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Construction : Les investissements repartent à la hausse

Après deux ans de crise, le secteur de la construction se redynamise. Cela est dû principalement aux investissements de la diaspora et aux apports des partenaires au développement dont la Banque Mondiale. Cependant, les professionnels redoutent un revirement de la situation à moins d’une année des élections générales de 2020

Les secteurs de la construction, de l’hôtellerie et du tourisme sont dépendants largement des financements extérieurs. Par conséquent, ces secteurs ont été durement affectés par la crise socio-politique de 2015, explique la Banque Africaine de Développement (BAD). D’après la même source, la contribution du secteur de la construction au Produit Intérieur Brut (PIB) était estimée à 3, 5% en 2016 contre 4,3% en 2011 pour retomber à 3,1% en 2017.

Les professionnels du secteur de la construction annoncent la reprise des activités. Plusieurs chantiers de réhabilitation des infrastructures sont en cours dans différents quartiers de la capitale économique

La ville de Bujumbura s’élargit du jour au jour. Plusieurs chantiers se remarquent surtout dans les quartiers périphériques (Carama, Nyabugete, Gihosha, Gasekebuye, etc…). De même, les chantiers de réhabilitation sont en cours dans différents quartiers de la capitale économique. Un peu partout dans la ville, des maisons flambant neuves sortent de la terre. Les professionnels du secteur de la construction ne chôment pas. 

« Après la pluie, le beau temps ? »

Après deux ans d’accalmie, les investisseurs privés s’intéressent au secteur de la construction, précise M. David Ntamakuriro, directeur général de la société Building and Multi-Business Company (BMBC). Au niveau de son entreprise, il déclare que son équipe est stable. Il n’y a plus d’ouvriers sommés d’observer des chômages techniques comme c’était le cas au cours des deux dernières années. BMCB travaille avec les Burundais de la diaspora qui investissent dans le secteur de la construction. « La majorité des chantiers en cours appartiennent aux Burundais de l’étranger », affirme le directeur général de BMBC. La majeure partie des études de faisabilité effectuées en 2017 ont été réalisées en 2018. Par conséquent, le chiffre d’affaires a augmenté exponentiellement. « En 2018, nous avons réalisé des performances qui dépassent de loin les prévisions. Le chiffre d’affaires a atteint un demi-milliard sur cette période », se réjouit-il. 

Le Projet de Développement Local pour l’Emploi (PDLE) financé par la Banque Mondiale à hauteur de 50 millions USD vole au secours du secteur de la construction. Près d’une dizaine d’infrastructures sont en cours de construction dans 6 provinces du pays

Pour Ntamakuriro, « les Burundais de la diaspora investissent dans le secteur de la construction pour trois raisons. Le coût de la construction n’est pas élevé. Il est facile de se construire une maison au Burundi que dans les pays du Nord », dit-il. L’autre raison est que les membres de la diaspora veulent offrir des logements de qualité aux membres à leurs familles restées au pays et enfin d’autres investissent dans la construction des maisons à but lucratif telles que les galeries, les bureaux à louer ou d’autres bâtiments à louer. Pourtant, les intervenants dans le secteur de la construction s’inquiètent de la situation politique actuelle qui pourrait déboucher sur une crise post-électorale. 

Le coût de la constriction est en baisse 

D’après l’Institut des Statistiques et Etudes Economiques du Burundi (ISTEEBU), le coût de construction des logements neufs à Bujumbura est en baisse.  Au cours du trimestre ayant pris fin en février 2019, le coût de construction des maisons neuves à usage d’habitation connait une diminution de (-0,3%) par rapport au trimestre précédent (ayant pris fin au mois de novembre 2018). Cette diminution provient de celle de la main d’œuvre (-1,0%) et des matériaux de construction (-0,4%). 

Les types de matériaux de construction dont les prix ont été revus à la baisse sont le fer à béton (-1,6%), les tôles (-1,3%) et la vitrerie (-2,2%). La composante « main d’œuvre » a connu une baisse de 1,7% par rapport au mois précédent. La composante « moyens de gestion » a connu une légère hausse de 0,9% par rapport au mois précédent. La composante « matériel et location du matériel » a connu une baisse à 1,2% influencé par le coût du matériel. 

Le PDLE au secours du secteur de la construction 

La crise de 2015 a fortement handicapé le secteur de la construction, en particulier le sous-secteur bâtiment et travaux publics. « C’est pourquoi le gouvernement à présenté à la Banque Mondiale ce projet pour relever le secteur », fait savoir Joseph Bipfubusa, expert en infrastructures pour le Projet de Développement Local de l’Emploi. Les deux composantes principales du projet comportent notamment les volets de la construction des infrastructures et du développement local ainsi que le renforcement des capacités des collectivités. Ainsi 57 sous-projets ont été sélectionnés pour 15 provinces du pays dont 9 sous-projets prioritaires sont en cours de réalisation. Ce sont des infrastructures orientées au niveau de la base (les écoles, les marchés, les centres de santé, la réhabilitation des voiries, les bureaux administratifs etc). 

Il s’agit notamment de la construction du marché de Muhanga à Kayanza, du lycée Gatara à Kayanza, du marché de Musenyi à Ngozi du centre de santé de Gahororo à Makamba, des marchés de Gisuru et Kinyinya à Ruyigi, du marché Mahonda en province de Gitega, des bureaux administratifs de la commune Nyabihanga à Mwaro et du marché de Bugenyuzi à Karuzi. Les coûts des travaux sont évalués respectivement à 1 080 837 120 FBu, 990 634 282 FBu et 941 653 018 FBu pour la construction des marchés de Bugenyuzi, Kinyinya et Gisuru. Les trois sous-projets totalisent un montant de 3 013 124 420 FBu, indique M. Bipfubusa. 

Les plus vulnérables bénéficient des bienfaits du projet

L’objectif   du projet étant l’encadrement de la population dans la zone du sous-projet. Ainsi, les prévisions estiment à 200 000 le nombre d’emplois qui seront créés avec le PDLE. Les personnes les plus vulnérables dans la zone d’intervention sont ciblées par ledit projet. Pour ce faire, le projet a recruté l’Ong Caritas International qui collabore avec Caritas Burundi a travers ses structures provinciales (au niveau des diocèses) du pays pour identifier des personnes selon le degré de vulnérabilité. Une liste élargie est élaborée puis présentée aux entreprises contractantes des marchés. L’entreprise se choisit donc une main d’œuvre parmi les personnes sélectionnées qui répondent au profil voulu, explique Bipfubusa. 

Le principe de transparence est respecté. La liste des bénéficiaires doit être préalablement validée par les administratifs à la base de la commune jusqu’à la colline. Après validation, la liste des personnes sélectionnées est affichée dans les lieux publics. 

Le taux de participation des PME reste faible

Lors du lancement des premiers appels d’offres des sous projets du PDLE, les entreprises de construction se disaient déçues du contenu des termes de référence. Elles évoquaient notamment des critères qui discriminent les petites PME. Par exemple, pour participer à la compétition du projet de construction du marché de Musenyi, l’entreprise devrait avoir un chiffre d’affaires annuel de 750 millions de FBu. Ce qui exclut les petites entreprises, commente Léandre Cobashaka, président de la chambre sectorielle du bâtiment et des travaux publics à la Chambre Fédérale de Commerce et d’Industrie du Burundi (CFCIB). 

M. Bipfubusa, expert en infrastructures comprend l’indignation des professionnels en construction. « On a constaté un engouement faible de la part des Petites et Moyennes Entreprises (PME). Elles ne parviennent pas à se faire remarquer à la participation des appels d’offre. Les exigences consignées dans les dossiers d’appels d’offres deviennent plus ou moins contraignantes », estime-t-il. 

Les experts du PDLE se penchent déjà sur cette problématique pour identifier les causes et apporter des solutions adéquates. A cet effet, un cabinet d’experts indépendants a été recruté pour faire une analyse rétrospective des marchés conclus afin d’arrêter des mécanismes qui visent à promouvoir les PME. Il révèle également qu’une revue à mi-parcours est prévu à la fin des 10 premiers sous-projets afin d’évaluer si les objectifs escomptés ont été atteints ou pas. 

Gitega, la cible des multinationales 

La ville de Gitega est désormais la capitale politique du Burundi. Ce changement institutionnel implique nécessairement la construction de nouvelles infrastructures. L’entreprise Sogea Satom a déjà commencé la réhabilitation de la voirie urbaine sur financement de la Banque Africaine de Développement.  Il y a encore le besoin d’infrastructures administratives et sociales pour faire face à la croissance de la population urbaine. 

Le secteur de la construction est très important dans l’économie d’un pays. Il englobe plusieurs activités, car il rassemble un large éventail d’acteurs, à savoir : les entreprises de construction, les architectes, les vendeurs des matériaux de construction, une gamme de professions telles que : les maçons, les charpentiers, les menuisiers, les peintres, etc. Donc, si le secteur est en difficultés, cela implique que les milliers de personnes qui y travaillent souffrent également. 

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