Le personnel des ministères ayant la santé et l’éducation dans leurs attributions envoyé à la retraite à l’âge de 60 ans depuis le 30 juin 2023 grogne. Il fustige une retraite forcée et ne voit comment il va rembourser les crédits qu’il a contracté auprès des banques et des institutions de microfinance.
Victor Ndabaniwe‚ président de la COSESONA : « cette coalition déplore le fait que l’Etat a décidé d’envoyer à la retraite les enseignants et les prestataires de soins à la hâte. »
Les fonctionnaires des ministères de la santé et de l’éducation envoyés à la retraite à l’âge de 60 ans se lamentent du fait que l’Etat n’a pas respecté les procédures de mise à la retraite. « Nous avons été surpris du fait que l’Etat a obligé tous les fonctionnaires qui ont atteint l’âge de 60 ans à aller à la retraite » ‚déplorent deux enseignants qui se sont entretenus avec Burundi Eco. Ils n’ont même pas reçu des lettres de mise à la retraite comme on le fait pour les autres fonctionnaires. Ils laissent entendre que ce départ à la retraite est forcé et pensent que cela a été fait dans l’optique de céder les places aux jeunes diplômés qui n’ont pas d’emplois.
Grave encore‚ ces derniers indiquent que l’Etat est au courant du contexte socio-économique burundais. La majorité des fonctionnaires ne parviennent pas à joindre les deux bouts du mois suite à la cherté de la vie et font recours aux crédits en se basant sur l’âge de départ fixé à 65 ans comme le stipulait la loi. Ils ne voient pas alors comment ils vont rembourser ces crédits.
Dans un entretien avec Victor Ndabaniwe‚ président de la Coalition des Syndicats des Enseignants pour la Solidarité Nationale (COSESONA) mercredi le 12 juillet 2023‚ cette coalition déplore le fait que l’Etat a décidé d’envoyer à la retraite les enseignants et les prestataires de soins à la hâte. Ils n’ont même pas reçu des lettres de départ à la retraite.
Qui va s’occuper du remboursement de leurs crédits ?
Selon lui‚ cette mesure risque de générer certaines conséquences fâcheuses. La plupart d’entre eux ont des crédits en cours de remboursement jusqu’ à l’âge de 65 ans comme le stipulait la loi avant sa révision. Ndabaniwe se demande alors celui qui va rembourser ces dettes. Ce syndicaliste ajoute que la qualité de l’éducation risque de se détériorer davantage car remplacer plus de 2900 enseignants n’est pas chose facile‚ car il y a des procédures qu’on doit respecter.
Même la Fédération Nationale des Syndicats du secteur de la Santé (FNSS) n’est pas restée bouche bée face à cette mesure. Suite à la correspondance numéro 630/3505/CAB/2023, du 29 juin 2023 du ministère de la Santé Publique et de la Lutte contre le Sida, Mélance Hakizimana‚ président de la FNSS dans une déclaration sortie à cette fin est revenu sur la convention collective signée en 2009 entre le gouvernement de la République du Burundi et les syndicats du secteur de la santé.
Le projet de statut des professionnels de ce secteur stipule en son article 84 alinéa 2 que tout professionnel de la santé est admissible à la retraite lorsqu’ il atteint l’âge de 65 ans.
Hakizimana a également précisé que cette convention a été négociée et signée en date du 7 avril 2009 et a été annexée à la loi numéro 1/24 du 2 octobre 2009 portant dispositions particulières du statut général des fonctionnaires applicables aux personnels de la santé publique sur l’initiative du gouvernement.
L’intervention du CNDS‚ une nécessité
C’est dans ce cadre que la FNSS demande au président du Comité National de Dialogue Social (CNDS) d’amener les deux parties sur la table de négociation dans les meilleurs délais afin de trouver la solution ensemble.
La FNSS demande aussi au ministère de la Fonction Publique, du Travail et de l’Emploi d’intervenir sur la question et espère que les négociations pourront aboutir à un consensus.
Hakizimana, à travers cette déclaration, demande également au ministère ayant la santé publique dans ses attributions de laisser le personnel concerné estimé à 600 vaquer à leurs activités habituelles en attendant l’issue des négociations.
Audace Ndikuryayo ‚ assistant du ministre de la Fonction Publique ‚du Travail et de l’Emploi indique que le départ à la retraite de ces fonctionnaires rentre dans le cadre du respect de la nouvelle loi qui ramène l’âge de la retraite à 60 ans. Selon lui ‚les envoyer à la retraite n’est pas une surprise car ils le savaient déjà. Concernant les crédits qu’ils ont contractés‚ Ndikuryayo fait savoir que cela est l’affaire des banques‚ des institutions de microfinance et de leurs clients. Il ajoute le recours aux assurances dans la gestion de ces crédits.