La pénurie des devises est un défi de l’heure dans l’économie burundaise. Depuis le 15 février 2020, une nouvelle mesure de la Banque centrale a retiré aux bureaux de change privés leur agrément. Les banques commerciales sont reprochées de ne pas satisfaire à la demande des particuliers
Ces derniers temps, le marché du dollar américain et de l’Euro nourrit les débats. Les points de vue divergent. La BRB a tenté d’arrêter cette fluctuation qui règne en maître sur le marché de change. En vain. Les remarques et les menaces de sanctions contre les opérateurs du marché parallèle n’ont pas pu arrêter cette situation. Bon nombre de changeurs ont résisté aux recommandations de la Banque centrale. Lors de sa conférence publique du 26 décembre 2020, le Président de la République avait évoqué la fermeture des bureaux de change si jamais les propriétaires de ces derniers ne veulent pas mettre en application les recommandations. Le marché parallèle qui, en grande partie, se nourrit de l’informel n’a pas pu obtempérer aux ordres de la Banque centrale qui tente de maintenir son pouvoir de gérant et sa mission de caissier de l’Etat.
Faustin Ndikumana, consultant indépendant : « Dans un pays où le commerce informel représente plus de 70%, les bureaux de change doivent être considérés comme des centres de captage de toutes les devises qui entrent de façon informelle dans le pays »
Le 07 février 2020, la BRB a décidé de mettre fin aux activités des bureaux de change. Une circulaire signée par le Gouverneur de la BRB annonce le retrait de l’agrément aux bureaux de change opérant au Burundi. Certaines banques commerciales, en l’occurrence la Banque de crédit de Bujumbura (BCB) et l’Interbank Burundi ont déjà intégré ce service pour leur clientèle. Toutes ces banques commerciales ont ouvert des bureaux de change à la suite de la mesure de la Banque centrale qui ordonne aux bureaux de change privés de fermer les portes.
Qu’en est-il des conséquences ?
Désormais, seules les banques commerciales sont autorisées à ouvrir des bureaux de change. Dans le but d’expliquer cette situation, le consultant indépendant Faustin Ndikumana est sorti du silence. Dans sa conférence de presse du 14 février 2020, cet expert a réagi sur la mesure de fermeture des bureaux de change.
Pour lui, le problème n’est pas que les banques commerciales jouent le rôle de changeur. Sur ce point, il rappelle que la BRB avait récemment pris des mesures de nature à réduire l’approvisionnement potentiel des banques commerciales en devises. «La BRB avait déjà sensiblement réduit les capacités d’approvisionnement en devises des banques commerciales notamment par la mesure qui obligeait les différentes ONGs à ne disposer de comptes qu’au niveau de la BRB», indique cet économiste».
Faustin Ndikumana fait savoir que cette mesure met en mal une partie des entreprises et renvoie un certain nombre de personnes au chômage. Cet expert en économie se demande si la Banque de la République du Burundi pourra satisfaire les énormes demandes en devises des particuliers alors qu’elle n’arrive plus à satisfaire les demandes des entreprises stratégiques telles que la Brarudi. Les particuliers à la recherche des devises dans les banques commerciales disent ne pas être servis et être perturbés dans leurs affaires.
Selon cet expert, en cas de manque de devises, la population se rabat sur le marché noir qui risque de se consolider et d’aggraver la situation. Tout de même une forte demande en devises auprès des banques commerciales risque de déstabiliser les activités de développement.
Il faut prendre des mesures plus stratégiques
« Il faut faire une analyse plus profonde de la situation », prévient Faustin Ndikumana. Ce dernier pense plutôt qu’il faut laisser libres les bureaux de change. « Pourquoi la BRB veut-elle demander des comptes aux bureaux de change qu’elle n’approvisionne pas », a-t-il martelé. Pour lui, on ne peut pas fixer le prix d’un bien dont on n’assure pas l’approvisionnement. Il a confié aux médias que dans un pays où le commerce informel représente plus de 70%, les bureaux de change devraient être considérés comme des centres de captage de toutes les devises qui entrent de façon informelle au Burundi.
Il faut plutôt se tourner vers les stratégies classiques pour réguler le marché de change. Selon lui, la BRB devrait plutôt arrêter d’autres mesures qui lui permettent de collecter les devises entrant. Egalement, l’Etat peut recourir à des emprunts à l’extérieur et penser à une nouvelle politique lui permettant de s’approvisionner en devises. Il cible notamment la modernisation du secteur du tourisme, la politique qui incite la diaspora à investir au Burundi et l’exportation.
A propos des exportations, Ndikumana s’inquiète quant à la gestion de la chose publique. « Pourquoi les réserves de change dela Banque Centrale ont fortement diminuées ces derniers temps par rapport à la période où le pays n’ exploitait pas les terres rares et les autres minerais ? », s’interroge-t-il.