La prise puis l’annonce de retrait du M23 d’Uvira, à l’Est de la RDC ont ravivé les tensions sécuritaires régionales et renforcé l’incertitude le long de la frontière burundo-congolaise. Cette instabilité pèse directement sur le Burundi déjà confronté à une pénurie chronique de carburant, aggravée par la flambée des prix de ce produit sur le marché parallèle.
L’insécurité persistante le long de la frontière burundo-congolaise entraîne une hausse du prix du carburant sur le marché noir burundais.
La ville d’Uvira est tombée aux mains du mouvement rebelle M23 et de ses alliés au début du mois de décembre 2025, à la suite d’une offensive menée depuis Bukavu. Les lignes de défense des Forces armées de la République Démocratique du Congo (FARDC) se sont effondrées en quelques jours, entraînant un retrait massif des troupes loyalistes ou un repli tactique vers des zones jugées plus sûres. Cette situation a laissé la ville sous contrôle rebelle. Sous la pression des Etats-Unis et d’autres pays influents, le M23 a annoncé, le 17 décembre 2025, son retrait de la ville d’Uvira. Toutefois, cette annonce a été accueillie avec scepticisme par les autorités de Kinshasa, qui dénoncent un simple redéploiement tactique des combattants vers les collines surplombant la cité, maintenant ainsi une menace permanente sur la zone.
De l’autre côté, dans ce contexte régional instable, le Burundi fait face à une pénurie chronique de carburant depuis au moins quatre ans. Le carburant disponible dans les stations-service ne suffit pas à répondre aux besoins de l’ensemble des engins motorisés circulant sur le territoire national. A cette rareté du carburant s’ajoutent des tracasseries administratives, notamment celles imposées par la Société Pétrolière du Burundi (SOPEBU) à travers le système dit « Igitoro Pass » qui limite formellement l’accès au carburant pour de nombreux usagers.
Au marché noir, le prix du carburant flambe
Face à cette situation, des alternatives se sont imposées. C’est un secret de Polichinelle, le carburant importé clandestinement depuis les pays voisins, notamment la RDC, joue un rôle important dans l’approvisionnement du Burundi. Cependant, avec la montée de l’insécurité dans les zones frontalières, cette filière parallèle a été fortement perturbée. Ce qui a entraîné une flambée des prix du carburant sur le marché noir. Avant décembre 2025, le prix d’un litre et demi de carburant, communément appelé ikibuni ou igikinju, oscillait autour de 15 000 BIF. Il a depuis grimpé entre 30 000 et 40 000 BIF voire davantage.
Des acteurs de ce commerce informel expliquent cette hausse par les problèmes sécuritaires aux frontières, notamment dans les zones de Nyamitanga et Gatumba, par lesquelles transite l’essentiel de ce carburant. Un motocycliste œuvrant dans la ville de Bujumbura, habitué à s’approvisionner sur le marché noir faute de disponibilité dans les stations-service, témoigne : « Il est déjà difficile de se procurer un ‘’ikibuni’’ à 15 000 BIF. A 40 000 BIF, c’est tout simplement insupportable. » Ce témoignage illustre à quel point le carburant issu du marché parallèle soutient la mobilité et une partie de l’activité économique du pays. Malgré tout, le prix officiel d’un litre d’essence est maintenu à 4000 BIF.
PARCEM appelle à mettre de côté les réactions émotionnelles
Commentant cette situation, Faustin Ndikumana, directeur national de l’organisation Parole et Actions pour le Réveil des Consciences et l’Evolution des Mentalités (PARCEM), reconnait que le carburant en provenance de la RDC joue un rôle non négligeable dans l’économie burundaise.
Selon lui, l’une des premières conséquences des récents événements sécuritaires à Uvira et ses environs est la fermeture de la frontière entre le Burundi et la RDC pour des raisons de sécurité afin d’éviter que l’insécurité à l’Est de la RDC ne se propage du côté burundais. Le Congo étant un pays voisin, les relations économiques et commerciales entre le Burundi et la région du Kivu sont historiquement étroites. Toutefois, dans un contexte où l’Etat congolais ne contrôle plus pleinement le Nord-Kivu et le Sud-Kivu, l’avenir de cette coopération devient de plus en plus complexe.
Face à cette réalité, il devient impératif d’affronter les faits tels qu’ils sont. Le gouvernement burundais devrait mettre en place une équipe d’experts multidisciplinaires capables d’analyser cette nouvelle donne géopolitique avec lucidité sans se laisser guider par des considérations politiques ou émotionnelles. Il s’agirait de mobiliser des compétences en diplomatie, en économie et en sécurité ou de s’appuyer sur des groupes de réflexion spécialisés, afin d’anticiper les risques, d’évaluer les intérêts du Burundi, de définir des stratégies de protection et d’adaptation et de proposer des orientations solides pour l’avenir. Dans un contexte souvent marqué par des réactions émotionnelles ou des discours politiques de surenchère, le risque d’escalade demeure réel. Pourtant, la recherche de solutions durables passe avant tout par le dialogue et l’analyse rationnelle.