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Hôpitaux privés : L’absence d’infrastructures mortuaires, un réel défi à relever

Malgré la prolifération des hôpitaux, les capacités d’accueil des infrastructures mortuaires disponibles dans la ville de Bujumbura sont très  limitées. Une double peine pour les familles malheureuses   en cas de perte d’un de leurs membres à l’hôpital. Les témoignages sur la nature de ces services appellent à l’action

L’insuffisance des infrastructures mortuaires rend encore plus pesante la peine des familles en deuil. Certaines données permettent d’illustrer la situation prévalant dans quelques hôpitaux de la mairie de Bujumbura.   Les chambres froides dont disposent les hôpitaux publics restent insuffisantes par rapport à la demande. Or, les personnes qui décèdent dans les hôpitaux privés sont transférées dans les hôpitaux publics. 

Quelques exemples permettent de comprendre. Nous avons effectué une tournée au mois de novembre 2020 dans certains hôpitaux de la municipalité de Bujumbura et on a constaté que la morgue de la Clinique Prince Louis Rwagasore ne compte que 12 chambres froides, celle de l’Hôpital Roi Khaled de Kamenge en compte 24. Quant à l’hôpital Prince Régent Charles, il n’en compte que 10. 

L’absence des infrastructures mortuaires dans les hôpitaux privés constitue parfois une véritable épée dans le dos de la famille en cas de perte d’une parenté.

Selon les témoignages recueillis auprès des gestionnaires des morgues dans différents hôpitaux publics, ces locaux sont souvent submergés. La réponse est la même pour toutes nos sources : « Nous accueillons plusieurs personnes mortes qui nous arrivent de l’extérieur que celles décédées ici». Les chambres froides sont souvent pleines et on est dans l’incapacité de satisfaire d’autres demandes.  

Parmi les hôpitaux privés, seuls Kira Hospital, CMCK et Tanganyika Hospital disposent d’infrastructures mortuaires. 

Un chemin de croix pour la famille endeuillée

Dans les hôpitaux privés dépourvus de morgues, la souffrance est double dans la famille où la mort a frappé. Des témoignages frappants décrivent une précarité inouïe d’un service qui devrait être un des meilleurs. C’était pendant la nuit autour de minuit lorsque son beau-père décéda dans l’un des hôpitaux privés de la commune Mukaza. A cet hôpital, il n’y avait pas de médecin pour nous délivrer  un certificat de décès et nous avons fait des démarche jusqu’à 4 heures du matin. Nous avons essuyé plusieurs refus avant d’être accueillis plus tard dans un autre hôpital après s’être longuement expliqué », explique Mme Y.N. Cette dernière dame semble ne rien comprendre de cette mésaventure qu’elle décrit comme une véritable torture psychologique. « Si au moins il y avait un médecin. Nous avons pris trop de peine malgré une grosse facture », se lamente-t-elle, la mine renfrognée. 

Le témoignage de Paul Karikurubu, un quadragénaire qui perdu son enfant dans un hôpital privé de la ville de Bujumbura va dans le même sens. « Après la mort de mon enfant à l’hôpital, je devais trouver les moyens de le transférer ailleurs dans une morgue. Ce qui devait me coûter énormément  cher alors que je n’avais plus de sous », raconte-t-il. Pour limiter les dépenses, Karikurubu a dû procéder autrement. « Sur les conseils d’un ami, j’ai retardé le processus de transfert pour préparer en cachette les obsèques sans mettre la dépouille à la morgue », explique-t-il. Pour lui, chaque hôpital devrait disposer d’une morgue.

Incapacité d’accueil des personnes décédées dans les hôpitaux publics

Pour un gestionnaire de la morgue exerçant dans l’un des grands hôpitaux de Bujumbura, c’est quand il n’y a plus de place à la morgue qu’on refuse d’accueillir une personne décédée. « Les chambres froides sont souvent pleines », a affirmé notre interlocuteur. Pour lui, même les hôpitaux privés devraient disposer de leurs propres morgues. 

Cette insuffisance des infrastructures mortuaires constitue parfois une véritable épée dans le dos des familles en cas de perte d’une parenté.  Et si chaque hôpital  privé disposait de sa propre infrastructure mortuaire ? Sans doute tout irait pour le mieux. 

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