Malgré les efforts engagés par le gouvernement burundais pour retirer les enfants en situation de la rue et les réinsérer dans leurs familles, le phénomène continue de préoccuper les autorités. Le chef du gouvernement reconnait que cette problématique nécessite une action permanente. De son côté, la Commission Nationale Indépendante des Droits de l’Homme (CNIDH) plaide pour une approche plus globale afin d’assurer une réintégration durable de ces enfants.
Le problème des enfants en situation de rue demeure particulièrement difficile à résoudre malgré les efforts déployés par l’Etat.
La question des enfants vivant dans les rues a été au centre des échanges lors de l’émission publique réunissant les membres du gouvernement, des journalistes et des citoyens, tenue le 11 juin 2026 à Gitega. Répondant à cette préoccupation, le Premier ministre Nestor Ntahontuye a expliqué que le phénomène des enfants en situation de rue ne peut pas être résolu par une intervention ponctuelle. Selon lui, il s’agit d’un problème qui exige des actions continues notamment parce que les causes qui poussent les enfants à se retrouver dans la rue persistent. Il a notamment évoqué les difficultés rencontrées dans certaines familles, les problèmes d’encadrement des enfants, les abandons liés à des situations de précarité, etc.
Le chef du gouvernement a particulièrement cité le cas de la ville de Bujumbura où certains enfants sont abandonnés après leur naissance ou se retrouvent livrés à eux-mêmes à la suite des comportements irresponsables de certains parents qui ne disposent pas de moyens nécessaires pour assurer leur prise en charge. Pour le Premier ministre, la lutte contre ce phénomène doit donc s’inscrire dans la durée, en tenant compte des réalités sociales qui favorisent l’apparition de nouveaux cas.
Les centres d’accueil favorisent la réinsertion familiale
Face à cette situation, le gouvernement affirme avoir mis en place plusieurs mécanismes de prise en charge. Le ministère ayant le secteur social dans ses attributions dispose déjà de structures chargées d’accueillir et d’accompagner les enfants retirés de la rue. M. Ntahontuye a indiqué que les autorités poursuivent les opérations visant à identifier ces enfants, à les retirer de la rue puis à les orienter vers des centres spécialisés, notamment celui de Cankuzo, dans la province de Buhumuza, ainsi que vers les centres communément appelés « Soleil ».
L’objectif de cette prise en charge est de leur offrir un encadrement adapté avant leur retour dans leurs familles respectives. Le Premier ministre a souligné qu’il est rare qu’un enfant soit totalement dépourvu d’attaches familiales. Même lorsqu’il est orphelin, il existe généralement des proches tels que des tantes ou des cousins susceptibles de l’accueillir. Même l’administration à la base est censée accompagner sa réintégration et veiller à son suivi.
Toutefois, le chef du gouvernement reconnait que ces efforts, aussi importants soient-ils, ne permettront pas d’éliminer totalement le phénomène. Selon lui, la véritable réussite résidera dans la capacité des services concernés à intervenir chaque fois qu’un enfant est retrouvé dans la rue afin de lui offrir une alternative durable.
La CNIDH appelle à renforcer l’accompagnement des enfants
Malgré les initiatives déjà engagées, les résultats restent mitigés. A l’occasion de la célébration de la Journée internationale de l’enfant africain, le 16 juin 2026 à Bujumbura, le président de la Commission nationale indépendante des droits de l’homme (CNIDH), Martin Blaise Nyaboho, a reconnu que le chemin reste encore long. Selon lui, le gouvernement a effectivement mis en œuvre un programme de retrait des enfants de la rue et de leur transfert vers des centres d’accueil. Cependant, le phénomène se renouvelle constamment. Il a illustré cette réalité en expliquant que pendant que certains enfants en situation de rue sont conduits vers les centres spécialisés, ils reviennent dans la foulée dans les rues de Bujumbura.
M. Nyaboho estime également que la manière dont certains enfants sont accueillis dans les centres mérite une réflexion approfondie. D’après lui, plusieurs d’entre eux quittent rapidement ces structures parce qu’ils ont l’impression d’être privés de liberté ou d’être insuffisamment préparés à cette nouvelle vie.
Afin d’améliorer leur prise en charge, il a annoncé l’existence d’un projet gouvernemental visant à collaborer avec les confessions religieuses pour construire un grand centre d’accueil au centre du pays. Cette structure devrait permettre non seulement d’héberger les enfants concernés, mais également de mieux les encadrer grâce à des éducateurs spécialisés. L’ambition est aussi de mener un travail approfondi sur l’histoire familiale de chaque enfant afin de préparer progressivement sa réinsertion. Les familles pourraient être associées au processus à travers des visites régulières, permettant ainsi aux enfants de retrouver progressivement leur place au sein de leur communauté.