Site icon Burundi Eco

Gestion des médicaments non utilisés dans les ménages : Le cadet des soucis

La gestion des médicaments non utilisés dans les ménages pose problème. Les ménages les gèrent  pêle-mêle. Tantôt on les jette dans les poubelles des déchets ménagers, tantôt dans les caniveaux pour être emportés par les eaux de pluie. Cette situation s’observe malgré trois ans que l’ABUCO-TI Burundi a passés à sensibiliser les décideurs sur la gestion de ces médicaments

Dans la plupart des quartiers de la ville de Bujumbura, les ménages ont du mal à gérer les médicaments non utilisés. Dans les ménages visités par un reporter de Burundi Eco mardi le 29 septembre 2020, le constat est amer. Les armoires sont pleines de médicaments qui n’ont pas été utilisés. A première vue, on dirait qu’il s’agit des pharmacies installées dans les salons des maisons. Certains de ces médicaments sont périmés. D’autres ne le sont pas encore. Dans un entretien avec certaines mamans trouvées sur place, la gestion de ces médicaments est problématique.  Elles ne savent pas comment les gérer.  Mme Noëlla Haberisoni, habitant la zone Cibitoke de la commune Ntahangwa fait savoir qu’elle les jette dans la poubelle utilisée pour la gestion des déchets ménagers. C’est le même scenario pour Mme Nadia Keza habitant à Ngagara. «Je les jette dans la poubelle utilisée pour la gestion des déchets ménagers», indique-t-elle. Le pire est que d’autres les jettent dans les caniveaux pour être emportées par des eaux de pluie.

Dans la plupart des quartiers de la ville de Bujumbura, les ménages ont du mal à gérer les médicaments non utilisés

Qu’en est-il des causes de cette situation ?

Dans un atelier organisé par l’Association Burundaise  des Consommateurs-Transparency International Burundi (ABUCO-TI Burundi) vendredi le 25 octobre 2019 sur la problématique des médicaments non utilisés dans les ménages, Serges Harindogo, pharmacien, explique les raisons pour lesquelles il existe des reliquats de médicaments non utilisés dans les ménages. Selon lui, les prestataires de soins prescrivent une grande quantité de médicaments et les patients ne parviennent pas à les consommer tous.  Par conséquent, les ménages sont obligés de les conserver dans les armoires. Cette situation conduit la population à pratiquer l’automédication, c’est -à-dire à se prescrire soi -même les médicaments. Harindogo fait savoir que quand on présente les signes du paludisme et qu’on a les paracétamols à la maison, on les ingurgite pour soulager les maux de tête et la fièvre mais, entretemps, la maladie s’aggrave. De plus, les médicaments non utilisés dans les ménages  peuvent être périmés. Quand on les  consomme, des conséquences  fâcheuses peuvent s’ensuivre. Harindogo ajoute que les ménages ont du mal à gérer les médicaments non utilisés. Pour s’en débarrasser, ils les jettent dans la nature. Les conséquences se font sentir.  Ces produits sont des substances chimiques. Ils affectent les ressources en eau potable dont l’homme, les porcins, les ovins, les caprins, etc ont besoin pour vivre.

Comment les médicaments non utilisés dans les ménages doivent être gérés

Dans ce même atelier, Dr Pharmacien Aimable Bizoza du ministère de la Santé Publique et de la Lutte contre le Sida travaillant  au département  chargé de la gestion des médicaments, des pharmacies et des laboratoires a fait savoir que les consommateurs doivent remettre les médicaments non utilisés  à la pharmacie ou à la structure de soins où  ils les ont achetés. Il ajoute qu’on peut les déposer au bureau du district sanitaire le plus proche. Ces pharmacies ou ces structures de soins en collaboration avec le département chargé de la gestion des médicaments, des pharmacies et des laboratoires fixent un calendrier pour détruire les médicaments non utilisés ou   périmés.

Bizoza est inquiet du fait qu’il n’y a pas de centre spécialisé dans le stockage et la destruction  des médicaments non utilisés dans notre pays. Et d’ajouter que même  les quelques incinérateurs installés dans la Mairie de Bujumbura sont presque  tous tombés en panne. Pour détruire les médicaments non utilisés, on se rend à  Bugarama dans la province de Muramvya.   Un autre défi lié à la gestion des médicaments non utilisés dans les ménages est que la plupart des propriétaires des pharmacies ne sont pas compétents.  Ils peuvent donc refuser de recevoir ces médicaments par manque de compétences. Ils ne savent pas ce qu’ils font. Sinon, c’est leur devoir de les récupérer  et de les acheminer au département  du ministère de tutelle pour procéder à leur destruction.

Noël Nkurunziza, secrétaire général  de l’ABUCO-TI Burundi fait savoir que les ministères techniques (Santé et Environnement) concentrent beaucoup d’efforts sur la destruction des médicaments périmés qui se trouvent dans les pharmacies, les centres de santé et les hôpitaux. Néanmoins,  il s’inquiète du fait que la gestion des médicaments détenus par des consommateurs ignorants dans les ménages est une affaire dont on ne se soucie guère. Selon lui, c’est sûr qu’il y a des médicaments non utilisés dans les ménages qui sont périmés et, par conséquent, nuisibles à la santé humaine. On vous prescrit un flacon de médicament et on  vous dit qu’après cinq jours, il ne faut pas le réutiliser. Il fait remarquer que dans d’autres pays le conditionnement des médicaments est proportionnel au temps d’usage, à la posologie et à la cure. Cependant, chez nous, il y a des médicaments qu’on achète et qu’on ne consomme pas. Cela constitue un danger.

Notons qu’après 3 ans de sensibilisation des décideurs sur la gestion de ces médicaments, Pierre Nduwayo, président de l’ABUCO-TI Burundi s’inquiète du fait que rien n’est entrain d’être fait pour inverser la tendance. Cette association qui milite pour la protection des droits des consommateurs a alerté les décideurs sur les dangers que provoquent ces produits sur la santé et l’environnement comme l’automédication et la pollution atmosphérique. L’ABUCO-TI Burundi les a invités à prendre des mesures conséquentes pour les éradiquer.   A partir de cette année 2020, et plus spécialement au cours de la semaine verte du 28 septembre au 2 octobre 2020, cette association compte concentrer plus d’efforts à la sensibilisation de la communauté en général afin qu’elle prenne conscience de ce fléau.

Quitter la version mobile