Pour la troisième fois, le marché des planches de Jabe, dans la ville de Bujumbura, a été ravagé par un incendie dans la nuit du 21 au 22 juin 2026. Plusieurs ateliers, véhicules, commerces et lieux de culte ont été détruits. Alors que les causes du sinistre restent inconnues, les victimes, pour la plupart non assurées, appellent à l’aide. De son côté, l’OLUCOME réclame des enquêtes indépendantes sur les incendies à répétition qui frappent les marchés burundais.
Depuis l’incendie du marché de bois de Jabe, les personnes qui y travaillent sont plongées dans le désarroi.
Le marché des planches de Jabe, situé dans la zone Bwiza de la commune Mukaza (Bujumbura), a une nouvelle fois été la proie des flammes. L’incendie s’est déclaré vers 1h du matin dans la nuit du 21 au 22 juin 2026 et les opérations d’extinction se sont poursuivies jusqu’aux environs de 8 h sans parvenir à maîtriser complètement le feu. Selon les premières constatations, plus de la moitié du marché a été détruite. Les pertes sont considérables. Une vingtaine de véhicules stationnés dans un garage ont été réduits en cendres. Des ateliers de menuiserie (où étaient assemblés des meubles en cours de fabrication) ont entièrement brûlé tout comme plusieurs autres ateliers équipés de machines de transformation du bois. Deux églises, une école et de nombreux commerces figurent également parmi les infrastructures sinistrées. Aucun décès n’a toutefois été signalé grâce à l’intervention rapide des services de secours et des forces de sécurité.
Au lendemain de l’incendie, les commerçants n’étaient toujours pas autorisés à accéder au site pour évaluer précisément les dégâts. Les forces de sécurité continuaient à sécuriser les lieux pendant que les sinistrés et de nombreux curieux se rassemblaient aux abords du marché. Les habitants indiquent qu’il est encore impossible d’établir un bilan définitif des pertes.
Les origines de l’incendie demeurent inconnues. Les commerçants affirment qu’aucune hypothèse ne peut être privilégiée pour le moment. Les restaurants qui opéraient autrefois sur le site avaient déjà été fermés sur décision de l’administration locale. Les pistes d’un court-circuit électrique, d’une négligence ou d’un acte volontaire restent donc à vérifier. Les agents chargés de la sécurité du marché ont été entendus par les services compétents dans le cadre des investigations en cours.
Des commerçants durement frappés et très peu assurés
Au-delà de l’ampleur des dégâts matériels, l’incendie met en lumière la faible couverture des commerçants par les assurances. Selon plusieurs vendeurs, sur près d’une centaine de commerçants exerçant dans ce marché, seuls plus ou moins trois avaient souscrit une assurance pour protéger leurs biens. La plupart des victimes expliquent avoir investi grâce à des crédits bancaires qu’elles continuent à rembourser malgré la disparition de leurs marchandises et de leurs équipements. « Nous avons tout perdu et la plupart d’entre nous n’étions même pas assurés. Nous demandons au gouvernement de nous venir en aide, car beaucoup d’activités avaient été développées grâce à des prêts bancaires », confie un commerçant rencontré sur place.
Pour ces entrepreneurs, la reprise des activités s’annonce particulièrement difficile sans soutien extérieur. Beaucoup craignent de ne plus être en mesure d’honorer leurs engagements financiers auprès des banques et de reconstituer leurs stocks.
Cet incendie constitue le troisième sinistre majeur enregistré au marché des planches de Jabe. Ces incendies de marchés à répétition alimentent des interrogations sur les dispositifs de prévention des incendies dans les marchés du pays et sur les mesures de protection mises en place pour préserver les biens des commerçants.
L’OLUCOME réclame des enquêtes indépendantes
Au lendemain du drame, l’Observatoire de lutte contre la corruption et les malversations économiques (OLUCOME) a exprimé sa vive préoccupation face à la multiplication des incendies dans les marchés burundais. Lors d’une conférence de presse tenue le 22 juin 2026, son président, Gabriel Rufyiri, a regretté que les résultats des enquêtes ouvertes après les précédents incendies ne soient jamais rendus publics. Il cite notamment les incendies qui ont touché le marché central de Bujumbura, le marché de Kinama, le marché de Kamenge, « Camp Base », Ku Kabasazi, le marché des planches de « chez Sion », etc.
Selon lui, l’Etat a la responsabilité de garantir la sécurité des personnes et de leurs biens. Il estime que le développement économique du pays reste compromis tant que les commerçants ne bénéficient pas de mécanismes efficaces de prévention et de protection contre ce type de catastrophe. L’OLUCOME demande ainsi d’enquêtes indépendantes et approfondies afin d’identifier les causes réelles de ces incendies et, le cas échéant, de poursuivre leurs auteurs devant la justice.
L’organisation appelle également les commerçants et les autres opérateurs économiques à assurer leurs biens afin de limiter les conséquences financières d’éventuels sinistres. Pour Gabriel Rufyiri, une meilleure culture de l’assurance permettrait aux victimes de reconstruire plus rapidement leurs activités après de telles catastrophes. En attendant les conclusions des enquêtes ouvertes par la police, les sinistrés du marché des planches de Jabe espèrent désormais un appui des pouvoirs publics pour relancer leurs activités et éviter que ce nouvel incendie ne les plonge durablement dans la précarité.