A Musenyi, la communauté hôte et la communauté des réfugiés congolais vivent en harmonie. Des efforts pour nourrir cette cohabitation se font des deux côtés : apprendre les langues respectives, échanger le peu dont ils disposent et participer à des activités collectives. Cela permet, surtout à la communauté réfugiée d’oublier les douleurs du passé et de se sentir à l’aise, même en exil.
Sarah Zagabe, une réfugiée congolaise : « Nous avons traversé beaucoup d’épreuves, vu beaucoup d’horreurs. Vivre avec d’autres personnes nous aide à oublier les douleurs du passé et à nous sentir à l’aise, même en exil ».
Dans les montagnes de Giharo, commune Musongati en province de Burunga se trouvent deux camps de réfugiés congolais : Musenyi I et II. Arrivé là-bas, il est difficile de distinguer les Burundais des Congolais. La langue est unique : le swahili. Gare à celui qui ne maîtrise pas cette langue de la communauté de l’Afrique de l’Est. Autour du camp de Musenyi I, on remarque une longue chaîne de boutiques et d’autres activités commerciales comme les salons de coiffure, les services de recharge des téléphones, les restaurants, les cafétérias, etc. Un petit marché s’y trouve également. On y vend plusieurs produits, alimentaires ou autres. Là aussi, pas de kirundi, pas de français : le swahili seulement.
Dans un swahili approximatif, je demande à une maman que je rencontre là-bas si elle comprend le français ; elle répond qu’elle est plutôt à l’aise en kifurero ou en kirundi. Cela m’a paru étrange. Voulant comprendre ce phénomène, elle m’explique qu’elle est de la tribu des Bafurero. La langue parlée par cette tribu n’est pas éloignée du kirundi. Le choix était donc clair : le reste de notre interview allait se dérouler en kirundi.
Le bon voisinage exige
Elle s’appelle Siyapata Matumainille,43 ans. Quand les tirs ont éclaté au mois de février 2025, elle a fui Kavimvira en toute hâte. « A notre arrivée à la frontière de Gatumba, nous avons trouvé des véhicules prévus pour nous déplacer. Nous avons passé trois semaines à Gihanga avant d’être transférés ici », raconte-t-elle. Elle a compris que c’était une nouvelle aventure qu’elle commençait mais dont elle ignore quand elle prendra fin. Le seul choix qui lui restait, comme elle le raconte, était de se familiariser avec ses nouveaux voisins : les Burundais. Sans laisser derrière elle leur langue, le kirundi parlé par la plupart des Burundais.
Une autre raison, non moindre, l’a poussée à apprendre le kirundi. Lorsqu’elle était chez elle en RDC, elle vivait de l’agriculture. Son mari était motard. Lorsque les tirs se sont intensifiés, elle et ses enfants ont fui, laissant derrière le chef de ménage. Depuis février 2025, elle n’a aucune nouvelle de son mari. Face à cette situation, elle s’est retrouvée dans l’obligation de travailler doublement pour parvenir à faire tourner seule son ménage, car les 36 500 FBu par tête qu’ils reçoivent mensuellement des humanitaires ne peuvent en aucun cas suffire pour subvenir à ses besoins et à ceux de ses neuf enfants et de sa petite fille. Pour faire face à ce défi, elle travaille dans les champs de ses voisins burundais, qui lui donnent de l’argent ou un peu de nourriture. « Aujourd’hui, je vais aider les Burundais dans leurs champs, notamment pour la récolte du riz afin de recevoir un peu de nourriture à rapporter à la maison », dit-elle. Cette proximité avec les Burundais exige une communication parfaite avec eux.
Une cohabitation pacifique
Siyapata affirme que ces réfugiés congolais vivent pacifiquement avec la communauté hôte. « Les Burundais nous ont bien accueillis et nous cohabitons pacifiquement avec eux », dit-elle. Même son de cloche pour Sarah Zagabe, 27 ans. Cette native de Kamanyola en RDC raconte qu’elle a quitté sa terre natale le 15 février 2025. Que ce soit à Rugombo où ils ont transité pendant presqu’un mois ou là où ils sont aujourd’hui, elle reconnait avoir été bien accueillie par la communauté hôte. « Ils nous ont accueillis du mieux qu’ils ont pu. Même aujourd’hui, nous entretenons de bonnes relations avec les Burundais. Ils sont devenus nos amis. Ils nous apportent des feuilles de manioc (isombe) et nous partageons le peu que nous avons », témoigne-t-elle.
En plus de ces échanges, Zagabe admet que les réfugiés congolais et les Burundais participent à de nombreuses activités collectives. « Nous prions ensemble, les enfants jouent ensemble au football, etc. ». Selon nos interlocuteurs, cette collaboration les aide à réduire le stress. « Nous avons traversé beaucoup d’épreuves, vu beaucoup d’horreurs et vivre avec d’autres personnes nous aide à oublier les douleurs du passé et à nous sentir à l’aise, même en exil », conclut Zagabe.
Cela a également été confirmé par Dorothée Mpfubusa, une quinquagénaire burundaise vivant non loin de ce site. Comme elle le raconte, au départ il y avait des malentendus entre ces deux communautés liées à la concurrence. Les commerçants spéculaient pour augmenter certains prix des produits, surtout alimentaires. « Les prix des produits halieutiques, par exemple, avaient explosé. Seuls les Congolais pouvaient les acheter. Cela mettait à mal les Burundais qui considéraient ces nouveaux voisins comme une menace. Les deux parties s’accusaient aussi de vols. Mais aujourd’hui, tout cela est fini, on vit en harmonie », dit-elle.
Judicaël Kaburo, un des représentant de ces réfugiés explique que c’est normal, qu’au sein des communautés comme celles-ci, il y ait des malentendus. Elle rassure toutefois qu’ils ont préconisé des moyens pour résoudre pacifiquement les différends qui peuvent surgir. Elle témoigne que cela a été une réussite à maintes reprises.