Dans nos éditions précédentes, on a parlé de comment l’agriculture est menacée par l’utilisation excessive des engrais chimiques. Les sols sont de plus en plus infertiles et les rendements sont médiocres. Un lecteur fidèle de Burundi Eco interpelle. Il n’y a pas que l’infertilité des sols qui devrait inquiéter. C’est tout un programme à mettre en place
« Les coopératives doivent quitter l’objectif social pour un objectif industriel ».
Le fidèle lecteur de Burundi Eco est Jules Henri Poncelet. C’est un belge qui a sillonné l’Afrique de l’Est sur les ailes de Caritas Belgique. Il a dirigé des projets ici au Burundi, mais aussi dans les autres pays de l’Afrique de l’Est. Il vit paisiblement sa retraite au Burundi depuis 2017. Il a fait un travail sur les perspectives de l’agriculture au Burundi jusqu’à 2040. » J’essaie de mettre les idées en œuvre, qu’on remette au gout du jour une vision moderne, dans une agriculture mondialisée, avec des changements climatiques », fait-il savoir.
« Le Burundi que j’ai connu dans les années 2000 est toujours centré vers l’agriculture. Depuis des décennies, plus de 90% de la population est agricole. L’outil principal reste …la houe. Mais, ces 90% sont liés à un secteur qui n’a pas changé depuis belle lurette », ajoute-t-il
La rentabilité, la valeur ajoutée de l’agriculture ne constitue qu’environ 20% du PIB pour 90% de la population. Pour changer la donne, il importe de faire le choix de ce qui est cultivé, des semences, des engrais, des labours, de la mécanisation à la transformation. Il faudra repenser le secteur du début à la fin, prône-t-il.
De l’agriculture de subsistance à celle exportatrice
Pour quitter cette agriculture de subsistance, il propose la refonte complète les méthodes agricoles, le regroupement des terres, la création des coopératives et la formation des gestionnaires, repenser les méthodes de travail au niveau global dans le pays, réformer l’enseignement, l’apport des langues, engager du personnel sur base des compétences.
Pour lui, l’accès doit être centré sur la recherche d’une meilleure source de revenu, de gain de temps, les économies d’échelle. Cela permettra d’arriver in fine à des rendements qui permettront de mieux vivre, de transformer puis d’exporter.
Planifier les besoins dans le secteur agricole, un impératif
Le nombre d’intervenants extérieurs dans le secteur agricole notamment les organisations non gouvernementales est exorbitant. Il faut une coordination. » Certaines ONG ne sont pas sans reproches. Certaines, parfois, travaillent pour elles-mêmes. Essaient de toucher plus d’argent possible des bailleurs de fonds », déclare-t-il. Elles se développent, c’est souvent le cas lors de grosses crises. Et les cultivateurs demeurent dans les techniques du moyen âge, ajoute-t-il. Il propose de créer un organisme composé d’experts indépendants chargé de planification, de contrôle pas seulement dans l’agriculture, mais dans tous les secteurs qui lui sont liés.
Un modèle coopératif adéquat pour le Burundi, mais il en faut plus
Le modèle des coopératives est adéquat pour le Burundi…Mais M. Poncelet trouve qu’il faut qu’on arrive à moyen terme à vivre de cette agriculture et avancer vers la transformation. « Les coopératives doivent quitter l’objectif social pour un objectif industriel », trouve-t-il.
La formation et le suivi des cultivateurs par des techniciens agricoles est nécessaire. Ces derniers devront être formés en tenant compte de l’évolution des modes de cultures et des techniques modernes qu’ils mettront en application sur le terrain. On leur fixera une obligation de résultat,
Cela va prendre des années, fait-il savoir. Mais, il estime que c’est maintenant que les forces vives de ce pays doivent se mettre à la table. L’analyse doit être globale et retenir toutes les parties concernées. Il nomme le gouvernement et ses départements de l’agriculture, de l’environnement, du commerce, des finances, de l’économie, du transport. Il cite également des banques, les organisations de crédit, les institutions internationales liées au monde agricole ou le soutenant, les Ong , des experts internationaux…
Les écoles surtout techniques liées à l’agriculture, à la mécanique, les universités et les instituts de recherche, les laboratoires, les sociétés qui certifient doivent suivre.
Tous les éléments tels que route, eau, électricité s ils ne couvrent le pays ne permettront pas la transformation, l’industrialisation pour mener entre autre vers l’exportation et un fine la rentrée de devises. Qui sera la clé du succès du Burundi pour couvrir les besoins énormes de la population.