Au lieu d’investir dans des secteurs jugés plus rentables tels que le commerce, les TIC ou autre domaine, Emmanuel Niyoyabikoze a décidé de se lancer dans un domaine délaissé. La protection de l’environnement c’est sa passion dès son enfance. Il s’est donné comme objectif de combattre la désertification à tout prix. C’est ainsi qu’il a initié un projet pharaonique de préparation de pépinières et de replantation des arbres à l’échelle nationale. Portrait
Emmanuel Niyoyabikoze est étudiant finaliste à l’Institut National de la Santé Publique (INSP) dans le département de sage-femme. Petit à petit, il s’intéresse à sauver des vies en sauvant avant tout la planète. Ainsi, il a initié depuis 2018 « Greening Burundi Project » qui deviendra plus tard une association à part entière «Greening Burundi». Une façon d’apporter sa contribution au développement du pays à travers la préservation de la nature.
Ce natif de la province Bubanza (plaine de l’Imbo) a été intrigué par l’allure de la déforestation dans sa région. « Je suis né et grandi à Bubanza. Dès mon enfance, il y avait des forêts, des boisements, mais j’ai constaté amèrement la disparition progressive des forêts. C’est pourquoi j’ai décidé d’intervenir au risque de se retrouver un jour dans une région complètement désertique », relate l’écologiste Niyoyabikoze. Il fait savoir que les effets du changement climatique se faisait déjà sentir. Auparavant, réputée pour sa fertilité, la province de Bubanza a vu sa production agricole chuter au file des années. Pour cause, l’érosion superficielle qui appauvrit le sol meuble en sels minéraux et les périodes de sécheresse parfois prolongées. D’où l’infertilité des sols.
Emmanuel Niyoyabikoze, initiateur du projet « Greening Burundi » : « La plantation des arbres c’est ma passion. Je suivais mon père dans les campagnes sylvicoles. Moi-même, j’ai un boisement que j’entretiens depuis mon enfance »
Les débuts timides du jeune environnementaliste
Niyoyabikoze a débuté son projet en province de Bubanza où il a installé des pépinières pour multiplier les essences agro-forestières. Il ambitionne dupliquer son projet au niveau national dans des zones sous menace de déforestation.
Après la multiplication des semences dans des pépinières, ce jeune homme ambitieux organise des campagnes sylvicoles de grande envergure. Les jeunes participent à ses côtés au reboisement des montagnes dénudées. Parallèlement, des activités de protection des terres arables sont menées avec la plantation des arbres agro-forestiers et des arbres fruitiers au niveau des ménages. Les campagnes de plantation sont ponctuées par des actions d’entretien et de remplacement d’éventuels plants. « La plantation des arbres c’est ma passion. Je suivais mon père dans les campagnes sylvicoles. Moi-même j’ai un boisement que j’entretiens depuis mon enfance », confie-t-il.
Plus de 200 000 arbres plantés depuis le début du projet
A deux ans d’existence, « Greening Burundi » a contribué à la restauration du couvert végétal dans sa zone d’action. Avec une pépinière de plus de 40 000 essences et plantées en 2018, nous avons dépassé 200 000 plants l’année passée dont plus de 170 000 plants reboisés y compris les essences exotiques. A cours de cette année, l’initiateur du projet « Greening Burundi » reste confiant. Il prévoit quadrupler la mise pour atteindre au moins 1 million d’arbres, un véritable challenge.
En ce sens, des activités de plantation sont prévues dans d’autres provinces. L’objectif est de faire verdoyer le Burundi coûte que coûte, rassure-t-il.
Un jeune courageux
L’écologiste Niyoyabikoze a commencé son projet en solo avec ses maigres moyens. Il s’est beaucoup investi physiquement en mettant à contribution sa force physique pour préparer les pépinières. Plus tard, un groupe de jeunes a rejoint sa cause. Sa motivation est de travailler pour les générations futures au lieu de servir des intérêts égoïstes. Cependant, les moyens sont souvent limités pour atteindre ce gap. A cela s’ajoute le manque de matériaux pour faire pousser les graines. A la place des sachets, il a eu l’ingénieuse idée de collecter les flacons en plastique qu’il coupe en deux. Les plastiques peuvent servir à plusieurs reprises. Après avoir mis en place les plantations, ils les retournent dans les pépinières et ainsi de suite, raconte notre interlocuteur.
Les autorités administratives ont été surprises quand elles ont visité ses pépinières en octobre dernier. Cela étonne plus d’un de voir les jeunes sans aucun appui financier réaliser de tels travaux, s’émerveille-t-il. Il demande d’être appuyé pour réaliser son ambition. « Nos moyens sont très limités. Il est difficile de déplacer les plants des pépinières vers les terrains réservés à la plantation des arbres. C’est pourquoi nous sollicitons un appui financier de toute personne physique ou morale qui serait intéressée par notre projet »
Le projet comporte également le volet éducation environnementale pour les jeunes. Des clubs de protection de l’environnement dits « Greening School clubs » ont été initiés dans les écoles. Le but est de sensibiliser les élèves à la protection de l’environnement dès le jeune âge. Dans ses perspectives, le jeune environnementaliste compte développer les énergies alternatives pour réduire la dépendance vis-à-vis du bois de chauffage comme source d’énergie. Des briquettes à base de noix de palmistes dits ikibarara sont en cours d’expérimentation en province Bubanza. En outre, un projet de fabrication des combustibles à base de la jacinthe d’eau se profile à l’horizon.