C’est un sujet tabou dont il ne faut parler qu’avec une certaine discrétion selon l’éducation imprimée par la culture burundaise. En milieu scolaire, la situation n’est pas alarmante, mais les actions menées restent largement insuffisantes
Des milliers de femmes Burundaises font face à la gestion difficile de la période de menstruations. «Plus de 80% des femmes et filles burundaises n’ont pas les moyens d’acheter des serviettes menstruelles chaque mois», peut-on lire sur le site de SaCoDé, une ONG locale qui milite en faveur de la promotion de la femme. Cette organisation estime que c’est un montant énorme à dépenser chaque mois pour de nombreuses familles au Burundi.
Les serviettes coûtent cher. Les moins chères disponibles sur le marché coûtent environ 2 000 FBu. Pour certaines femmes, l’achat d’une serviette hygiénique à usage unique est un sacrifice. Des influenceurs et certaines ONGs telles que SaCoDé ont toujours reconnu ce problème et entrepris certaines actions pour y faire face.
La problématique liée à la gestion des menstruations en milieu scolaire met à mal l’éducation de la fille Burundaise.
Dans les milieux scolaires, cette problématique nécessite une réponse spécifique. Le suivi, la sensibilisation des élèves et la compréhension de la part des responsables éducatifs en cas de difficultés lié à ce phénomène sont nécessaires.
Des efforts toujours insuffisants
La gestion des menstruations dans les écoles n’est plus un sujet tabou. Certains des responsables des écoles interrogés sur ce sujet indiquent avoir mis en place un mécanisme d’intervention. Gilbert Banyishegusa, directeur de l’Ecofo Mutanga affirme que la gestion des menstruations à son école constitue un des défis à une meilleure éducation des filles. Beaucoup d’enfants de cette localité à cheval entre l’urbain et le rural proviennent des familles très pauvres. «Nous avons ici des enfants issus de familles démunies. Ce qui fait qu’il ne leur est pas facile d’obtenir ce type de matériel», indique-t-il. Banyishegusa donne l’exemple des enfants dont les parents sont d’anciens domestiques ou femmes de ménage. Dans le but de prévenir les abandons scolaires liés à la difficulté d’accéder à des serviettes hygiéniques, la direction de l’école a pris certaines initiatives. « Nous disposons ici d’un petit stock de serviettes hygiéniques pour aider les jeunes filles qui nous sollicitent», dit-il. Cette autorité affirme cependant que l’école intervient uniquement quand il y a un cas qui se présente. Pour lui, l’Etat et les ONGs devraient s’imprégner de ce problème et intervenir dans certaines écoles où le besoin se fait sentir.
A l’Ecofo du Jardin Public de Nyakabiga, la directrice privilégie la sensibilisation. Selon Annonciate Nsabimana, directrice de cette école, cette affaire ne nécessite pas d’autres intervenants que les parents. « Les parents doivent comprendre que la serviette hygiénique est aussi obligatoire que la ration alimentaire», souligne-t-elle. Elle assure intervenir au cas où un parent est défaillant. Cette directrice d’école indique que la sensibilisation sur la gestion des menstruations en milieu scolaire reste un outil essentiel pour aider les jeunes filles. « Nous avons ici des clubs où nous sensibilisons les élèves en rapport avec tout ce qui concerne la santé sexuelle », a rassuré Mme Nsabimana.
Les ONGs locales sur la piste de solution
Certaines ONGs qui militent en faveur de la promotion de la femme se mobilisent pour contribuer à relever ce défi. Les responsables des écoles contactés l’ont confirmé.
Dans une certaine mesure, l’action menée par les organisations locales reste insuffisant vis-à-vis de l’immensité du défi. « Il y a une ONG qui avait formé certaines élèves à la fabrication des serviettes hygiéniques. Mais ces dernières ont terminé leurs études et sont parties », déplore Laurent Nkengurutse, directeur du Lycée du Lac Tanganyika II qui reconnait l’importance de cette contribution des ONGs.
Joint au téléphone, Ingrid Kamusoni, secrétaire exécutive de l’Association pour la Promotion de la Fille Burundaise (APFB) nous a parlé de l’action menée par son organisation. L’APFB qui a mené une campagne de sensibilisation sur la gestion des menstruations dans les provinces de Bujumbura, Cibitoke, Muyinga et Kayanza alerte sur cette situation. « Oui, plusieurs élèves abandonnaient les études à cause des menstruations, surtout quand elles sont prolongées », indique Mme Kamusoni.
De toutes les façons, il faut comprendre que la gestion des menstruations en milieu scolaire nécessite des actions d’envergure.