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Filière thé : 3 ans sans engrais, 3 ans de chute libre de la production

Après près de trois ans sans fertilisation des plantations de thé, la production du thé collecté par le complexe théicole de Teza a connu une chute libre, passant d’environ 10 000 tonnes de feuilles de thé à 6 000 tonnes. Cela a été confirmé par les théiculteurs qui ont vu leur récolte diminuer de plus de la moitié, tout comme leurs revenus. Heureux de la reprise de la distribution de l’engrais, ils demandent que tout soit fait pour qu’il n’y ait plus de pénurie.

Emmanueline Habonimana, cultivant le thé sur la colline Rweteto de la zone Bukeye dans la commune de Muramvya : « Cette période sans fertilisation nous avait plongés dans de lourdes pertes ».

 

Le thé, pierre angulaire de l’économie nationale et l’une des rares cultures d’exportation qui restent au Burundi, allait passer trois ans sans être fertilisé. Emmanueline Habonimana, cultivant le thé sur la colline Rweteto de la zone Bukeye dans la commune Muramvya, explique que cette période sans fertilisation les avait plongés dans de lourdes pertes. Rencontrée sur cette colline lors de la distribution de l’engrais, elle affirme que lorsqu’elle fertilisait encore ses plantations de thé, elle récoltait environ 80 kilos de feuilles de thé, mais qu’elle était tombée à seulement entre 20 et 25 kilos. La prime qu’elle recevait, autrefois de 80 000 FBu, avait chuté à 40 000 ou 50 000 FBu.

François Gahungu, cultivateur de thé depuis 1972, témoigne lui aussi de la baisse drastique des rendements. Autrefois, lorsqu’il fertilisait correctement ses 4 600 pieds de thé, il récoltait une tonne et 400 kilos de feuilles de thé. Aujourd’hui sa production a chuté à 700 kilos. Il rappelle que la dernière pénurie d’engrais remontait à la période de l’embargo. Ces théiculteurs demandent que tout soit mis en œuvre pour éviter de nouvelles ruptures. Ils insistent également pour que les engrais soient distribués à temps car, traditionnellement, ils fertilisaient en octobre ou en novembre.

Une situation généralisée

Audace Nshimirimana, gérant du complexe théicole de Teza, confirme que la production collectée par cette usine a elle aussi fortement diminué durant cette période sans fertilisation. « Comme pour toutes les autres cultures, lorsqu’une plante ne reçoit pas d’engrais, certains nutriments essentiels lui manquent et elle ne peut pas produire normalement. Cela signifie que la récolte attendue ne peut pas être obtenue. Nous aussi, notre rendement a diminué parce que nous étions restés longtemps sans mettre d’engrais dans nos périmètres théicoles », affirme-t-il.

Il cite l’exemple de la campagne 2021-2022 : lorsqu’ils fertilisaient encore, les plantations villageoises et les blocs industriels avaient produit plus de 10 000 tonnes de feuilles de thé, transformées en plus de 2 000 tonnes de thé sec. Actuellement, la production est tombée à 6 000 tonnes de feuilles de thé, donnant à peine plus de 1 000 tonnes de thé sec.

Il espère qu’avec la reprise de la fertilisation, si les conditions climatiques s’améliorent, sla production augmentera sans aucun doute. Mais il avertit les cultivateurs : « Ils doivent utiliser l’engrais destiné au thé uniquement pour cette culture, car l’engrais conçu pour le thé n’est pas adapté aux autres plantes. S’ils l’utilisent ailleurs, ils risquent d’appauvrir leurs sols et de ne pas obtenir le rendement qu’ils espéraient », dit-il.

La concurrence, un autre facteur

M.Nshimirimana ajoute que l’arrivée d’une société privée de transformation du thé dans la région a également contribué à réduire la quantité de thé livrée à l’usine publique. Comme il l’explique, cette usine Lovimax s’approvisionne auprès des mêmes producteurs qui, auparavant, livraient exclusivement leur thé à l’usine publique de Teza. Il regrette que ces plantations de thé, dans lesquelles l’OTB avait tant investi, fourni des techniciens pour les suivre et même distribué des engrais subventionnés pour leur entretien, soient désormais partiellement détournées vers cette société privée.

L’Office du Thé du Burundi (OTB) a lancé officiellement la campagne nationale d’application d’engrais de type NPK pour les plantations théicoles du Burundi le 23 décembre 2025 à Rwegura (commune Kayanza). Cet engrais est subventionné à 85 % par l’Etat. Cette campagne couvrira 7 020 hectares avec plus de 2 000 tonnes d’engrais, dans l’objectif d’atteindre 47 600 tonnes de feuilles de thé cette année.

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