La production du thé, l’une des rares cultures d’exportation qui génèrent des devises pour le pays, continue à décroître. La production de la feuille verte a diminué cette année de 2,3 % comparativement à l’année dernière. Au banc des accusés : le manque de main-d’œuvre pour la cueillette et le manque de fertilisants. Des stratégies adéquates pour redynamiser cette culture sont plus que nécessaires.
La production de thé sous forme de feuilles vertes a diminué de 2,3 % par rapport à l’année passée.
La production de thé sous forme de feuilles vertes a diminué de 2,3 % par rapport à l’année passée. Cette production s’est élevée à 4 241 tonnes alors qu’elle était de 4 338,4 tonnes l’année précédente. Cela ressort du rapport des députés membres de la commission permanente des comptes publics et des finances, des affaires économiques et de la planification sur les résultats des visites qu’ils ont effectuées auprès de la population pour se rendre compte de l’état des lieux des cultures d’exportation.
Les principales causes avancées pour expliquer cette diminution sont, entre autres, le manque de main-d’œuvre pour la cueillette du thé et la pénurie d’engrais.
Comme l’ont annoncé ces députés, cela résulte du désintérêt de la population par rapport à cette culture dite d’exportation, mais qui génère moins de revenus comparativement à d’autres cultures vivrières. Comme ils l’ont expliqué, un kilo de feuilles de thé s’achète à 500 FBu. Celui qui le cueille est payé 200 FBu par kilo. Des frais dérisoires alors qu’on dépense beaucoup de temps pour cueillir ne fût-ce qu’un kilo. Ce sont ces calculs que les gens font, trouvant qu’il vaut mieux faire autre chose de plus rentable que de cueillir le thé pour presque rien.
Une culture trop exigeante, mais qui ne paie pas
François Gahungu de la commune Matongo dans la province Butanyerera cultive le thé depuis 1972. Selon lui, la théiculture est devenue un gouffre financier. « Pour chaque kilo de feuilles de thé vendu à 500 FBu, je dois verser 250 FBu au cueilleur. Il ne me reste que 250 FBu pour l’entretien et les autres frais. Au final, je travaille à perte », regrette-t-il.
Comme l’explique sa voisine Agathe, le thé est une culture exigeante dès le semis jusqu’à la cueillette. Pour essayer d’économiser, elle a envisagé de faire participer ses enfants à la cueillette. Ce qui n’était pas possible car cela prend beaucoup de temps. Elle a donc décidé de le faire elle-même et d’engager quelques cueilleurs en guise de coup de main. « On passe la journée à cueillir les feuilles de thé sous la pluie pour rentrer à 20 h. Et au final, tu te rends compte que pendant tout ce temps tu n’as cueilli qu’une dizaine de kilos », explique-t-elle. Ce qui veut dire que pendant ce temps, un cueilleur ne gagne qu’autour de 2 000 FBu alors qu’un journalier dans l’agriculture touche environ 10 000 FBu du matin à midi. Ce qui désintéresse fortement les cueilleurs de thé.
Le manque de fertilisants, un autre problème
La culture du thé est aussi hantée par le manque de fertilisants. Les engrais sont souvent distribués tardivement ou sont totalement absents comme le regrette ces théiculteurs. Cela impacte la qualité et la quantité des récoltes. « Nous produisons un thé de mauvaise qualité par manque d’engrais. Là où on récoltait 50 kg, on n’en tire plus que 5 kg. Le reste est jeté, car l’usine le refuse », nous a fait savoir Côme Nyabenda, de la commune Matongo en province Butanyerera.
François Gahungu témoigne lui aussi de la baisse drastique des rendements due aux problèmes de fertilisation. Comme il l’indique, à cause de ces problèmes de fertilisation, sa production a chuté de plus de la moitié. Ces théiculteurs demandent que tout soit mis en œuvre pour éviter de nouvelles ruptures et redynamiser cette culture.