Le café (coffea en latin) est une plante tropicale de la famille des rubiacées qui pousse principalement dans les régions équatoriales présentant de fortes précipitations et des températures supérieures à 21 degrés toute l’année. Le café est originaire de la région éthiopienne de Kaffa où il a été découvert au IXe siècle. Ce sont les esclavagistes qui introduisirent le café en Arabie au XIVe siècle d’où il entama sa marche triomphale dans le monde entier.
Source : ISTEEBU, bulletins du commerce extérieur de marchandises
Depuis son introduction dans les années 1930, la filière café a connu plusieurs régimes d’organisation. L’introduction de la culture du café par l’administration coloniale s’est faite essentiellement par la coercition à travers une surveillance scrupuleuse et l’usage de la chicotte en cas de négligence. Par la suite, surtout durant les années 1950, le café a connu un essor fulgurant. A travers une politique d’amélioration de la qualité, les prix aux producteurs s’étaient relevés permettant aux caféiculteurs non seulement de s’acquitter facilement de l’impôt de capitation, mais aussi d’entrer dans le monde de consommation des biens manufacturés. En 1959, on dénombrait 38 millions de caféiers, produisant 27,279 tonnes de fruits.
Cependant, la culture du café au Burundi a été pratiquée dès ses débuts et jusqu’à présent dans des espaces restreints du fait de la forte densité démographique et de la pression foncière qui en résulte. Contrairement à certains pays producteurs où la culture du café est dans les mains de grands producteurs qui vivent des rentes de sa production, la caféiculture burundaise est le fruit des efforts de plusieurs centaines de milliers de petits planteurs qui exploitent de petits lopins de terre (à peu près 12 ares de caféiers par famille).
Sur le plan économique, le café a été introduit et soutenu par l’Etat à partir de la colonisation jusqu’à présent avec le double objectif d’abord d’assurer à l’Etat des ressources financières et ensuite de fournir à la masse paysanne des revenus monétaires que d’autres alternatives dans le milieu rural n’offraient pas. Mais cette vision a été souvent contrariée par la faiblesse de la production inhérente au manque d’espace et à la dégression des prix due principalement à la volatilité des cours mondiaux du café.
La part du café dans l’économie du pays
L’importance de la culture du café dans l’économie burundaise est indéniable. Elle représente l’essentiel des structures industrielles et des recettes d’exportation du pays. Pour les caféiculteurs dont le nombre s’élève à environ 600.000 familles (40% de la population), le café génère des revenus importants. Les réformes de la filière café, entamées depuis 1990, se sont poursuivies par la suite avec une plus grande libéralisation dans le secteur qui s’est manifesté par l’entrée dans certaines fonctions des opérateurs privés, notamment dans l’exportation, dans le déparchage et plus récemment, mais encore timidement, dans la torréfaction.
Avec le retour des bailleurs de fonds (FMI et Banque Mondiale principalement), le processus des réformes pourrait s’accélérer et le Gouvernement a déjà pris des mesures dans ce sens (lois sur la libéralisation, décisions sur la vente de certains actifs de l’Office du Café du Burundi, vente des stations de lavage).
Les caféiculteurs qui sont actuellement organisés en associations fédératives, revendiquent la paternité sur la production du café et une bonne partie des actions de l’Etat dans les entreprises du secteur ainsi qu’une participation active aux décisions qui concernent la filière.
Actuellement, le café continue à revêtir une importance stratégique pour le pays qui est encore fortement dépendant de son exportation. Au plan social et politique, différents groupes d’intérêts ont des visions différentes de la façon dont cette réforme devrait être parachevée. Parmi ces groupes, l’irruption des caféiculteurs à travers leur mouvement associatif, eux aussi candidats déterminés à prendre part à cette privatisation est un élément nouveau qui donne à cette réforme une profondeur politique, économique et sociale additionnelle.
La production du café et son évolution au cours des années
Source : ISTEEBU, bulletins du commerce extérieur de marchandises
La production du café a évolué en dents de scie et accuse depuis une décennie une tendance à la baisse. Pourtant, le café pèse lourd dans l’économie du Burundi, représentant jusqu’à 80% des recettes d’exportation et une place importante dans les revenus des ménages et la création des emplois. L’Etat reste le principal investisseur dans le secteur du café. Il intervient également dans la gestion de la filièreà travers des sociétés mixtes et il est présent dans la coordination, la régulation et la réglementation de la filière.
En outre la filière café burundaise fait face à de multiples contraintes dont les lourdeurs administratives, la répartition inéquitable des rémunérations, les déficits structurels, la concurrence des cultures vivrières. Mais les caféiculteurs, pourtant les premiers concernés par la réforme, sont en quelques sortes mis à l’écart des décisions.
Dans un premier temps, ceux-ci s’étaient organisés et s’étaient pleinement impliqués dans la gestion de toute la filière. Leur situation semblait commencer à s’améliorer. Mais les exigences des Institutions de Bretton Woods (IBW) ont poussé l’Etat burundais à suivre les recommandations d’un bureau d’étude international qui n’a pas jugé nécessaire de consulter les caféiculteurs. Ces recommandations remettent en question tous leurs acquis.
Quand le café joue sur le cours de la monnaie
Les cours mondiaux du café ont continué à baisser. Le café est l’un des principaux produits exportés par le Burundi (60 % du total des exportations, en décembre 2015).
Les perspectives concernant le prix ne sont pas nécessairement favorables si l’on se réfère aux valeurs historiques. Le seuil critique en dessous duquel le caféiculteur travaillerait à perte est de 25 cents/Kg (équivalent à 400 BIF). En décembre 2015, le cours du café s’établissait à 148.94 cents/pound, ce qui équivaut à environ 3.30 USD/kg (1 pound est égal à 0.45 kg).
Le secteur bancaire burundais a une part relativement modeste vers le secteur du café (2.9 % du volume totale du crédit en décembre 2015). Les expositions dans le système financier sont asymétriques, seulement quatre banques octroient des crédits envers ce secteur. Le crédit café représente 10.91 % du total des fonds propres des quatre banques qui financent ce secteur pendant la campagne café. Le taux d’impayés dans le secteur du café est très élevé, atteignant 22.6 % en décembre 2015.