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Digitalisation du secteur caféicole : Une réforme en marche, mais encore perfectible

La campagne café 2025-2026 au Burundi révèle des avancées majeures en matière de digitalisation des paiements, mais aussi des défis persistants. Si une majorité de producteurs ont été payés, des erreurs bancaires et des lenteurs institutionnelles freinent encore le processus pour d’autres. Les autorités promettent des améliorations, tandis que les caféiculteurs réclament plus de rigueur et de ponctualité pour les prochaines campagnes.

Claver Nzimpora : « Il faudrait que tout soit bien planifié dès le début de la campagne: que les modalités de perception soient annoncées à temps et que les fonds soient versés sur les comptes des producteurs sans délai ».

 

Jusqu’au 18 novembre 2025, environ 81 % de l’argent destiné au paiement des caféiculteurs ayant vendu leur café à l’ODECA est parvenu sur leurs comptes bancaires. Pour ceux qui ont vendu leur café aux opérateurs privés, le taux de paiement s’élève à 70 %.

Le directeur général de l’ODECA, Oscar Uwikunda, a expliqué que les fonds non encore parvenus aux caféiculteurs sont principalement dus au fait que des erreurs ont été constatées dans les informations bancaires fournies par certains producteurs. « Il y a des producteurs qui ont communiqué des comptes bancaires qui ne leur appartiennent pas. Certains ont donné les comptes des églises, de coopératives ou d’autres personnes. D’autres ont communiqué des numéros Lumitel non associés à des comptes Lumicash actifs ou des numéros erronés ou appartenant à des tiers… Tous ces fonds ont été retournés », précise-t-il.

Il remarque également que certaines institutions financières ont tardé à effectuer les paiements alors que les fonds leur étaient déjà parvenus. « Nous avons constaté que certains transferts peuvent prendre jusqu’à deux semaines avant d’atteindre les bénéficiaires. Nous demandons la mise en place d’un dispositif spécial pour garantir que les fonds destinés aux producteurs leur soient versés sans délai », dit-il.

Lors de la réunion avec les parties prenantes dans le scteur caféicole du 18 novembre 2025, il a été convenu que, que ce soit pour l’ODECA ou les opérateurs privés, aucun caféiculteur ne devrait rester impayé après mardi le 25 novembre 2025.

Une innovation qui nécessite des améliorations

Cela faisait un certain temps que les caféiculteurs se plaignaient des retards enregistrés dans leurs paiements. « Cette année, les paiements sont arrivés tardivement. Jusqu’en octobre, nous n’avions encore rien perçu, alors que d’habitude, un premier paiement est effectué dès le mois de mai, puis un autre en août juste avant la rentrée scolaire. Cette fois-ci, pour acheter le matériel scolaire de nos enfants, nous avons dû contracter des dettes. L’achat des engrais nous a également été difficile, car nous n’avions pas encore été payés », confie Claver Nzimpora, caféiculteur résidant à Kayanza. Il précise qu’environ 90 % des membres de sa coopérative ont reçu leur argent, sauf ceux dont les montants versés ne correspondaient pas à la quantité de café livrée.

Uwikunda a tenu à préciser que pour le compte de l’ODECA, jusqu’au 28 octobre 2025, tous les fonds destinés aux comptes des producteurs avaient déjà fait l’objet d’ordres de virement envoyés à la BRB. Celle-ci les a ensuite transférés aux banques commerciales et institutions de microfinance détenant les comptes des producteurs. Ces banques ont à leur tour transféré les fonds aux microfinances, qui devaient les verser sur les comptes des producteurs.

 Une innovation pour plus de transparence

Le ministre en charge des Finances a expliqué que chaque année, le gouvernement du Burundi finance l’ODECA à hauteur de plus de 43 milliards de FBu pour acheter le café aux producteurs. « Mais si on demande des informations sur la quantité de café achetée chez les producteurs, il se remarque qu’il y a toujours un décalage entre le montant déboursé et le montant réellement utilisé », a-t-il précisé lors de la conférence-débat sur les réformes économiques du 14 août 2025. Pour lui, la digitalisation de ce secteur vise la transparence, mais aussi à générer des recettes non mobilisées.

M. Nzimpora admet que cette mesure est très bénéfique dans la mesure où elle épargne les caféiculteurs des risques de vol et de gaspillage. « Lorsqu’un producteur va retirer son argent, il peut ne prendre que ce dont il a besoin et laisser le reste sur son compte, pour le retirer plus tard à sa convenance. Cela réduit considérablement la thésaurisation. Ce qui diminue les risques de vol », estime-t-il. Néanmoins, il suggère qu’à l’avenir, les paiements ne soient plus retardés. Pour lui, il faudrait que tout soit bien planifié dès le début de la campagne: que les modalités de perception soient annoncées à temps et que les fonds soient versés sur les comptes des producteurs sans délai.

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