Inaugurée en 2018, l’unité de transformation de la farine de maïs de la coopérative « IKIGORI C’IWACU » a visiblement réussi malgré la persistance des embûches. En tout cas, son président se dit optimiste quant à l’avenir de cette usine agro-alimentaire. Un reporter de Burundi-Eco s’est rendu sur place. Reportage
Il est 9 heures passées. Nous traversons la frontière qui sépare les provinces de Ngozi et Kayanza. On peut apercevoir à travers les vitres de notre véhicule beaucoup de gens occupés à planter le riz dans un vaste marais. « Ici, c’est la commune Muhanga qui commence à l’entrée même de la province Kayanza », explique notre chauffeur. Nous parcourons encore plusieurs kilomètres à travers une campagne bondée de champs de maïs et de bananerais. Dans cette partie de la commune Muhanga, la verdure s’observe partout. Les habitations qui se dressent tout au long de la piste sont presque toutes couvertes de tuiles et semblent abriter des familles modestes.
A quelques kilomètres du chef-lieu de la commune Muhanga, nous atteignons la coopérative « IKIGORI C’IWACU » bien placée dans le fin fond de la campagne sur la colline Mibazi au bord de la route. Les infrastructures de la coopérative sont érigées sur un vaste terrain bien clôturé. Le portail donnant sur la rue est à moitié ouvert. Dans cet avant-midi ensoleillé, on n’aperçoit personne à l’intérieur de la parcelle. Pas de bruit de moteurs. Pas de récolte. Pas d’activité à la coopérative. Une jeune femme nous approche. Elle veut savoir qui nous sommes et ce que nous voulons. Elle veut informer le président de la coopérative avant toute réaction. Après lui avoir expliqué notre mission au téléphone, nous pouvons alors pénétrer à l’intérieur des locaux et faire parler les employés. La jeune femme appelle un homme qui se joint à nous. C’est un des techniciens de la coopérative.
La capacité de production de cette unité de transformation est suffisante et la population s’implique davantage dans la culture du maïs. Ce qui donne de l’espoir.
Une coopérative qui a bien évolué
Lancée en 2018 avec environ 200 membres et un capital social de 12 millions de FBu, elle dispose aujourd’hui d’un capital de 60 millions de FBu. D’après Arthémon Ngerageze, président de cette coopérative, le marché est devenu et la demande continue à augmenter. La coopérative est techniquement bien équipée. Cette une véritable usine qui marche à merveille. Dans la première salle, on découvre plusieurs machines installées en série. Selon Michel Niyibizi, membre et travailleur de la coopérative affectée à la machinerie, les machines installées ont une capacité de production de 10 tonnes de farine de maïs par jour. Dans la salle servant de stock, on découvre des dizaines de sacs de farine. Pour Niyibizi, la capacité de production de cette unité de transformation est suffisante et la population s’implique davantage dans la culture du maïs. Ce qui donne de l’espoir.
Le développement communautaire boosté
Cette unité de transformation a beaucoup contribué au développement communautaire et a boosté la production du maïs. «Il y a une grande plus-value, car cette coopérative constitue un marché où nous écoulons notre production», a expliqué un des voisins de la coopérative. Tout de même, il s’agit d’une opportunité d’emploi pour les familles vivant aux alentours de cette coopérative. Aline Irakoze, responsable du magasin de la coopérative affirme qu’il y a eu des avancées dans la production. Elle soutient que la population qui a trouvé un bon débouché investit désormais dans la culture du maïs. « Alors que la coopérative avait acheté seulement 43 tonnes de maïs au cours de l’année 2020, nous avons pu rassembler plus 100 tonnes au cours de la campagne précédente », explique-t-elle.
Un tenancier d’une boutique qui allie les activités agricoles et commerciales rencontré à environ 2 kilomètres de la coopérative donne un avis à deux facettes. Selon lui, cette coopérative ne favorise pas les commerçants qui œuvrent là où elle est implantée. Il estime que les prix de la farine qu’elle produit sont un peu élevés et que les habitants l’achètent très rarement. Cependant, il affirme qu’il s’agit d’une grande opportunité pour les cultivateurs du maïs car, dit-il, la population trouve un marché juteux et qui leur est proche. Mais cet homme va plus loin et indique que la production reste insuffisante. « La population manque de soutien pour pratiquer une agriculture moderne afin de produire beaucoup », explique-t-il.
Des difficultés persistent
Le président de la coopérative indique que deux défis restent à relever pour bien fonctionner. En effet, même s’il indique que sa coopérative a enregistré des avancées notoires, Arthémon Ngerageze affirme que le problème lié à l’insuffisance de l’électricité dû au manque d’un transformateur propre à l’entreprise persiste. «Nous avons besoin d’un appui pour l’achat d’un transformateur afin de bien travailler», indique-t-il. Ngerageze ne passe pas sous silence la faible production du maïs. « La récolte du maïs reste encore très insuffisante au regard de notre capacité de production et de notre marché », réagit-il à notre préoccupation de savoir comment la coopérative apprécie le marché sur lequel elle s’approvisionne en maïs. Cependant, ce responsable est optimiste. Mais il y a un grand espoir parce que les autorités administratives, en l’occurrence le gouverneur de la province de Kayanza, encouragent la population à s’investir dans le développement de cette culture. Ngerageze affirme également que l’administration locale a toujours soutenu leurs activités.
La coopérative « IKIGORI C’IWACU » a été créée dans le cadre du Programme d’Appui à la Décentralisation (PAD) financé par la Coopération Suisse à travers l’Ong locale TWITEZIMBERE. Ferdinand Ntibarigira, cadre à l’Ong TWITEZIMBERE et chef d’antenne Kayanza à l’époque de la réalisation du projet apprécie très positivement l’évolution de cette coopérative. Selon lui, elle pourrait être une source d’inspiration pour d’autres coopératives.