Les débuts ne sont jamais faciles. Il est donc difficile, et surtout complexe de gérer des investissements massifs dans de nouveaux projets agricoles comme la culture du maïs ou celle des avocats. Cela dans un contexte où, par exemple, la culture du maïs requiert des intrants agricoles souvent rares et des méthodes de conservation rigoureuses.
Mélance Maniragaba, rédacteur en chef.
Qu’importe. Ce choix stratégique présenté comme une source de devises et de sécurité alimentaire soulève des interrogations. Il se fait souvent au détriment des cultures traditionnelles d’exportation telles que le thé, le café ou le coton qui, elles, génèrent des devises précieuses pour l’économie nationale.
Malgré cela, on comprend la volonté de diversifier la production agricole pour répondre à la problématique, devenue un véritable casse-tête de la génération des devises. Ce n’est pas une simple rumeur, la culture des avocats représente une opportunité lucrative sur le marché mondial. Cependant, cultiver les avocats, et surtout le maïs nécessite souvent des investissements importants en infrastructures, en irrigation et en intrants agricoles, sans garantie de rentabilité à court terme. Le maïs hybride, par exemple, ne devient rentable que jusqu’à la deuxième génération, exigeant l’importation des semences souvent subventionnée de manière significative par l’Etat.
Par ailleurs, les cultures d’exportation comme le café, le thé ou le coton ont déjà fait leurs preuves. Elles bénéficient de débouchés bien établis à l’international et contribuent fortement à l’entrée des devises étrangères, indispensables pour financer les importations et stabiliser la monnaie locale. En ne continuant pas à valoriser ces cultures, le pays risque de fragiliser son économie, surtout si les nouveaux projets n’atteignent pas la rentabilité escomptée.
De plus, les petits producteurs qui possèdent un savoir-faire précieux dans les filières traditionnelles peuvent se retrouver marginalisés par une réorientation brutale des investissements vers d’autres types de cultures. Cela peut entraîner une perte de compétences, de revenus et d’emplois.
De mon humble avis, s’il est important d’innover et de diversifier l’agriculture, cela ne doit pas se faire au détriment des cultures déjà rentables et stratégiques pour l’économie nationale. Une politique équilibrée qui soutient les filières existantes tout en expérimentant prudemment de nouveaux projets serait sans doute plus judicieuse.