compte qu’il n’y a aucun bénéfice. Un kilo de coton est récolté sur environ 5 m² et ils l’achètent à 1000 FBu. Combien rapporteraient des haricots ou des pommes de terre cultivés sur la même surface ? », compare-t-il.

« Tu vois ce coton dans le panier », dit-il en montrant du doigt le coton qu’ils avaient récolté depuis le matin« il ne dépasse pas 2 ou 3 kilos. Donc il vaut environ 3000 FBu. Une somme qui ne permet même pas d’acheter un kilo de riz.  Par exemple, l’année dernière, après avoir travaillé toute l’année, je n’ai gagné que 60 000 FBu pour tout le coton vendu. C’est vraiment décourageant. », déplore-t-il.

Il regrette aussi que même ce faible revenu leur parvienne après quatre ou cinq mois d’attente, alors qu’ils doivent payer les ouvriers agricoles pour labourer les champs du coton de l’argent pour cultiver. Il appelle à une réelle valorisation de cette culture, qui n’est pas sans importance pour l’économie nationale. Selon lui, la meilleure manière de la valoriser serait d’encourager les agriculteurs en leur offrant un prix d’achat raisonnable. Selon Mme Nahimana, seule l’autorisation de cultiver le maïs dans les champs de coton permet aux agriculteurs de garder un intérêt pour cette culture.

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