L’Observatoire de Lutte contre la Corruption et les Malversations Économiques (OLUCOME) a rendu public, le 20 février 2026 à Bujumbura, un communiqué de presse consacré aux défis de l’émigration internationale des Burundais. Le document a été lu par Alexis Nimubona, chargé de la communication de l’organisation. A travers cette déclaration, l’OLUCOME met en lumière un phénomène qu’elle qualifie de « majeur », porteur à la fois d’espoirs et de lourdes conséquences pour le pays.
Les Burundais partent de plus en plus vers les pays du Golfe ou vers d’autres pays africains en raison de conditions socioéconomiques défavorables.
Selon l’OLUCOME, l’émigration internationale s’est imposée comme une alternative pour de nombreux citoyens confrontés à des conditions de vie difficiles. Malgré une relative accalmie du climat politique, le Burundi demeure l’un des pays les moins développés au monde, une situation qui pousse une partie importante de la population, en particulier les jeunes, à chercher de meilleures opportunités à l’étranger.
Les destinations privilégiées sont multiples. Beaucoup de Burundais se dirigent vers les pays limitrophes, notamment la Tanzanie. D’autres choisissent des pays africains comme la Zambie, le Kenya, l’Ouganda, le Mozambique, l’Afrique du Sud ou encore le Soudan du Sud. En dehors du continent, certains migrent vers des pays asiatiques tels que l’Oman, l’Arabie saoudite, la Turquie ou les Emirats arabes unis (Dubaï), tandis qu’une minorité tente sa chance en Europe, notamment en Serbie ou en Belgique.
Mais derrière ces départs, l’OLUCOME constate une réalité souvent difficile. De nombreux migrants burundais feraient face à des conditions précaires, tant sur le trajet qu’une fois arrivés dans les pays d’accueil. L’organisation évoque des cas d’emprisonnement, de mauvais traitements, de recrutements forcés comme combattants dans des conflits armés, ou encore d’implication dans des réseaux de cybercriminalité, notamment en Ukraine, en Chine et ailleurs.
Le chômage pousse les jeunes à quitter le pays
Un des facteurs majeurs de cette émigration est la situation socioéconomique interne. L’OLUCOME souligne que la jeunesse burundaise représente plus de 60 % de la population nationale. Pourtant, elle serait insuffisamment valorisée dans les politiques de développement. D’après les données évoquées dans le communiqué, environ 400 000 personnes étaient sans emploi en 2020, alors que la fonction publique ne compte qu’environ 120 000 employés.
La cherté de la vie constitue également un facteur déterminant. Certains fonctionnaires, bien que formellement employés, seraient incapables de couvrir leurs besoins essentiels avec leurs salaires mensuels et envisageraient l’émigration comme une solution. Cette dynamique entraîne, selon l’OLUCOME, une fuite des cerveaux préoccupante, particulièrement dans les secteurs de la santé et de l’éducation, avec pour conséquence une dégradation de la qualité des services publics.
L’OLUCOME reconnait l’existence de programmes gouvernementaux tels que le Programme d’autonomisation économique et d’emploi des jeunes (PAEEJ) et la Banque d’investissement pour les jeunes (BIJE). Toutefois, elle estime que ces initiatives n’ont pas suffi à freiner l’exode des jeunes. Dans l’opinion publique, certains estiment que les bénéficiaires de ces programmes seraient majoritairement proches du parti au pouvoir, ce qui alimenterait un sentiment d’exclusion.
L’organisation pointe également la pression démographique comme un facteur aggravant. Selon les données citées, une femme burundaise aurait en moyenne un nombre élevé d’enfants, une situation que l’organisation associe à des facteurs culturels et religieux. Elle appelle à un changement de mentalité afin que la jeunesse soit considérée comme un capital humain et une force d’innovation plutôt que comme un fardeau.
Tout n’est pas rose dans les pays d’accueil
Sur le plan institutionnel, l’OLUCOME critique le rôle jugé insuffisant de certaines représentations diplomatiques burundaises à l’étranger. Elle estime que ces dernières devraient davantage œuvrer à la protection des droits des Burundais vivant hors du pays, conformément à la Constitution et aux conventions internationales ratifiées par le Burundi. L’organisation déplore le silence des autorités dans certains cas récents, notamment celui d’un ressortissant burundais emprisonné en Ukraine ou d’autres détenus en Zambie, ainsi que des décès signalés à l’étranger sans communication officielle pour rassurer les familles.
Elle appelle également les migrants burundais à s’organiser en associations pour défendre collectivement leurs droits, avec l’appui des représentations diplomatiques. L’organisation juge incompréhensible le mutisme de certaines institutions nationales, dont le ministère en charge des affaires étrangères, le Parlement, l’Ombudsman ou la Commission nationale indépendante des droits de l’homme (CNDH), face à ces situations.
Des agences de recrutement seraient également mises en cause. Certaines profiteraient de la vulnérabilité des candidats à l’émigration pour leur faire signer des contrats ne respectant pas les normes internationales du travail, notamment en raison de leur faible maîtrise des langues étrangères et du droit. Face à l’ampleur du phénomène, l’OLUCOME recommande la mise en place d’une commission multidimensionnelle chargée d’étudier en profondeur les problèmes auxquels sont confrontés les jeunes migrants, tant à l’intérieur qu’à l’extérieur du pays. L’objectif serait d’identifier des solutions durables afin de protéger les citoyens burundais et de transformer la jeunesse en véritable moteur de développement national.
Pour l’OLUCOME, l’émigration ne peut être abordée uniquement comme un choix individuel. Elle reflète, selon elle, des défis structurels qui exigent des réponses politiques, économiques et institutionnelles coordonnées.