La Banque Mondiale estime que la révolution numérique peut impulser le développement de l’Afrique. La digitalisation peut éclipser le taux de pauvreté grandissant et stimuler la croissance économique sur le continent. Pourtant, l’interconnectivité des pays africains demeure faible et l’universalité des plateformes numériques restent un défi majeur. Burundi Eco décrypte les défis et les perspectives de l’économie numérique en Afrique en général et au Burundi en particulier
D’après la récente édition d’Africa’s pulse, un rapport réalisé par la Banque Mondiale sur les perspectives économiques en Afrique, la révolution numérique peut doper la croissance économique de 2%. Elle offre à l’Afrique une chance sans précédent de développer son économie, de créer des emplois et de transformer les conditions de vie de sa population. Les experts de l’institution de Bretton Woods sont unanimes sur place de la digitalisation dans le combat contre la pauvreté sur le continent. Pour Albert Zeufack, économiste en chef à la Banque Mondiale pour la région Afrique, le digital est un début de solution de tous les maux de l’Afrique. Il explique que si les pays investissent dans le digital de façon résolue, il est possible de créer des plateformes digitales qui améliorent la provision des services publics aux citoyens et des emplois pour les jeunes.
Pourtant, l’accès à l’Internet reste encore illusoire pour la plupart des Africains. A peine 24 % d’entre eux avaient accès à l’Internet en 2018. « Peu d’Africains disposent d’identité ou de comptes d’opérations numériques. Ce qui les empêche d’avoir accès à des services clés, y compris le commerce électronique », apprend-on du rapport de la Banque Mondiale sur le pool de l’Afrique.
Quid de l’économie numérique sur le continent ?
L’économie numérique qui englobe notamment le commerce électronique se développe rapidement en Afrique. Elle permet de créer de nouvelles opportunités pour les entrepreneurs et aux entreprises d’élargir leur accès au marché et leur participation aux chaînes de valeur. Des emplois sont créés et de nouveaux modèles économiques apparaissent, lit-on dans le Manifeste de Nairobi élaboré lors de la première Semaine africaine sur le commerce électronique.
En 2017, l’Afrique a connu plus de 21 millions d’acheteurs en ligne, soit seulement moins 2% du marché mondial. D’après l’indice du commerce électronique entre entreprises et consommateurs établi par la Conférence des Nations Unies sur le Commerce et le Développement (CNUCED), l’Afrique accuse un retard par rapport au reste du monde en termes de préparation au commerce électronique.
La technologie au service de l’agriculture
La révolution digitale ne s’oppose pas à d’autres secteurs. Par contre, le digital est un secteur qui peut accroître la productivité dans tous les domaines, une fois bien exploité. Dans des pays comme le Nigeria et le Kenya, les fermiers ont adopté des services « Uber » (par référence aux taxis connectés) à l’aide des téléphones portables pour louer des tracteurs et payer directement avec la monnaie mobile. Par conséquent, dans les villages où cette technologie est utilisée la productivité augmente significativement, explique Albert Zeufack, économiste en chef à la Banque Mondiale pour la région Afrique.
Le Centre Technique de Coopération Agricole et Rurale (CTA) dans son rapport édition 2018 confirme les apports de la révolution numérique dans le secteur agricole. En Ouganda, le profilage numérique des agri-éleveurs leur a permis d’avoir accès aux conseils agronomiques, à des bulletins météo et à une assurance agricole. Ces innovations ont entraîné une forte hausse des rendements et des bénéfices. Les données numériques permettent aux agriculteurs d’améliorer la gestion de leurs cultures, de leur sol et de leur bétail, de réduire les dégâts environnementaux et d’accroître leurs bénéfices. Ils attirent aussi les jeunes vers le secteur agricole et pourraient même enrayer l’exode des jeunes en milieu rural, estiment les experts du CTA.
Les progrès réalisés par le Burundi en matière des TIC
Le secteur des télécommunications a enregistré des progrès notables en matière des Technologies de l’Information et de la Communication (TIC). Le Burundi est nanti en termes d’infrastructures de télécoms. Actuellement, plus de 8000 km de fibre optique en aérien et souterrain sont déjà installés dans les 18 provinces du Burundi. Les indicateurs fournis par l’Agence de Régulation et de Contrôle des Télécommunications (ARCT) montrent que 51,81 % de la population disposaient d’un téléphone portable en 2018. Par contre, seuls 10 % de la population fréquentaient la toile à la même période.
Pour accroître le taux de pénétration et d’accessibilité de l’Internet au Burundi, il est prévu la poursuite du projet d’implantation des télécentres communautaires, la connectivité des centres d’agglomérations tels que les établissements scolaires, les hôpitaux, les centres pour handicapés, etc.
Des infrastructures qui profitent moins au citoyen lambda
Malgré la densité du réseau Internet au Burundi, la fracture numérique entre les milieux urbains et ruraux est forte. Pour l’internet 3G et 4G, les opérateurs de télécoms se concentrent beaucoup plus dans les centres urbains, notamment en Mairie de Bujumbura et aux chefs-lieux des provinces où le pouvoir d’achat est élevé, a déclaré Ir Donatien Manirampa, patron de l’ARCT. Le pouvoir d’achat des Burundais reste faible dans un contexte où 65% de la population baignent dans une extrême pauvreté. En conséquence, les prix des services liés aux TIC demeurent exorbitants. Les terminaux sont onéreux par rapport au pouvoir d’achat de la population. A titre illustratif, pour avoir un smartphone connecté au réseau 3G ou 4G, il faut dépenser au moins 100 000 FBu. Ce qui limite bon nombre de Burundais qui vivent au jour le jour.
D’une manière générale, il s’observe une lenteur dans l‘implémentation des nouvelles technologies et l’inaccessibilité des TIC dans les zones rurales et isolées. Le déficit énergétique ne permet pas d’assurer l’alimentation des infrastructures déployées en milieu rural. L’autre problème est lié à l’analphabétisme numérique parce qu’il ne suffit pas d’avoir un smartphone, ou encore faut-il savoir comment s’en servir. Il est indispensable de mettre en œuvre des plans de déploiement des infrastructures haut débit pour servir les zones isolées et inciter les opérateurs à investir dans les milieux ruraux et si besoin les appuyer.
Le e-commerce en gestation au Burundi
Le Burundi connait une timide croissance de l’économie numérique. Les amateurs du web exploitent les réseaux sociaux à des fins purement lucratives. Les annonces des produits en vente inondent les réseaux sociaux. A travers les groupes WhatsApp ou les pages Facebook ou les sites web spécialisés comme PesaBay, les vendeurs recherchent activement des clients potentiels. Désormais, il est possible de faire des deals avec son smartphone ou sa tablette. Cependant, il serait difficile de parler proprement de commerce électronique dans la mesure où il n’est pas possible de faire des transactions sécurisées en ligne. Les acheteurs sont obligés d’entrer en contact avec le vendeur pour le payer cash. Ce qui présente un réel danger du point de vue sécuritaire. Par contre, s’il était possible de payer directement avec sa carte de crédit, le danger serait écarté.
Le système bancaire classique domine dans les transactions qui impliquent une somme constante d’argent. Le mobile Banking même s’il existe demeure rudimentaire. En 2018, 6 184 419 personnes étaient abonnées à la téléphonie mobile, mais 1,5 millions d’abonés détenaient des comptes Ecocash et Lumicash. De plus, « les utilisateurs font souvent recours aux services de transfert d’argent, mais ils paient de moins en moins avec de l’argent mobile », révèle Ferdinand Ninteretse, un des grossistes des monnaies mobiles. C’est un véritable défi au regard des besoins croissants de la population urbaine et des enjeux connexes aux TIC. Les services de transport nécessitent d’être rénovés pour éviter les tracasseries causées par le paiement en liquide.
Que faire pour rattraper le retard ?
Les participants à la première Semaine de l’économie numérique en Afrique tenue à Nairobi en décembre dernier ont émis quelques recommandations. En effet, les pays africains nécessitent une vision claire de leur état de préparation au commerce électronique pour pouvoir développer des stratégies politiques conséquentes. Cela leur permettra de tirer parti des avantages que peut apporter le commerce électronique, tout en étant capables de relever les défis qu’il pose.
En outre, les stratégies nationales de commerce électronique peuvent contribuer à accélérer, mobiliser et renforcer l’efficacité des ressources disponibles. Enfin, la mise en place des infrastructures pour les TIC abordables et fiables est fondamentale pour bénéficier d’une économie numérique inclusive. Idéalement, il devrait y avoir une couverture universelle de large bande à haut débit, avec une mise à niveau régulière de l’infrastructure, et une réduction ou élimination des obstacles pour les fournisseurs de services qui souhaitent accéder au réseau ou à d’autres services.
L’Afrique attire toutes les convoitises
Des projets de grande envergure sont en vue. Des centres d’innovation sont créés ici et là sur le continent, les écoles et universités spécialisées dans les compétences digitales ouvrent leurs portes et les start-ups du numérique émergent surtout en Afrique de l’Ouest. En avril dernier Jumia, le premier site d’e-commerce en Afrique basé au Nigeria est devenu la première start-up africaine à faire ses débuts à Wall Street (Bourse de New-York). L’entreprise espère lever près de 200 millions de dollars.
Selon les informations relayées par l’Agence Ecofin, la société américaine Facebook envisage de bâtir un câble sous-marin de fibre optique qui va encercler l’Afrique. Le projet dénommé « Simba » a pour but d’améliorer davantage la connectivité sur le continent, d’améliorer l’accès des populations au haut débit et aux services que propose l’entreprise. Cette infrastructure de télécoms rallonge la liste des investissements de connectivité réalisés par Facebook sur le continent. Ce sont notamment le réseau de bornes d’accès à l’Internet haut débit sans fil déployé au Ghana, au Kenya, au Nigeria et en Tanzanie.
L’Afrique présente un énorme potentiel pour les investisseurs du numérique de par sa croissance de sa population et l’augmentation des internautes. Le Burundi devrait saisir cette opportunité pour avancer avec les autres pays de la sous-région.