Le Burundi peut compter sur ses ressources propres comme le nickel, l’or, le café, le thé, les sites touristiques… pour rendre la balance commerciale excédentaire. De 2020 à 2021, cette balance est déficitaire avec la valeur des importations estimée à 900 millions USD par an et celle des exportations à 162 millions USD par an. Capitaine Dieudonné Dukundane, ex-Secrétaire Exécutif du Corridor Central et Directeur Régional de l’Environnement à l’Autorité du lac Tanganyika propose des voies d’inversion de la tendance. C’était lors de la journée portes ouvertes organisée jeudi le 10 mai 2022 par le ministère des Affaires Etrangères et de la Coopération au Développement (MAECD)
« Les ambassades et les consulats du Burundi sont au nombre de 44 tandis que les ambassades et les consulats installés au Burundi sont au nombre de 39. Cela montre que le drapeau national flotte à l’étranger plus que les drapeaux étrangers ne flottent au Burundi. Et si les exportations dominaient les importations au rythme de la représentation diplomatique! », s’exclame Capitaine Dieudonné Dukundane, Directeur de l’Environnement à l’Autorité du Lac Tanganyika. Il a dit cela comme expert le 10 mai 2022 lors de la journée portes ouvertes organisée par le MAECD dans sa présentation intitulée «Les Projets du Corridor Central et la diplomatie économique dans le renforcement de l’intégration Régionale ».
Pour lui, l’urgence est de soutenir les entreprises locales à exporter sur les marchés extérieurs et puis d’attirer vers le pays les investissements étrangers créateurs d’emplois. Cela en tenant compte de la présence des ambassades du Burundi dans d’autres pays.
Par ailleurs, explique Capitaine Dukundane, sur les 10 premiers pays de destination des exportations burundaises, soit 87,6% des exportations, il n’y a pas d’ambassade du Burundi dans deux pays seulement. Ce qui fait qu’il existe une corrélation positive entre la présence d’une mission diplomatique et la destination privilégiée des exportations burundaises établie à 89%.
Capitaine Dieudonné Dukundane, Directeur de l’Environnement à l’Autorité du lac Tanganyika : « Sur les 10 premiers pays de destination des exportations burundaises, soit 87,6% des exportations, il n’y a d’ambassade du Burundi dans deux pays seulement ».
Des potentialités à exploiter
Capitaine Dukundane reconnait que le pays regorge de secteurs potentiels sous exploités. Il indique par exemple que les réserves brutes du nickel de Musongati sont évaluées à 200 millions de tonnes avec une teneur de 1,40%. Le tonnage du nickel pur étant de 2 800 000.
« Si on considère que la valeur d’une tonne de nickel est de 50 mille USD, le pays encaisserait facilement 1,4 milliards USD par an », fait-il remarquer.
Capitaine Dukundane rappelle que le nickel est sollicité dans la fabrication des batteries. Or, la demande croissante des batteries lithium-ion offre aux entreprises productrices une nouvelle opportunité de développement. Celles-ci sont notamment Panasonic, LG Chem, Samsung, Beijing Pride Power, SB LiMotive et Testla…Elles sont basées dans les pays comme la Chine, le Japon, les Etats-Unis, la Corée du Sud…
Et de se demander : « Si le pays avait des contrats directement d’exploitation du nickel avec ces sociétés sans passer par des intermédiaires, sûrement que la quantité des devises à en encaisser devrait augmenter ».
Cela, surtout qu’il est prévu que d’ici 2040, environ 70 % de tous les véhicules personnels seront alimentés par l’électricité. Les fabricants des batteries joueront un rôle important dans cette transformation.
Le café, une autre manne
Le directeur régional de l’environnement à l’Autorité du lac Tanganyika rappelle que 4 grandes firmes régissent le marché du café et se partagent plus de la moitié de la transformation et du négoce du café. Ces entreprises sont : Mondelez International, Nestlé, Procter & Gamble et D.E.
Selon lui, pour répondre à la demande croissante du café, la projection de sa production est de 30% d’ici à 2025. « Le pays doit viser des gains de productivité et mieux se structurer », certifie Capitaine Dukundane. Cela en tenant compte de la place qu’occupe le café burundais dans le monde. Dans la foire-exposition internationale du café qui a eu lieu du 8 au 10 avril 2022 à Boston aux Etats-Unis d’Amérique, il s’est classé premier parmi quatre cents producteurs du monde.
« Ce qui fait qu’en terme d’exploitation du café, le pays peut signer directement des contrats avec les grandes firmes qui régissent le marché du café et récolter des devises », rassure Capitaine Dukundane avant de déplorer que le café représente 19% des exportations totales, soit seulement 30 millions USD par an.
D’autres sources des devises
Le tourisme est également un secteur qui génère des devises selon Capitaine Dukundane. Il convie à offrir des avantages liés aux investissements aux investisseurs voulant construire un centre international des conférences, ceux qui ont des projets autour et sur le lac Tanganyika, ceux qui veulent construire des logdes touristiques haut de gamme dans le parc de la Ruvubu comme c’est le cas au Kenya…Cela sans oublier de vanter le tambour sacré du Burundi.
D’après lui, si on parvenait à attirer au moins 200 touristes par jour avec une moyenne de consommation de 300 USD par jour pour chaque touriste, on encaisserait par an 21 millions USD.
Le directeur régional de l’environnement à l’Autorité du lac Tanganyika regrette que le coût de l’électricité est cher, soit 511% si on utilise les groupes électrogènes. Ce qui impacte les prix sur le marché.
Cela au moment où la puissance de l’énergie installée est de 7%, celle des projets en cours de 20% tandis que le déficit énergétique est estimé à 74%.
Il s’inquiète également que le déficit en infrastructures routières coûte cher à l’économie burundaise avec un coût d’inaction évalué à 480 millions USD tous les 5 ans. Et de proposer : « La mise en place d’un fonds national de développement des infrastructures de transport comme c’est le cas au Nigéria et de formaliser le mécanisme de péage routier comme il en est ainsi dans les pays membres de la Communauté Est Africaine ». La construction du chemin de fer Uvinza-Musongati-Gitega serait aussi un atout de taille.
Le chemin de fer permettra d’atteindre l’océan Indien au moins en 12 heures au lieu de plus de 30 heures et facilitera le transport de grandes quantités de marchandises.
Capitaine Dukundane insiste sur l’import-substitution. La valeur des importations est d’environ 900 millions USD, celle des exportations 162 millions USD, soit un déficit de 738 millions USD pour équilibrer la balance commerciale.
Amb. Albert Shingiro, ministre des Affaires Etrangères et de la Coopération au Développement a déclaré que les ambassadeurs ont l’instruction d’attirer les investisseurs. Au cas contraire, ils seront remercier.