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Eradication de la corruption: Entre l’ambition et la réalité

Malgré des ambitions affichées dans la Vision 2040-2060, le Burundi reste à la traîne dans la lutte contre la corruption. Différents acteurs de la société civile dénoncent l’inaction, l’impunité et l’absence de volonté politique dans l’éradication de la corruption au Burundi et demandent le respect de la loi.

Vianney Ndayisaba, coordinateur de l’ Aluchoto : « Si les auteurs de la corruption étaient sérieusement punis, cela pourrait éradiquer ce fléau ».

 

Le Burundi a obtenu 17 points sur 100 au classement de l’Indice de Perception de la Corruption de 2024 publié par Transparency International. Ce score lui octroie la 165ᵉ place sur les 180 pays évalués par cette organisation. Pourtant, la Vision 2040-2060 prévoit d’atteindre 60 points en 2040 et 80 points en 2060. Pour Gabriel Rufyiri, président de l’Observatoire de lutte contre la corruption et les malversations économiques (Olucome), il n’y a aucun indicateur palpable qui témoigne que cet objectif sera atteint alors que ce long chemin exige beaucoup d’actions concrètes en matière de transparence et de bonne gouvernance. Cela a été dit lors d’une activité organisée par cette ONG dans le cadre d’une campagne de 16 jours d’activisme contre le fléau de la corruption, tenue du 4 au 19 décembre 2025 sous le thème: « S’unir avec la jeunesse contre la corruption: Former l’intégrité de demain ».

Selon Vianney Ndayisaba, coordinateur de l’Association de lutte contre le chômage et la torture (Aluchoto), l’absence de sanctions significatives contre les responsables corrompus, même après des enquêtes, favorise la poursuite de la corruption. Il prend l’exemple de la mesure consistant à rendre discrètement l’argent public volé sans suite judiciaire. Pour lui, cette pratique favorise les détournements de biens publics. Il estime que si les auteurs étaient sérieusement punis, cela pourrait éradiquer ce fléau.

Un « manque de volonté politique »

Rufyiri y voit également un manque de volonté politique. Pour lui, malgré les discours officiels, la volonté réelle de mettre en œuvre les lois anticorruptions reste problématique. Il cite entre autres le cas de la loi n° 1/12 du 18 avril 2006 portant mesures de prévention et de répression de la corruption et des infractions connexes. Son article 29 stipule que, dans un délai n’excédant pas quinze jours à partir de leur entrée en fonction, le Président de la République, les Vice-Présidents de la République, les membres du Gouvernement, les membres des Bureaux de l’Assemblée nationale et du Sénat sont tenus de déposer à la Chambre judiciaire de la Cour suprême une déclaration certifiée sur l’honneur, exacte et sincère, de leurs biens et patrimoine ainsi que ceux de leurs conjoints et enfants mineurs, qu’ils soient propriétaires, usagers ou détenteurs habituels. Cette déclaration porte sur les actions et autres intérêts financiers, les propriétés et immeubles, les biens mobiliers d’une valeur de plus de deux millions de francs burundais. Il regrette que cette loi, comme tant d’autres, ne soit pas respectée malgré son existence.

Pour Léonce Ngendakumana, l’état de corruption au Burundi est lié à la manière dont les emplois sont octroyés, surtout dans les services publics. Il regrette que beaucoup de fonctionnaires accèdent à différents postes après avoir payé une somme importante en guise de corruption. « Sûrement qu’après avoir accédé à ce poste, l’urgence pour ce fonctionnaire sera de se rembourser l’argent qu’il a utilisé pour l’achat de ce poste. Vous comprendrez qu’une personne qui occupe un poste qu’il a acheté, personne ne va oser lui demander la transparence et la redevabilité », regrette-t-il.

Pour ceux qui disent que la pauvreté et les bas salaires sont les causes de la corruption persistante, Ernest Ndikumukama, expert en bonne gouvernance, explique que si cela était le cas, il n’y aurait que de petites corruptions seulement. Malheureusement, la corruption est souvent le fait des mieux payés. Il remarque aussi le manque d’indépendance des institutions de contrôle. Ces acteurs de la société civile demandent le respect de la loi.

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