Ces derniers temps, au Burundi, s’observe une recrudescence d’un cas particulier des violations des droits de l’enfant. Il s’agit des tortures infligées aux enfants par leurs propres parents. Un phénomène considéré par le psychologue comme une barbarie découlant très souvent de la manière dont les parents ont grandi. Le ministère de l’Intérieur du Développement Communautaire et de la Sécurité Publique Invite les parents à corriger leurs enfants par des méthodes et moyens qui ne violent pas notamment son intégrité physique et morale, pouvant ainsi compromettre leur avenir
La commission nationale indépendante des droits de l’homme CNIDH, a répertorié 50 cas de viol, de tueries, de tortures, de maltraitance des enfants par au cours de ces derniers six mois. Parmi ceux-ci figurent des cas d’enfants torturés par leurs propres parents ou tuteurs. Un phénomène qui croît à une grande vitesse dans notre pays. Le cas le plus récent est celui d’un enfant brûlé par sa mère à Tangara. «Aucun parent, tuteur ou enseignant n’est autorisé à infliger des tortures physiques aux enfants», a déclaré Consolate Habimana, vice-présidente de la CNIDH.
Selon le psychologue, Pierre Claver Njejimana, rien ne peut expliquer comment un parent peut se permettre d’amputer un bras ou frapper à mort un enfant qu’il soit le sien ou celui d’autrui quel que soit la gravité de la faute commise. « C’est tout simplement une détérioration des mœurs, une barbarie de certains parents découlant très souvent de la manière dont eux-mêmes ont grandi ».
Aucun parent, tuteur ou enseignant n’est autorisé à infliger des tortures physiques aux enfants.
La tradition ou la barbarie ?
Dans la société traditionnelle burundaise, les enfants que les parents frappaient souvent constituaient un exemple d’enfants bien éduqués. Au contraire, si un enfant devient délinquant, l’explication est très simple : ses parents ne le frappent jamais. Pourtant, c’est cette même société qui utilisait un adage pour signifier que le bâton ne peut en aucun cas redresser un enfant. «Inkoni ishikira igufa ntishikira ingeso» en Kirundi.selon le psychiatre Njejimana, même si cette éducation par le bâton n’était pas efficace, au moins les parents avaient leur façon à eux de montrer à l’enfant que derrière cette punition, il y avait un amour parental. « Mais quelle empathie peut-on attendre de ce genre de parents qui n’ont pas peur de brûler leurs propres enfants pour avoir volé de la nourriture ? »
Que dit la loi ?
Juridiquement, aucun degré ni aucune forme de châtiment corporel ne sont acceptables ou légaux. Et d’ailleurs l’article 205 du code pénal burundais stipule que « Quiconque soumet une personne à des tortures ou autres traitements cruels, inhumains ou dégradants est puni de la servitude pénale de dix à quinze ans et à une amende de cent mille à un million de francs. »
Pour Me Marie Emerusabe, coordinatrice de l’Association des Femmes Juristes du Burundi la loi est claire à ce sujet. « Tous les cas traduits en justice ont été traités et les auteurs qu’ils soient parents de ces enfants ou non ont été punis conformément à la loi ».
Les barrières juridiques contre les châtiments corporels viennent contredire la conception traditionnelle de l’éducation des enfants ou le bâton et les claques étaient les seuls moyens de montrer le bon chemin aux éduqués.
Une question qui préoccupe le ministère
Le ministère de l’Intérieur, du Développement Communautaire et de la Sécurité Publique dans un communiqué rendu public à la suite de ces abus contre les enfants constatés dans différentes localités, a fait savoir que l’enfant ne doit plus être victime de la fureur ou des différends entre adultes. Mais qu’il doit plutôt être pris comme un enfant avec son état fragile en plein développement qui exige des soins spéciaux et une attention particulière de la part des adultes.
Selon ce communiqué les parents ou tuteurs sont les premiers responsables de la protection et de tous les soins de l’enfant. Vient ensuite la communauté qui constitue la deuxième ligne de protection de l’enfant et qui doit veiller à ce que l’enfant ne soit pas victime des abus ou de toute autre violation de ses droits et vient enfin l’Etat et ses institutions dont l’administration qui doit veiller à ce qu’aucun droit de l’enfant sous son ressort ne soit violé.
Le ministère de l’Intérieur, du Développement Communautaire et de la Sécurité Publique invite tous les adultes appartenant à ces trois lignes de protection de l’enfant à se ressaisir et à veiller à ce qu’aucun autre droit de l’enfant ne soit plus violé et que les auteurs de tels abus en répondent immédiatement devant les instances habilitées.