Pendant les vacances d’été, de nombreux élèves de la commune Gishubi, dans la province de Gitega, ne consacrent pas tout leur temps au repos ou aux loisirs. Pour certains, ces semaines sont synonymes d’activités génératrices de revenus. Parmi elles, la vente de cannes à sucre s’impose comme l’une des pratiques les plus courantes. Ces jeunes trouvent dans ce commerce une manière de se préparer à la rentrée scolaire, mais aussi de répondre aux besoins de leur famille.
Pendant la période d’été, le commerce des cannes à sucre occupe certains élèves de la commune Gishubi durant les vacances.
Ces enfants, dont l’âge varie souvent entre 12 et 16 ans ou plus, se rendent à pied dans les zones productrices situées parfois à plus d’une dizaine de kilomètres de leur commune. Ils s’approvisionnent notamment dans les environs de Janja, près de la rivière Ruvyironza, ancienne commune de Makebuko, ou encore à Gihamagara, localité relevant autrefois de la commune Itaba. De là, ils ramènent les cannes à sucre vers différents marchés de la commune Gishubi, principalement Nyabiraba et Gishubi.
Le transport se fait de manière rudimentaire : les jeunes portent les cannes sur leur tête, parcourant de longues distances sous le soleil. Selon leurs capacités physiques, chacun transporte entre cinq et dix cannes à la fois. Arrivés aux marchés, ils les revendent au détail. Le prix d’achat varie autour de 1 000 BIF la pièce, alors que la revente s’effectue entre 2 000 et 3 000 BIF. Une marge appréciable qui leur permet de dégager un bénéfice oscillant autour de 1 500 BIF par canne.
Interrogés par Burundi Eco, plusieurs enfants affirment qu’ils trouvent dans ce commerce une réelle opportunité d’autonomie financière. « Ma famille ne peut pas me supporter en tout à cause de la pauvreté. C’est pourquoi je dois me débrouiller tant que je peux. La vente des cannes à sucre m’est très bénéfique. Je ne gagne pas moins de 5 000 BIF par semaine depuis fin juin 2025 et je dois me consacrer à cette activité jusqu’à la rentrée scolaire », confie Bienvenue, 14 ans, rencontré au marché de Gishubi. Pour lui comme pour d’autres enfants, ces revenus leur permettent d’acheter des vêtements, des cahiers ou des manuels scolaires.
Une activité épuisante malgré tout
Pourtant, derrière cette débrouillardise admirable se cache une réalité plus sombre. Le transport des cannes, sur de longues distances et dans des conditions pénibles, épuise les enfants. Ils le reconnaissent eux-mêmes : le travail est harassant, mais nécessaire. « C’est lourd. Parfois, j’ai mal à la nuque et aux épaules », confie un autre garçon rencontré également au marché de Gishubi, tout en ajustant son fagot. « Mais si je ne le fais pas, je n’aurai rien pour m’acheter mes cahiers. »
Cette situation interpelle sur la question du travail des enfants. Selon les normes nationales et internationales, le travail des mineurs, surtout avant 15 ans, est interdit ou strictement encadré. Seules les activités légères, familiales, non dangereuses et pratiquées en dehors des heures de classe sont tolérées. Le commerce des cannes à sucre, bien qu’il puisse sembler anodin, expose ces enfants à de nombreux risques : fatigue, exploitation économique, violences ou accidents lors du transport. Surtout, il peut compromettre leur droit fondamental à l’éducation. La nécessité de se débrouiller pour survivre ou financer la scolarité peut, à terme, entraîner l’échec ou l’abandon scolaire.
Les droits de l’enfant bafoués en quelque sorte
Les défenseurs des droits des enfants expliquent sans cesse que dans un contexte marqué par une pauvreté persistante au sein des familles rurales, de nombreux enfants sont poussés vers ce type d’activités. Ce n’est pas toujours un choix volontaire mais souvent une contrainte liée à l’absence de moyens financiers et à un système de protection sociale insuffisant. Les revenus tirés de ces petits commerces permettent certes d’acheter un uniforme ou des cahiers, mais ils traduisent aussi la précarité d’une jeunesse qui devrait avant tout bénéficier de son droit à l’enfance et à l’éducation.
La scène observée dans la commune de Gishubi illustre donc un paradoxe. D’un côté, une débrouillardise et un esprit d’initiative qui témoignent de la résilience des enfants face aux difficultés ; de l’autre, une réalité sociale qui met en lumière les limites des politiques de lutte contre la pauvreté et la nécessité de renforcer les mesures de soutien aux familles vulnérables. Sans un accompagnement adapté, ces jeunes risquent de payer au prix fort le poids d’une responsabilité trop lourde pour leur âge.