Face à la flambée des prix des loyers dans plusieurs quartiers de Bujumbura, le président de l’OLUCOME, Gabriel Rufyiri , appelle les locataires à se constituer en association pour défendre leurs droits. Il dénonce des hausses jugées anarchiques et pointe la responsabilité des commissionnaires. Malgré la création d’un organe de régulation en 2024 et l’annonce d’un ambitieux programme de logements sociaux, les solutions tardent à se concrétiser. Pour lui, seul un cadre de concertation inclusif permettra d’apaiser les tensions.
Toute hausse de loyer devrait s’inscrire dans une grille tarifaire claire, établie et fournie par l’Etat.
« Les locataires devraient se constituer en association pour défendre leurs droits », a déclaré Gabriel Rufyiri, président de l’olucome, lors d’une conférence de presse qu’il a tenue le 10 février 2026. Et cela suite à l’actuelle montée exagérée des prix des loyers où depuis plusieurs mois, les prix des loyers ont doublé et parfois même triplé dans différents quartiers de la ville de Bujumbura, suscitant inquiétude et incompréhension au sein de la population. Les bailleurs justifient ces augmentations par la forte inflation. Les locataires, quant à eux, dénoncent des pratiques spéculatives et une absence totale d’encadrement.
Pour Gabriel Rufyiri, il est inadmissible que les propriétaires des maisons augmentent les loyers de manière anarchique. Il estime que toute hausse devrait s’inscrire dans une grille tarifaire claire, établie et fournie par l’Etat, afin d’éviter les abus et de garantir un minimum d’équité dans les relations contractuelles.
Les commissionnaires pointés du doigt
Le président de l’Olucome considère que la situation est aggravée par la présence des commissionnaires, ces intermédiaires qui interviennent dans les transactions de location. Selon lui, ces derniers s’enrichissent sur le dos des locataires sans s’acquitter d’aucun impôt. Pour lui, l’Etat devrait mettre en place des mécanismes clairs pour supprimer purement et simplement ces intermédiaires dont les pratiques contribueraient à la flambée des loyers.
Au cours d’une conférence de presse tenue le 2 février 2021, le porte-parole du ministère de l’Intérieur avait précisé que le métier de commissionnaire devait être interdit dans tout le pays. Cette interdiction devrait concerner toutes les transactions présentant cette forme, notamment la vente des parcelles, la vente ou la location des maisons, etc. Selon lui, les « faux commissionnaires » ne sont enregistrés nulle part. Ils ne disposent ni de registre de commerce ni de reconnaissance légale.
ARCTI : une institution utile, mais qui n’a jamais existé
La situation se présente ainsi alors que l’Etat a créé, par décret présidentiel en juillet 2024, l’Autorité de Régulation et de Contrôle des Transactions Immobilières au Burundi (ARCTI). Cette institution devait constituer un cadre institutionnel et réglementaire permettant aux pouvoirs publics d’exercer des contrôles systématiques sur la manière dont les transactions immobilières sont effectuées.
L’objectif affiché était d’assurer la sécurité juridique des transactions et la certitude des valeurs déclarées. Ce cadre réglementaire devait également contribuer à propulser les investissements dans le secteur immobilier et à limiter l’évasion fiscale. Avec la mise en place de l’ARCTI, les transactions immobilières pourraient être coordonnées à travers un cadre institutionnel connu et structuré. Toutefois, malgré l’existence de ce cadre légal, l’organe n’est toujours pas opérationnel à ce jour, laissant un vide dans la régulation du secteur.
Projet de logements sociaux à l’arrêt
Le président de l’Olucome a également évoqué le projet de logements sociaux annoncé en juin 2023 par le ministère en charge de l’habitat. Ce programme ambitieux prévoyait la construction de 33 000 maisons par an avec pour objectif de faire passer le taux d’urbanisation du pays de 14 % à 40 % d’ici 2040. Environ 50 000 personnes se sont inscrites pour demander un logement social, principalement dans la municipalité de Bujumbura. Cependant, ce projet est actuellement à l’arrêt, accentuant la pression sur le marché local.
Pour résoudre durablement le problème de la flambée des loyers, Gabriel Rufyiri propose la mise en place d’un cadre de concertation réunissant propriétaires de maisons à louer, représentants de l’Etat et locataires. Selon lui, seule l’organisation des locataires en association permettra de porter efficacement leurs revendications. « Un problème dont on ne parle pas ne trouve jamais de solution », conclut-il.