L’Observatoire de Lutte contre la Corruption et les Malversations Economiques OLUCOME a exprimé de vives préoccupations sur la gestion administrative et financière des coopératives collinaires Sangwe. Dans un communiqué rendu public le 19 mai 2026 à Bujumbura par son président Gabriel Rufyiri, l’Observatoire s’interroge sur l’autorité réelle qui pilote ces structures financées par l’Etat et appelle à des réformes urgentes pour garantir la transparence.
Le président de l’OLUCOME, Gabriel Rufyiri, se dit prêt à saisir la justice par rapport aux financements opaques des coopératives Sangwe.
Selon le communiqué de l’OLUCOME, le programme des coopératives collinaires Sangwe a été lancé en 2019 par le Gouvernement du Burundi avec l’objectif de renforcer l’autosuffisance économique des communautés à la base. L’Etat aurait mobilisé d’importants ressources publiques pour soutenir cette initiative. Dès l’exercice budgétaire 2019, 29,1 milliards de BIF auraient été alloués à la rubrique « Appui aux projets de développement des coopératives collinaires ». Entre 2020-2021 et 2024, ce montant aurait progressivement augmenté pour atteindre plus de 58 milliards de BIF. Selon l’OLUCOME, plus de 2 911 coopératives Sangwe auraient été financées à travers le Fonds national d’investissement communal (FONIC) avec une dotation moyenne estimée à 10 millions de BIF par coopérative et par exercice budgétaire.
L’Observatoire rappelle que ce financement massif provient du budget général de l’Etat. Donc des impôts et taxes payés par les citoyens. Ce qui impose, selon lui, un haut niveau de redevabilité et de transparence dans la gestion.
Des irrégularités dans le remboursement et la gestion des actifs
Le communiqué s’appuie sur le rapport provisoire du ministère en charge des finances du 31 décembre 2024 relatif à l’endettement des entreprises publiques et collectivités locales. Celui-ci indique que plus de 5 milliards de BIF de crédits accordés aux coopératives Sangwe des provinces de Kirundo et Ruyigi n’auraient pas été remboursés.
Pour rappel, une ordonnance conjointe du ministère en charge de l’Intérieur et du ministère des finances datant du 28 septembre 2019 précise que les fonds octroyés sont des prêts sans intérêt, remboursables dans un délai de deux ans. Malgré cela, l’OLUCOME estime que le niveau de remboursement reste préoccupant.
Sur le terrain, les fonds auraient été investis dans des activités agricoles et d’élevage, notamment l’achat de bovins, porcs et chèvres. Toutefois, l’OLUCOME affirme que la gestion de ces ressources aurait été confiée à des comités de quatre membres (président, vice-président, secrétaire et trésorier), souvent coordonnés par des responsables politiques locaux.
Confusion entre administration publique et encadrement politique
L’un des points centraux du communiqué concerne la confusion autour de la tutelle réelle des coopératives Sangwe. L’OLUCOME s’interroge : ces structures relèvent-elles de l’administration publique ou d’un encadrement partisan ?
L’Observatoire cite notamment un message daté du 9 mai 2026 émanant du secrétaire provincial du parti au pouvoir (CNDD-FDD) à Bujumbura annonçant une évaluation des coopératives Sangwe dans plusieurs communes. Cette initiative aurait suscité de nombreuses interrogations sur le rôle exact de ce parti politique dans le suivi de ces structures financées par l’Etat.
Face à ces constats, l’OLUCOME appelle le gouvernement du Burundi à clarifier l’institution responsable de la coordination des coopératives Sangwe et à publier les critères d’attribution des financements. L’organisation recommande également le renforcement des mécanismes de contrôle, la réalisation d’un audit indépendant ainsi que la poursuite judiciaire des responsables en cas de détournement de fonds.
Elle insiste enfin sur la nécessité de séparer clairement les activités de l’Etat et celles des partis politiques dans la gestion des projets publics, afin d’éviter toute confusion institutionnelle et de garantir l’inclusivité des coopératives au service de toutes les communautés. A défaut, l’OLUCOME se dit prêt à saisir la justice.