Après six années au service de la population, le projet «Arche de Kigobe» relevant de l’ONG Médecins Sans Frontières (MSF) a fermé ses portes le 28 février 2021. Les patients éligibles aux conditions d’admissibilité à l’Arche de Kigobe seront désormais reçus à l’Hôpital Prince Régent Charles
Si ce projet tend vers sa fin, son action aura été très bénéfique pour la population. Ce centre offrait ses services dans la gratuité totale. Focalisée sur les cas traumatologiques graves, l’Arche de Kigobe offrait toujours ses services à une foule de patients venus de partout dans le pays. Cette structure sanitaire spéciale dont la mission était au départ de soigner les victimes des violences qui ont secoué le pays en 2015 a décidé d’élargir les critères d’admission aux victimes d’accidents de roulage, de brûlures et de violences sexuelles.
A titre illustratif, le nombre de patients reçu à l’Arche de Kigobe qui s’évaluait à 200 par mois à sa création en 2015 a rebondi jusqu’à 2000 en 2019. Selon Vincent Onclinx, coordinateur dudit projet en 2019, l’Arche de Kigobe a assuré 22 400 consultations d’urgence et réalisé plus de 4000 interventions chirurgicales en 2018. En 2020, Sarah CALLENS, Coordinatrice MSF du projet Arche de Kigobe a affirmé que cette organisation avait déjà reçu près de 70 mille patients depuis sa création.
Les services étaient également diversifiés. On peut citer par exemple le service de chirurgie orthopédique et viscérale, le service d’hospitalisation des patients admis, le service d’accompagnement psychosocial et le service de suivi en ambulatoire pour les victimes des accidents.
Après cinq ans d’action de l’Arche de Kigobe, la population qui semblait habituée à la gratuité des soins s’inquiète de sa fermeture.
La qualité du service en pâtira
Les patients éligibles aux critères d’accueil chez l’Arche de Kigobe seront désormais reçus dans les enceintes de de l’Hôpital Prince Régent Charles.
Le transfert des compétences a déjà été effectué. MSF a remis ses outils à l’HPRC. Cependant, ce transfert présente une certaine lacune par rapport aux services qui étaient offerts auparavant. A la différence de l’ex-Arche de Kigobe où les patients admis à l’hospitalisation bénéficiaient d’une prise en charge totale, l’HPRC décline certaines responsabilités. Désormais, la famille du patient devra se charger de la garde et d’autres besoins en dehors du traitement médical.
Selon Dr Hippolyte Mboma, dernier coordinateur du projet, c’est pour sa grande capacité d’accueil et ses prix abordables pour la population démunie que l’Hôpital Prince Régent Charles a été choisi comme une meilleure référence.
La population dans l’inquiétude
Après cinq ans d’action, la population semblait habituée à la gratuité des soins offerts par l’Arche de Kigobe. Certaines personnes qui se sont entretenues avec Burundi Eco à ce sujet témoignent. Selon Simon Kadende, un jeune exerçant le métier de taxi-vélo depuis trois ans, il s’agit d’une grande perte pour les petits paysans. « C’est un grand problème pour nous les petites gens d’accéder aux soins médicaux en cas d’accident», dit-il. Ce jeune homme affirme avoir déjà bénéficié des soins de ce projet d’MSF dont il loue toujours la qualité des services. «Personne ne se souciait de savoir qui tu es avant de te soigner », ajoute-t-il. « Il est difficile d’en faire des commentaires. Nous serons les premieres victimes », s’indigne un autre taxi-vélo.
Le point de vue de Jimmy Rukundo, un boutiquier qui dit n’avoir jamais mis les pieds à l’Arche de Kigobe est plus détaillé. «Je connais cette organisation. Je pense que si elle arrête ses activités, cela va être difficile surtout pour les accidentés. Ils ne seront plus secourus parce que les gens auront peur d’endosser les responsabilités alors qu’avant n’importe qui pouvait amener un blessé à « MSF »», dit-il. Pour lui, l’Etat pourrait diminuer les frais d’hospitalisation pour les accidentés. « L’Etat pourrait par exemple trouver de nouveaux partenaires pour permettre aux patients de payer 20% de la facture d’hospitalisation.
Dans une conférence de presse conjointe organisée à ce sujet, MSF et le ministère en charge de la santé publique promettent de continuer à offrir un service médical gratuit aux victimes des accidents. Cependant, la gratuité n’ira pas au-delà de décembre 2021.