A la veille de la célébration de la fête de l’unité nationale, commémorée chaque année le 5 février au Burundi, le président de l’Observatoire de lutte contre la corruption et les malversations économiques (OLUCOME), Gabriel Rufyiri, a livré une analyse critique de l’état de l’unité nationale au Burundi.
Pour Gabriel Rufyiri, l’unité nationale existe à la base de la société burundaise, notamment entre les citoyens lambda.
D’entrée de jeu, Gabriel Rufyiri a tenu à déconstruire l’idée selon laquelle les difficultés que traverse le Burundi seraient essentiellement d’ordre ethnique. Selon lui, les problèmes majeurs auxquels le pays fait face sont plutôt liés à la gouvernance, notamment l’exclusion de certains groupes dans la gestion du pouvoir et l’accaparement des richesses nationales par une minorité.
Pour illustrer son propos, il a expliqué que l’existence d’ethnies distinctes se manifeste généralement par plusieurs caractéristiques précises : des communautés séparées vivant dans des espaces différents, parlant des langues différentes et possédant des cultures propres. Il a souligné qu’au Burundi, ces critères ne s’observent pas. Les Burundais partagent la même langue, le kirundi et une culture largement commune. Ce qui, selon lui, remet en question l’idée d’un conflit fondamentalement ethnique.
Gabriel Rufyiri a également rappelé qu’autrefois, les distinctions entre Hutu et Tutsi pouvaient être liées à la possession de bétail. Une personne hutu possédant de nombreux bovins pouvait être considérée comme tutsi, a-t-il indiqué, pour montrer le caractère historiquement mouvant de ces identités sociales. Il estime que les divisions actuelles ont été instrumentalisées par certains acteurs politiques « sans vision », contribuant ainsi à fragiliser la cohésion nationale.
Les accords d’Arusha ont identifiés les grands défis
Se référant aux Accords d’Arusha pour la paix et la réconciliation au Burundi, il a affirmé que ces derniers avaient clairement identifié les causes profondes des crises burundaises, notamment la mauvaise gouvernance, l’exclusion politique et la gestion inéquitable des ressources publiques. Selon lui, ces problèmes persistent encore aujourd’hui et continuent d’alimenter les tensions sociales et politiques.
Concernant les solutions possibles, le président de l’OLUCOME a proposé la création d’une cellule de réflexion indépendante, composée d’intellectuels et d’experts capables d’aider les autorités publiques à analyser les défis du pays et à proposer des solutions durables. Il a évoqué le modèle des « think tanks », déjà répandu dans de nombreux pays, qui contribuent à éclairer la prise des décisions publiques.
Toutefois, il a souligné qu’une telle initiative ne pourrait fonctionner que si la critique est acceptée dans la gestion des affaires publiques. Selon lui, le refus des opinions divergentes constitue un obstacle majeur à la résolution des problèmes nationaux. Il a plaidé pour une meilleure valorisation des compétences, estimant que chaque citoyen devrait contribuer au développement du pays selon ses capacités et son savoir-faire.
Gabriel Rufyiri a par ailleurs affirmé que l’unité nationale existe déjà à la base de la société burundaise, notamment entre les citoyens ordinaires. A ses yeux, les divisions se manifestent davantage au niveau des hautes sphères politiques et institutionnelles.
La fête de l’unité nationale a-t-elle raison d’être ?
S’exprimant sur la pertinence de la fête de l’unité nationale, Gabriel Rufyiri a tenu un discours critique, estimant que les commémorations symboliques ne suffisent pas à construire une véritable cohésion sociale. Il a rappelé qu’après la ratification de la Charte de l’unité nationale en 1991, le pays avait sombré dans la guerre quelques années plus tard en 1993. Pour lui, cela montre que les engagements formels ne se traduisent pas toujours en actions concrètes.
Les dirigeants affirment régulièrement que l’unité nationale est une réalité, Gabriel Rufyiri estime qu’il s’agit d’un discours attendu de la part des autorités. Il insiste cependant sur le fait que l’unité entre les citoyens ordinaires demeure une base solide pour l’avenir du pays.
Pour conclure, M. Rufyiri a posé une question qu’il considère fondamentale : comment affirmer que l’unité nationale est pleinement réalisée alors que des centaines de milliers de Burundais vivent encore en exil à l’étranger ? Pour lui, la réponse à cette question constitue un indicateur essentiel de l’état réel de la cohésion nationale.