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Cultures d’exportation : des gisements de devises reléguées aux oubliettes

Alors que le pays traverse une pénurie de devises sans précédent, paralysant l’importation des produits de première nécessité comme le carburant et les médicaments, les piliers historiques de l’exportation burundaise et générateurs sûrs de devises comme le café, le thé et le coton sont délaissées. Entre manque d’intrants, prix dérisoires et démotivation des producteurs, ces filières sont reléguées aux oubliettes.

Les piliers historiques de l’exportation burundaise comme le café, le thé et le coton, jadis moteurs de l’économie nationale s’effondrent dans l’indifférence.

Depuis plusieurs années, la réponse institutionnelle à chaque pénurie des produits de première nécessité reste la même: le manque de devises. Pour briser ce cycle, les autorités exhortent sans relâche les agriculteurs à intensifier la production afin de générer un surplus exportable. Pourtant, cette intensification de la production dépend de plus d’un facteur dont des conditions de production favorables sans oublier le marché d’écoulement extérieur et ses exigences.

Parallèlement, le pays tente de diversifier son assiette d’exportation en misant sur de « nouveaux champions » tels que l’avocat, le maïs, l’horticulture, etc. Pendant ce temps, les piliers historiques de l’exportation que sont le café, le thé et le coton, jadis moteurs de l’économie nationale s’effondrent dans l’indifférence.

Le coton, un géant à terre

Le coton, autrefois deuxième culture d’exportation après le café a subi un déclin spectaculaire au cours des trois dernières décennies. La superficie cultivée s’est littéralement réduite, passant de 9 800 hectares en 1993 à moins de 3 000 hectares aujourd’hui, tandis que le nombre de producteurs a également diminué, chutant de plus de 27 000 à moins de 10 000. Cette désaffection massive des agriculteurs se traduit par une chute des volumes récoltés. Alors que le pays produisait 8 813 tonnes en 1993, la production a dégringolé jusqu’à 1 500 tonnes produites sur 3 100 hectares en 2022-2023.

Selon les acteurs du secteur, le découragement des producteurs est principalement dû à un prix d’achat jugé dérisoire (1 000 FBu en 2024), et cela face à l’explosion du coût de la vie et à la rentabilité supérieure des cultures vivrières. Cette situation est aggravée par un manque critique d’intrants. En 2025, une seule pulvérisation tardive a été réalisée contre les cinq requises. Les producteurs dénoncent un manque de suivi de la part de l’Etat et se sentent délaissés. A cela s’ajoutent d’autres facteurs comme la pression démographique et les aléas climatiques.

Le thé burundais en chute libre

La filière théicole burundaise traverse une profonde crise structurelle. Elle souffre d’une rupture prolongée dans la chaîne d’approvisionnement en intrants. Ce qui a sévèrement dégradé tant le rendement que la qualité des feuilles.

Cette situation est exacerbée par un prix d’achat local jugé « non rémunérateur » par les producteurs. Fixé à 500 FBu le kilo, les théiculteurs regrettent que ce tarif ne permet plus de couvrir les frais d’entretien et encore moins de faire face à l’explosion du coût de la vie, les poussant à l’arrachage massif de leurs théiers au profit des cultures vivrières. Le résultat est une chute libre de la production et donc des revenus d’exportation qui, selon les données relayées, sont passés de plus de 50 milliards de FBu en 2017 à seulement 13 milliards de FBu en 2022.

Le café, victime du manque de soins

Le café, premier pourvoyeur de devises du pays, subit depuis un bon moment le même sort. Selon les données de la Banque de la République du Burundi, la quantité de café exportée a diminué de plus de 60% entre 1999 et 2021, passant de 23 685 tonnes à 9 211,9 tonnes. En décembre 2023, la Banque centrale a signalé une baisse de 46,1 % de la production de café vert, entraînant une chute de 45 % des recettes d’exportation liées à ce produit.

Cette baisse est principalement due à la diminution de la production, causée en grande partie par le désintéressement des caféiculteurs découragés par des prix au producteur trop bas et au manque d’intrants agricoles. Cette situation les a poussés à abandonner la culture du café pour se tourner vers des cultures moins exigeantes en termes d’investissements et plus rentables à court terme.

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