Les visages des présumés coupables sont parfois exposés pour des motifs connus par ceux qui le font. Par conséquent, le journaliste ne doit pas se laisser influencé dans le traitement de l’information lorsqu’il s’agit de publier la photo du présumé coupable. Ne fût-ce que masquer la partie sensible (chirurgie esthétique) protégera la personne et crédibilisera non seulement le journaliste, mais aussi l’information donnée
Egide Mbazumutima, journaliste depuis bientôt 9 ans à la Radiotélévision Nationale du Burundi (RTNB) indique que si une personne est arrêtée, elle est présumée innocente.
« Pourtant, regrette-t-il, des fois, les présumés innocents sont exposés. La presse se précipite et prend les images des suspects ou des présumés innocents et se met à les diffuser dans différents canaux de communication. Cela sans avoir même mener des investigations pour s’enquérir des conditions dans lesquelles elles ont été arrêtées », déplore le journaliste.
Le risque est, selon toujours lui, de céder à la corruption de ne pas mettre en avant l’exactitude de l’information. Et cela avec toutes les conséquences que cela est censé avoir sur le métier. Par ailleurs, martèle-t-il, si on a publié l’image de quelqu’un et qu’il est blanchi, seule l’image d’un malfaiteur peut rester graver dans la mémoire de l’entourage. Ce qui peut blesser la vie du concerné.
Egide Mbazumutima, journaliste depuis bientôt 9 ans à la RTNB: « Personne n’est autorisé à publier le visage d’un présumé coupable ».
Une législation lacunaire ?
Plutôt la loi est claire et personne n’est au-dessus d’elle ou censée l’ignorer, explique M.Mbazumutima. Personne n’est donc autorisé à publier l’image du présumé coupable.
D’ailleurs, la présomption d’innocence découle du respect de la dignité humaine qui est un principe de droit fondamental et universel.
Il précise que celle-ci est un concept prévu par les instruments juridiques internationaux dont le pacte international relatif aux droits civils et politiques, la charte africaine des droits de l’homme et des peuples, la déclaration universelle des droits de l’homme…
Et de renchérir : « Tous ces instruments juridiques internationaux font partie intégrante de la constitution burundaise de juin 2018 ».
L’article 40 de celle-ci stipule que toute personne accusée d’un acte délictueux est présumée innocente jusqu’à ce que sa culpabilité ait été légalement établie au cours d’un procès public durant lequel les garanties nécessaires à sa libre défense auront été assurées.
« Pour publier la photo, il faut attendre que le coupable soit condamné par les instances habilitées (les juridictions) », fait remarquer M.Mbazumutima.
Egalement, si la personne est présumée innocente et qu’on publie ses parties sensibles comme le visage, on viole le code d’éthique et de la déontologie en son article 2.
« Le journaliste, dans le traitement de l’information, doit s’abstenir de tout traitement tendancieux de l’information de nature à provoquer ou à entretenir la haine raciale, ethnique, régionale, religieuse ou de toute autre nature. Il évite de porter atteinte à la dignité humaine et à la vie privée des personnes vivantes ou décédées, sauf si cela est inspiré par l’intérêt général », lit-on dans le code d’éthique et de la déontologie.
Pour ce qui est de l’intérêt général, le professionnel des médias appelle à l’appréciation personnelle. Pour lui, on peut publier l’image de quelqu’un qui tente de porter atteinte à la vie d’un chef d’Etat ou de quelqu’un attrapé en flagrant délit en commettant un crime ou en tuant une personne.
En son article 52, la loi sur la presse précise que le journaliste ne doit céder à aucune pression tendant à corrompre l’exactitude de l’information et ne publier que les informations équilibrées et dont l’origine, la véracité et l’exactitude sont établies et soigneusement vérifiées.
M.Mbazumutima rappelle que le statut de la présomption d’innocence débute au jour de l’arrestation jusqu’au jour de la condamnation, c’est-à-dire jusqu’à l’épuisement de toutes les voies de recours. Quand la justice a rendu le verdict, la personne n’est plus présumée innocente, elle est condamnée.
Il recommande qu’au lieu de publier les visages des présumés coupables, il faut au moins publier la partie menottée ou masquer le visage. Quant aux noms, le journaliste invite à les publier tout en mettant les textes au conditionnel. Il convie au respect de la Constitution, de la loi sur la presse et du code d’éthique et de déontologie dans l’exercice du métier de journaliste.