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Deux ans après la réhabilitation de la RN4, quel bilan ?

La route nationale numéro 4 (RN4) dite chaussée d’Uvira a été réhabilitée en 2016. Dès lors, la circulation des biens et des personnes s’est nettement améliorée. Les entreprises, les hôtels, les stations-services sans oublier de nombreuses plages prolifèrent. A côté de la fluidité de la circulation, la rédaction de Burundi Eco vous fait découvrir les retombées économiques de la réhabilitation de cette route

Il est 12h 12min. Le soleil est au zénith. Nous empruntons la route Gatumba-Bujumbura. Les motocyclettes, les minibus, les camions ou encore les autocars roulent dans les deux sens. Rien d’étonnant pour celui qui connaissait la route avant sa réhabilitation. La route jadis jonchée de nids de poules intermittents, de parties complétement dégradées et poussiéreuses est actuellement bitumée en bicouches avec moins ou presque pas de virages dangereux. Les usagers de cette route roulent à grande allure vitesse sans se soucier de percuter un obstacle sur leur chemin.

La réhabilitation de la RN4 facilite les échanges commerciaux entre le Burundi et la République Démocratique du Congo via le poste transfrontalier de Gatumba-Kavimvira.

Un espace à fort potentiel économique

La partie de la route située entre le rond-point (communément appelé chanic) reliant le boulevard du 1er novembre à la RN4 et à la RN5 et la rivière Mutimbuzi se situe en pleine zone industrielle. Les sociétés telles que Watel et le groupe Ladak exercent aux abords de la RN4. Le géant dans la fabrication des produits agroalimentaires et hygiéniques Savonor et sa filiale Liquids ont choisi d’installer leurs locaux dans cette zone stratégique. Le constat est que les institutions publiques sont logées également dans cette partie de la ville de Bujumbura.  Les bâtiments et la direction de la promotion des filières halieutiques et ceux du laboratoire national du sol se trouvent sur la chaussée d’Uvira.

Les ONGS ne sont pas restés en laisse. Elles commencent à s’intéresser dans cette zone de la capitale situé sur le littoral du lac Tanganyika. L’ONG International Rescue Committee a pris le devant et a installé ses bureaux non loin centre de conférence et de recherche scientifique de l’université lumière de Bujumbura. L’activité commerciale y est florissante car, hormis les mini-kiosques installées longeant la route, plus de quatre stations-services flambant neuves ont été érigées, le long de la RN4.

Kajaga, l’épicentre des plages

Entre la rivière Mutimbuzi et la grande Rusizi, l’activité économique est dominée par les plages et les hôtels. Les investisseurs ont choisi le quartier Kajaga pour ériger des hôtels, des plages et même des habitations. Près d’une vingtaine de plages s’y observent. Les plus connues sont Bora Bora Beach, Karera Beach, Caprera Beach, Black and White et Yucca Beach. Les exploitants de ces infrastructures ont confirmé que les plages sont noires de monde surtout pendant les week-ends, les jours fériés et les vacances.

Les jeunes comme les adultes viennent en trombe pour profiter de l’air frais du lac Tanganyika. Un prestataire à une des plages a confié à la rédaction de Burundi Eco que l’affluence est remarquable suite à la réhabilitation de la RN4. Auparavant, témoigne-t-il, même ceux qui avaient des véhicules hésitaient de fréquenter les plages suite à l’impraticabilité de cette route. Les plus téméraires arrivaient par bus, mais en nombre insuffisant. Par contre, ces derniers temps on voit de plus en plus de personnes qui viennent se rafraichir soit en groupes, ou en couple familial, indique-t-il.  Les marchands de boissons s’en réjouissent. Ils affirment que le taux de consommation de boissons a plus que doublé au cours des deux dernières années.

Le reflet du développement socio-économique

De part et d’autre de la route, les constructions prolifèrent. Le littoral et la praticabilité de la RN4 impressionnent pas mal d’investisseurs qui y érigent des entreprises, des maisons d’habitations ou de nouveaux espaces de loisirs. On citera notamment un lodge touristique en cours d’aménagement et l’imprimerie Hope Design qui va bientôt déménager vers son nouveau siège. Le siège social de Hope Design est directement accessible par la chaussée d’Uvira. Il est situé en face des locaux de l’IRC. Le nouveau siège social est installé sur un site industriel d’une superficie de 7 500 m2. L’imprimerie Hope Design va bénéficier de son espace de production de façon exponentielle. Elle ambitionne démarrer son grand projet d’investissement afin de renforcer sensiblement ses capacités de production.

Ouf de soulagement pour les propriétaires de bus

Un rabatteur de bus rencontré à mi-chemin entre Gatumba et Bujumbura confirme que les affaires se portent plutôt bien après la réhabilitation de la route. Désormais, il est possible d’effectuer trois rotations par jour alors qu’auparavant je faisais à peine deux rotations, indique Faustin Sibomana, un convoyeur de bus. De plus, précise-t-il, la durée du trajet est passé de 45 min à 30 min. Ce qui est évident c’est que la fréquence des pannes techniques a considérablement chuté. Auparavant, on passait de temps en temps au garage pour des réparations éventuelles. Les pièces des voitures (les rotures, les suspensions, les plaquettes, etc.) s’usaient rapidement. Ce qui réduisait les rendements. L’autre fait marquant est que le nombre de bus qui empruntent la ligne Bujumbura-Kajaga-Gatumba est en nette augmentation.

La zone économique spéciale bientôt mise en place

La Zone Economique Spéciale sera érigée non loin de la RN4. Le site de Warubondo est situé à 3 km du chef-lieu de la zone Gatumba non loin de la route qui mène vers la localité de Vugizo. Pour le moment, le site est en cours de viabilisation. Des niveleuses aménagent le terrain et des bennes se relaient pour y déposer des matériaux construction, a-t-on constaté sur place.  Pour rappel, en 2017 un accord de concession a été signé entre le gouvernement et la société Procerv.

La quartier Kajaga en plein essor

Un riverain de Kajaga a confirmé que cette région fait objet de beaucoup de convoitises. Les échanges commerciaux entre la République Démocratique du Congo et le Burundi y sont facilités. Il affirme que pas mal de Congolais viennent s’installer à Kajaga ou à Gatumba. Ils vont de temps en temps en RDC pour faire des affaires et puis rentrer au Burundi. En conséquence, les frais de loyer ne cessent d’augmenter. De même, les particuliers viennent acheter des parcelles dans cette zone. Notre source indique qu’après la réhabilitation de la RN4, l’espace réservé à la construction se rétrécit de plus en plus. Pour ce faire, une parcelle de 100 m2 qui valait 2 millions de FBu revient actuellement à 8 millions de FBU. Les riverains ont témoigné qu’ils peuvent faire du shopping au centre-ville de Bujumbura dans un temps raisonnable. Ils témoignent également que les vélos transportant essentiellement les vivres (tomates, aubergines, poivrons) circulent depuis 4h du matin en provenance de la zone Gatumba vers les marchés urbains.

Les riverains craignent la recrudescence des accidents

Les riverains de la RN4 demandent la construction des dos d’ânes pour réduire les accidents de roulage. Durant les heures de pointe, les voitures en provenance du Congo roulent à grande vitesse, s’inquiètent-ils. Etant donné que la frontière Burundo-congolaise est fermée à partir de 18h, les Congolais qui viennent s’approvisionner au marché « Bujumbura City Market » dit chez Sion se hâtent pour être à l’heure. Ce qui occasionne souvent des accidents de la route. Les habitants ont peur de traverser la route durant cet intervalle au risque d’être percutés par des automobilistes. «Rares sont les victimes des accidents de la route qui survivent», disent-ils.

Les travaux de réhabilitation et d’élargissement de la RN4 sur une distance de 15, 46 km ont été clôturés en février 2016. Le budget y consacré a été de 5 999 276,13 Euros.

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