Si les déchets ménagers sont nuisibles à la santé humaine et, à plus forte raison, les déchets médicaux, nous sommes contraints à cohabiter avec toutes sortes de déchets suite au manque de réponse adéquate, à la gestion inappropriée des immondices. Ne nous hasardons pas de jeter n’importe où les déchets médicaux. Ils sont constitués de 20% de substances dangereuses, toxiques pouvant entrainer des dégâts mortels. Sont-ils gérés efficacement dans les différentes structures de soins ?
D’après l’OMS, près de 20% des déchets produits par les services de santé rentrent dans la catégorie des déchets médicaux dangereux. Ces déchets nécessitent une manipulation spéciale pour sauvegarder la santé publique et l’environnement.
Les diverses formes de déchets médicaux
Selon François Niyonkuru, responsable du département de l’hygiène et assainissement à l’Hôpital Prince Régent Charles (HPRC), les déchets médicaux sont triés pendant les soins. Les déchets médicaux produits lors des soins sont de deux sortes, à savoir : les déchets facilement combustibles comme les flacons en plastique, les compresses, les emballages des médicaments, protection individuelle comme les masques et les gants, etc. qu’on collecte dans un seau poubelle. Quant aux déchets coupants, piquants, tranchants, (les bistouris, aiguilles,), ils sont collectés dans des boîtes de sécurité.
Pour toutes ces deux sortes de déchets, la destination finale est l’incinérateur où ils seront brûlés.
Contrairement aux incinérateurs électriques, les incinérateurs ordinaires ne détruisent pas totalement les déchets médicaux. Il y a toujours des résidus ou des cendres.
Les déchets médicaux dangereux
Il y a une autre sorte de déchets hors du commun: les pièces anatomiques, chirurgicales ou obstétricales (amputations, placentas, déchets de la petite chirurgie…). Ces déchets sont enfouis dans une fosse biologique cimentée ayant une profondeur de 6 mètres et couvert avec une dalle en béton. Cette fosse est dotée d’une petite ouverture à fermeture étanche à clé. C’est là où est jeté ce genre de déchets pour une décomposition future. Même si elles sont construites selon les normes imposées par le ministère de la Santé Publique et de la Lutte contre le Sida, ces fosses biologiques ne garantissent pas à 100% la sécurité des personnes qui les ouvrent chaque jour pour y jeter d’autres déchets.
Selon François Niyonkuru, c’est compréhensible que ces fosses se remplissent vite et qu’on soit obligé d’en creuser d’autres. Ce qui gaspille énormément les espaces.
« Ce n’est pas la façon la plus sécurisée de détruire ce genre de déchet. Nous sommes plutôt bloqués par la barrière financière. Sous d’autres cieux, là où la technologie est avancée, ce genre de déchets est incinéré dans des fours spécifiques. Mais nous essayons de faire de notre mieux pour protéger l’environnement avec le peu de matériel à notre disposition ». Conclut-il.
Qu’en est-il des déchets médicaux ordinaires ?
Pour d’autres déchets comme les restes de nourritures, les papiers et les autres déchets considérés comme ordinaires, ils sont collectés dans des poubelles spécifiques et amenés à Buterere. La grande majorité de ces déchets dits ordinaires sont souvent générés par les gardes malades qui sont censés les trier eux-mêmes avant de les jeter dans ces poubelles spécifiques. Mais un problème se pose. Toutes ces sortes de poubelles sont-elles utilisées convenablement ? « Normalement, chaque chambre d’hôpital dispose de deux poubelles. Une pour les déchets non médicaux et une autre pour les déchets médicaux. Mais dans la plupart des cas les gardes malades n’y comprennent rien. Ils mélangent souvent tous les déchets. Ce qui constitue une grande lacune, car les travailleurs sont obligés de trier. Ce qui n’est pas une tâche facile du tout », fait savoir M. Niyonkuru.
Et les déchets médicaux liquides ?
Pour les autres déchets liquides constitués du sang, de l’urine, des eaux usées provenant essentiellement de certains services ou locaux, notamment les toilettes, la cuisine, la buanderie, la morgue, les services de soins, les laboratoires, les salles de traitement radiologiques comme tant d’autres eaux usées provenant des ménages, elles sont canalisées vers les bassins de traitement des eaux usées de Buterere.
Un danger pour la santé des travailleurs et l’environnement
Chaque étape du processus de gestion des déchets médicaux exige une attention particulière depuis la collecte jusqu’à la destruction. Les moyens techniques utilisés dans ce processus sont loin d’inspirer la confiance en matière de la protection de l’environnement. Dans la plupart des structures sanitaires, les équipements d’entretien et de propreté dont disposent les travailleurs ne garantissent pas leur sécurité vue la dangerosité des produits qu’ils manipulent chaque jour.
Souvent, ces travailleurs ignorent le danger qui les guettent et ne réclament rien pour leur protection ou tout simplement n’utilisent pas correctement les équipements de protection mis à leur disposition. Ce n’est pas étonnant que de telles personnes ignorent le danger découlant du mélange des déchets ménagers avec des déchets médicaux. Cela fait que ce mélange comprenant des déchets dangereux, parfois tranchant ou toxiques soit considéré comme des déchets ordinaires et soient acheminés vers les décharges publiques.
L’incinération
L’incinération des déchets est une technique de transformation des déchets par l’action du feu. Incinérer signifie qu’on brûle complètement les matières à incinérer.
Toutes les structures de soins produisent des déchets médicaux. Mais leurs destructions diffèrent d’une structure sanitaire à une autre. Certaines possèdent des incinérateurs fonctionnels, d’autres non. Parmi ceux qui sont fonctionnels, certains parviennent à détruire complètement les déchets médicaux. Ce sont les incinérateurs électriques qui, malheureusement, ne sont pas nombreux au Burundi.
Les incinérateurs électriques
Ces incinérateurs présentent moins d’inconvénients que les autres incinérateurs disponibles au Burundi. Ils se présentent sous diverses formes, avec aussi des capacités différentes. Ils sont dotés de deux chambres permettant la destruction totale des déchets. «Il y en avait un ici à l’Hôpital Prince Régent Charles. Malheureusement, il n’est pas fonctionnel pour le moment. Il était vraiment efficace. Lors de la destruction des déchets, il ne restait rien. Pas même des cendres. Bien sûr qu’il présentait d’autres inconvénients, notamment la consommation excessive de mazout. Mais on était sûr qu’il n’y aura pas d’autres inconvénients sur l’environnement», déplore M. Niyonkuru
Contrairement aux incinérateurs électriques, les incinérateurs ordinaires ne détruisent pas totalement les déchets médicaux. Il y a toujours des résidus ou des cendres.
Les incinérateurs ordinaires
A défaut d’un incinérateur électrique qui est souvent cher, certaines structures sanitaires font recours à d’autres sortes d’incinérateurs moins chères qui malheureusement présentent une efficacité douteuse.
L’hôpital Prince Régent Charles que nous avons visité, utilise un incinérateur de type Montfort. C’est un incinérateur construit à la maçonnerie selon les normes du ministère ayant la santé dans ses attributions. Il est doté de deux longues cheminées ayant une hauteur supérieure à celle des bâtiments environnants. Il est enfermé dans une maisonnette qu’on ferme à clé pour empêcher le contact des déchets avec les personnes se trouvant aux alentours.
Malgré les dispositions prises pour protéger l’environnement, ces incinérateurs présentent pas mal de lacunes. Contrairement aux incinérateurs électriques, les incinérateurs de type Montfort ne détruisent pas totalement les déchets médicaux. Parfois, il peut y avoir une combustion incomplète. Dans ce cas, il y a dégagement des fumées qui peuvent être polluantes. Un autre inconvénient que présentent ces incinérateurs est qu’ils produisent beaucoup de cendres.
Certaines structures de soins n’ont pas d’incinérateurs
Si on parle d’inconvénients que présente les incinérateurs, n’oublions pas que c’est seulement pour les structures sanitaires qui en disposent. Certaines structures de soins n’ont pas d’incinérateurs pour détruire les déchets qu’ils génèrent. Pour un centre de santé que nous avons visité et dont nous requérons l’anonymat, Il ne dispose pas de centre de tri des déchets. Tous les déchets médicaux sont brûlés en plein air. Ce qui pollue l’environnement en général et nuit à la santé des personnes qui se trouvent aux alentours.
Où vont les résidus des déchets incinérés ?
Lors de l’enlèvement, des immondices, les cendres et les résidus des déchets médicaux incinérés sont considérés comme des déchets ordinaires. Ils sont acheminés dans les décharges publiques. Cela s’avère dangereux selon les activistes de l’environnement. « Lorsqu’il pleut ces cendres s’infiltrent et atteignent la nappe phréatique. C’est vraiment dommage qu’il y ait des déchets médicaux qui soient considérés comme des déchets ordinaires au regard leur composition chimique », déplore Jimmy Ishimwe, un membre d’un club œuvrant dans le domaine de protection de l’environnement.
Conséquences de l’incinération des déchets médicaux sur la santé
L’incinération des déchets médicaux est un travail précaire. Selon l’OMS, l’incinération des déchets médicaux peut provoquer l’émission du dioxyde de carbone, d’oxydes nitreux et de substances toxiques comme des métaux lourds (mercure) et de la dioxine. Le mauvais contrôle de la combustion (incinération incomplète) entraîne la production du monoxyde de carbone.
Il convient de souligner que l’Agence Internationale de Recherche sur le Cancer (AIRC) classe la dioxine parmi les substances cancérigènes. Elle est associée à plusieurs types de tumeur. Elle produit également des effets immunologiques susceptibles d’exposer les êtres humains aux infections. Ce qui suppose qu’un danger réel menace la population Burundaise en particulier celle environnante des sites de traitement des déchets médicaux.
La gestion des déchets est un combat qui ne date pas d’hier au Burundi. Malgré les efforts conjugués de toutes les parties prenantes, aucune solution durable n’a été trouvée à cette question. Entre temps, la vie continue comme si de rien n’était. Mais pourtant nous faisons face à un danger qui nous détruit à petit feu. En attendant que le problème de la gestion des déchets ménagers trouve solution adéquate, celui des déchets médicaux constitue une urgence.