Le programme « Education inclusive » a été salutaire pour les personnes vivant avec un handicap. Cette approche éducative vise à assurer aux enfants en situation d’handicap l’égalité des droits et des chances en matière d’éducation. Toutefois, les défis ne manquent pas
La loi N° 1/03 du 10 janvier 2018 portant promotion et protection des droits des personnes handicapées au Burundi en son article 5 garantit à toute personne handicapée de bénéficier de tous les droits contenus dans la Constitution de la République du Burundi et dans d’autres instruments nationaux et internationaux ratifiés par le Burundi. Selon l’Unicef, l’éducation inclusive représente le fait d’avoir de véritables opportunités d’apprentissage au sein des systèmes scolaires classiques pour ceux qui en sont généralement exclus comme les enfants souffrant de divers handicaps ou ceux qui parlent une langue minoritaire. En effet, s’ils sont placés dans des écoles spécialisées, ces enfants handicapés n’ont pas les mêmes chances éducatives et se retrouvent encore plus isolés de la société.
Intégrer dans l’enseignement l’apprentissage de la langue des signes et le braille
Fabien Hamissi, président de l’Association Nationale des Sourds du Burundi (ANSB) insiste sur l’importance d’apprendre la langue des signes dès le bas âge. Cela permet de s’enrichir au cours de l’apprentissage. Au Burundi, le manque d’écoles suffisantes pour les sourds reste un frein à l’amélioration de l’éducation des enfants sourds. Sur le territoire national, il n’existe que 2 écoles spécialisées pour accueillir les enfants sourds. Celle de Bujumbura et celle de Gitega alors que le Burundi compte environ 1224 sourds-muets, soit 0,1% de la population selon l’ISTEEBU. Ces deux établissements ne peuvent pas accueillir un tel effectif.
Les infrastructures constituent un obstacle majeur car, les personnes handicapées ne peuvent pas franchir les marches des classes comme des enfants normaux.
La grande difficulté pour les enfants sourds dans ces écoles inclusives concerne la communication. Ce jeune vivant avec un handicap auditif témoigne : de l’école secondaire à l’université, il en était victime. « Les encadreurs ne connaissent et n’utilisent pas la langue des signes alors que c’est le seul outil de communication dont je dispose. Et quand le professeur expliquait, je ne pouvais ni entendre ni suivre ».
Devenu sourd à l’âge de 10 ans, Fabien Hamissi fait savoir que le matériel scolaire fait aussi défaut. Il faut qu’il y ait des livres et des dictionnaires adaptés pour les sourds. Pour le moment, le programme de l’éducation inclusive ne répond pas aux besoins des sourds. Ces derniers ont l’obligation de fournir beaucoup d’efforts pour s’intégrer et s’adapter à la situation.
L’intégration reste personnelle
Rémy Ndereyimana, secrétaire exécutif de la Fédération des Associations des Personnes Handicapées du Burundi (FAPHB) affirme qu’en dehors des écoles spécialisées où les programmes doivent être adaptées à la personne, les écoles inclusives demandent à l’élève handicapé de s’adapter au moment où tous les cursus de l’éducation sont taillés à la mesure de l’élève normal. Il fait référence aux infrastructures qui constituent un obstacle majeur car les personnes handicapées ne peuvent pas franchir les marches des classes comme des enfants normaux.
En outre, l’inaccessibilité du matériel scolaire cause problème. L’enseignant ne peut pas poser une question à un sourd et vice versa pour ce dernier qui n’entend pas. L’enfant aveugle ne peut pas utiliser les livres existants, car il ne voit pas. Mais, soutient-il, c’est possible de multiplier les livres en braille et d’enseigner la langue des signes dans les écoles. Les écoles même « ordinaires » devraient avoir des infrastructures disposant de rampes d’accès pour permettre la mobilité des enfants handicapés. « On a accepté notre handicap physique. Mais ce dernier devient un fardeau lorsque la société ne nous prend pas en compte dans son organisation ».
Trouver un emploi, chose quasi impossible
La loi portant promotion et protection des droits des personnes handicapées, dans son article 35 stipule que la personne handicapée a le droit de participer pleinement à la vie politique et économique du pays et d’avoir accès à l’emploi pour promouvoir l’égalité des chances.
Malgré cela, Hamissi indique que le manque d’emploi après les études freine leur capacité d’autonomisation. D’après son témoignage, il a déjà postulé à maintes reprises à plusieurs postes, mais sans succès. « On te sélectionne à base du dossier que tu as déposé sans être au courant que tu as un handicap quelconque. Le problème survient lors de l’interview, car la communication devient impossible. Et là commence les préjugés. Ils se demandent si on sera compétent ou capable de faire correctement le travail ». Et de soutenir que le futur de la vie des sourds dépend de l’effort du gouvernement pour rendre l’éducation inclusive.
M. Ndereyimana indique également qu’ils sont en situation d’handicap en matière d’emploi parce que la société n’a pas pris de dispositions pour les inclure. Que la société bannisse cette manière d’associer un handicapé à la charité. «On n’a pas besoin de charité, ou de pitié. On ne demande qu’à pouvoir jouir de nos droits en tant qu’humain et à vivre pleinement notre vie». Néanmoins, Ndereyimana reconnait qu’il y a eu des avancées en matière de la législation pour les personnes handicapées. Entre autres la convention relative aux personnes handicapées a été ratifiée et la politique nationale pour les personnes handicapées. La loi portant promotion et protection des droits des personnes handicapées a été promulguée. Et d’ajouter que la loi existante ne tient pas en compte toute la convention, car cette dernière est très vaste et parle de toute la vie d’une personne handicapée. « Il faut que la loi soit appliquée et que la politique nationale soit mise en application ».
Eugène Sabayezu, rapporteur du Comité National pour les Droits des Personnes Handicapées, chargé de suivi et évaluation indique qu’ils sont en train de mener des actions visant à relever les défis observés en matière d’éducation inclusive. Ils vont faire une étude pour inventorier tous les points et les domaines qui ne sont pas inclus dans tous les ministères. Une forme de révision des points qui exclurait les personnes vivant avec un handicap et, dans l’avenir, ils en tiendront compte pour les projets futurs.