Trois décès à bord d’un navire de croisière dans l’Atlantique, plusieurs cas confirmés et une mobilisation de l’Organisation mondiale de la santé (OMS). L’apparition récente d’un foyer de hantavirus sur le navire MV Hondius a attiré l’attention de l’opinion internationale. Si les experts excluent tout scénario comparable à celui de la Covid-19, cet épisode met en lumière une maladie méconnue, transmise principalement par les rongeurs et rappelle l’importance de la vigilance face aux infections émergentes.
Même peu probable au Burundi, le risque rappelle que les maladies émergentes peuvent se propager rapidement à travers le monde.
Depuis le début du mois de mai 2026, les autorités sanitaires suivent avec attention un foyer de hantavirus détecté à bord du navire d’expédition MV Hondius qui effectuait une croisière entre l’Amérique du Sud et l’Atlantique Sud. Selon les données communiquées par l’OMS, plusieurs passagers ont développé une maladie respiratoire aiguë sévère et trois personnes sont décédées.
L’enquête épidémiologique a permis d’identifier le virus Andes, une souche particulière de hantavirus présente en Amérique du Sud. Cette découverte a suscité de nombreuses interrogations, notamment sur les réseaux sociaux où certains internautes ont rapidement évoqué la possibilité d’un « nouveau Covid ».
L’OMS a toutefois tenu à rassurer. « Ce n’est pas la Covid-19 », a insisté son porte-parole Christian Lindmeier lors d’un point de presse à Genève. Selon l’organisation, le risque pour la population générale demeure extrêmement faible et les modes de transmission sont très différents de ceux des coronavirus responsables de la pandémie de 2020.
Les hantavirus ne sont pas des agents pathogènes nouveaux. Ils doivent leur nom à la rivière Hantaan, située à la frontière entre les deux Corées. Leur existence a été mise en évidence après la Guerre de Corée, lorsque plusieurs milliers de soldats avaient développé une maladie grave associée à ce virus. Aujourd’hui, différentes souches circulent sur tous les continents, avec des manifestations cliniques variables selon les régions du monde.
Une maladie transmise principalement par les rongeurs
Les hantavirus sont naturellement hébergés par des rongeurs sauvages, notamment certaines espèces de souris et de rats. Les animaux infectés excrètent le virus dans leur urine, leur salive et leurs excréments. L’être humain est généralement contaminé lorsqu’il inhale des poussières ou des aérosols contenant ces particules virales. Le risque est particulièrement élevé lors d’activités réalisées dans des lieux fermés longtemps inhabités, dans des forêts, des fermes ou des zones rurales où les populations de rongeurs sont importantes.
Une morsure de rongeur ou un contact direct avec des déjections contaminées peuvent également provoquer une infection. Contrairement à de nombreuses maladies respiratoires, la transmission entre humains est exceptionnelle. La souche Andes constitue l’unique hantavirus pour lequel une transmission interhumaine a été clairement démontrée. Même dans ce cas, les spécialistes soulignent qu’elle nécessite des contacts très étroits et prolongés, notamment entre membres d’une même famille ou partenaires vivant sous le même toit.
L’OMS souligne que plusieurs exemples récents illustrent cette faible contagiosité. Des proches de patients infectés et des personnes ayant eu des contacts directs avec eux, ont été testés négatifs. Une hôtesse de l’air ayant assisté une passagère malade peu avant son décès n’a également présenté aucun signe d’infection. Cette réalité distingue fortement le hantavirus des maladies très contagieuses comme la rougeole ou la Covid-19. Pour les experts, la situation observée sur le MV Hondius s’explique davantage par la promiscuité particulière d’un navire de croisière que par une capacité élevée du virus à se propager.
Une menace limitée, mais un rappel pour la santé publique mondiale
Chez l’être humain, les hantavirus peuvent provoquer des maladies de gravité variable. Les premiers symptômes ressemblent souvent à ceux de la grippe : fièvre, maux de tête, douleurs musculaires et fatigue importante. Dans les Amériques, certaines souches peuvent évoluer vers un syndrome pulmonaire à hantavirus, caractérisé par une détresse respiratoire sévère et des œdèmes pulmonaires. Selon les autorités sanitaires nord-américaines, cette forme présente un taux de mortalité élevé pouvant atteindre près de 40 % chez les patients développant une atteinte respiratoire grave. En Europe et en Asie, les hantavirus sont davantage associés à une fièvre hémorragique avec un syndrome rénal susceptible d’entraîner une insuffisance rénale aiguë. Selon les souches concernées, la létalité peut atteindre 15 %.
L’absence de vaccin et de traitement antiviral spécifique constitue l’une des principales difficultés dans la lutte contre cette maladie. Les soins disponibles visent essentiellement à soulager les symptômes et à soutenir les fonctions vitales des patients les plus gravement atteints. La prévention demeure donc la meilleure protection. Les autorités sanitaires recommandent de limiter les contacts avec les rongeurs, d’éviter l’exposition à leurs déjections et de prendre des précautions particulières lors du nettoyage des bâtiments ou des locaux restés longtemps inoccupés.
Même si le virus Andes ne circule pas au Burundi et que le risque d’introduction apparait aujourd’hui très faible, l’épisode du MV Hondius rappelle une réalité plus large : les maladies émergentes peuvent rapidement franchir les frontières grâce aux déplacements internationaux. Pour les spécialistes en santé publique, cette flambée ne constitue pas une menace mondiale majeure. Elle rappelle néanmoins l’importance de disposer de systèmes capables de détecter rapidement des infections inhabituelles, de retracer les contacts et de mettre en œuvre des mesures de surveillance efficaces.
Dans un monde où les voyages internationaux permettent de relier les régions les plus isolées de la planète en quelques heures seulement, la vigilance reste l’un des meilleurs outils pour prévenir les futures crises sanitaires.