Le gouvernement burundais a renforcé le 9 octobre 2025 la règlementation sur l’hygiène publique, prévoyant une amende de 5 000 BIF pour les contrevenants. Toutefois, l’application de cette ordonnance soulève un paradoxe : les infrastructures sanitaires restent insuffisantes, notamment à Bujumbura, rendant l’application stricte de la loi difficile et controversée.
Les toilettes publiques sont rares dans la ville de Bujumbura tout comme à l’intérieur du pays, en particulier le long des voies publiques. Ce qui rend difficile l’application de cette ordonnance ministérielle.
L’ordonnance ministérielle conjointe No. 540/530/630/440 du 9 octobre 2025 modifie la précédente ordonnance du 5 août 2025 sur les amendes applicables aux infractions à la réglementation relative à l’hygiène et à la salubrité publique. Selon l’article 2 de cette ordonnance, toute personne urinant ou déféquant en dehors des installations prévues, jetant des papiers, des emballages en plastique ou tout autre déchet ou crachant dans les lieux publics et transports en commun, est passible d’une amende de 5 000 BIF.
Cependant, la mise en œuvre de cette loi se heurte à une réalité concrète : les toilettes publiques sont rares, surtout dans les grandes villes comme Bujumbura. A titre illustratif, entre le quartier de Kamenge et le centre-ville, soit environ 7 km, aucune installation sanitaire publique n’est disponible. Ce constat est similaire dans plusieurs autres zones de la capitale. Ainsi, bien que la loi interdise certains comportements, les citoyens se retrouvent confrontés à l’absence d’alternatives, créant un paradoxe social et pratique.
Pour Lambert Hakuziyaremye, sociologue, la loi seule ne peut pas changer durablement les comportements. S’inspirant du sociologue Michel Crozier, il explique que « le changement social ne peut pas être imposé uniquement par les décrets ». Les lois donnent un cadre, mais ne modifient pas directement la perception des individus et leurs valeurs. Une transformation durable provient de l’éducation, de l’expérience quotidienne et de la compréhension collective des enjeux. « L’application d’une loi doit être accompagnée de programmes de sensibilisation rigoureux, portés par la société civile, les associations et les institutions publiques, afin de créer une culture de propreté durable », explique M. Hakuziyaremye.
Et si les objectifs étaient multiples ?
L’expert souligne également les objectifs potentiels de l’ordonnance. Si la finalité est de promouvoir la propreté et d’assurer un environnement sain, il est impératif que l’Etat investisse dans l’infrastructure nécessaire : toilettes publiques accessibles, points de collecte des déchets et cadre opérationnel clair pour les entreprises de gestion des ordures. « Lorsque ces conditions sont réunies, la sanction devient légitime et compréhensible pour les citoyens, car l’excuse de l’absence d’alternatives n’existe plus », précise-t-il.
Par ailleurs, le sociologue attire l’attention sur le risque que l’ordonnance soit perçue comme un moyen élargir l’assiette fiscale via l’assainissement. Une application stricte de la loi sans clarification sur les modalités de sa mise en œuvre pourrait conduire à des abus ou à des sanctions disproportionnées. Pour éviter cela, les citoyens doivent être informés sur leurs obligations et sur la manière dont la loi sera appliquée.
Enfin, Lambert Hakuziyaremye rappelle que maintenir un environnement propre est non seulement un devoir civique, mais aussi une question d’honneur et de valorisation de l’image du pays. La loi constitue un outil de sanction, mais le véritable changement repose sur l’éducation, la sensibilisation et la participation active de chaque citoyen à l’amélioration de son cadre de vie.