L’insuffisance rénale chronique (IRC) est un problème de santé publique mondial qui touche environ 195 millions de femmes dans le monde. Elle est actuellement la 8ème cause de décès chez les femmes, avec près de 600 000 décès chaque année. Zoom sur cette maladie souvent attribuée aux hommes
Selon Sylvain Pierre Nzeyimana, médecin néphrologue les reins sont chargés de filtrer le sang, d’en éliminer les déchets et de réguler la pression artérielle. En même temps, les reins interviennent dans la régulation de certains éléments qui se trouvent dans le sang comme le calcium, le phosphore, le sodium, le potassium. Les reins interviennent aussi dans la production des globules rouges via une hormone qui s’appelle l’érythropoïétine. Donc, quand les reins sont malades, ils ne pourront plus accomplir cette tâche. C’est de là qu’on parlera d’insuffisance rénale. Des signes se manifestent comme une tension artérielle élevée, le patient ne pourra plus éliminer l’urine. Donc il aura des œdèmes qui sont des troubles de la circulation sanguine. Il s’agit d’un gonflement des tissus (les pieds gonflent) dû à la présence d’une quantité anormale de liquide. Le patient aura aussi une anémie, car il n’y a pas de production suffisante de globules rouges. Si les reins sont détruits, c’est là qu’on propose la dialyse. Celle-ci est un traitement qui va remplacer la fonction des reins et alors le sang sera filtré par une machine. Cette dernière va filtrer le sang du patient à la place des reins et cela va permettre au patient de survivre.
Sylvain Pierre Nzeyimana, médecin néphrologue : « A la différence de l’insuffisance rénale aiguë, l’insuffisance rénale chronique est irréversible ».
L’insuffisance rénale est de deux sortes
L’insuffisance rénale peut être aiguë (IRA) quand on observe une dégradation brutale de la fonction rénale tandis qu’elle est chronique (IRC) quand cette dégradation est progressive, lente, quand il a une évolution supérieure à 3 mois. Les causes de l’IRA sont multiples mais, ici au Burundi, la cause principale est le paludisme. Il y a également des causes toxiques comme les médicaments qu’ils soient traditionnels ou chimiques. Les médicaments comme les antiinflammatoires, les diclofénac sont très mauvais pour les reins. « Il ne faut pas en prendre s’ils ne sont pas prescrits par un médecin ». Il y en a aussi qui prennent des médicaments traditionnels qui peuvent être toxiques. Les causes de l’IRC sont souvent les maladies chroniques qui abîment progressivement les reins. Il fait référence au diabète et à l’hypertension artérielle. Plus de 90% des personnes qui souffrent d’une insuffisance rénale l’ont eu à cause de ces 2 maladies. Ce sont des maladies qui évoluent lentement et qui abîment sérieusement les reins. A la différence de l’insuffisance rénale aiguë, l’insuffisance rénale chronique est irréversible. Alors on observe une dégradation de la fonction rénale sans récupération. Elle sera lente, progressive, mais surtout irréversible. Pour l’insuffisance rénale aiguë, quand la cause est corrigée, les reins redeviennent normaux.
Une prévalence moyenne de 14% chez les femmes et de 12% chez les hommes
Pour ce spécialiste de la maladie des reins, le risque de développer une maladie rénale chronique MRC est au moins aussi élevé chez les femmes que chez les hommes, et peut même être plus élevé. Selon certaines études, l’IRC est plus susceptible de se développer chez les femmes que chez les hommes, avec une prévalence moyenne de 14% chez les femmes et de 12% chez les hommes. Cependant, le nombre de femmes sous dialyse est inférieur à celui des hommes. Certaines raisons majeures peuvent expliquer cela : la progression de l’IRC est plus lente chez les femmes que chez les hommes, les barrières psycho-socio-économiques et un accès inégal aux soins. Selon le néphrologue Nzeyimana, les femmes ne se font pas soigner. Elles sont souvent défavorisées, car ce ne sont pas elles qui prennent les décisions dans le ménage. La plupart des fois, elles se font soigner quand les soins sont gratuits mais, quand c’est payant, il y a moins de femmes.
Le Dr Sylvain Pierre Nzeyimana révèle qu’au Burundi la dialyse est chère. Le coût moyen d’une séance de dialyse est de 200.000 BIF et un patient doit normalement faire 3 séances par semaine. Cela fera 600 mille FBu par semaine et 2400000 FBu par mois. « Personne ne peut avoir cet argent étant donné que c’est un traitement à vie sauf si le patient reçoit une greffe rénale qui coûte en moyenne 20 mille USD à Nairobi ».
Néanmoins, il y a une lueur d’espoir pour les malades, fait savoir le néphrologue Nzeyimana. Toute personne dialysée chronique au Burundi est prise en charge par l’Etat. Il parle de la couverture sociale : si elle est affiliée à la Mutuelle de la Fonction Publique, cette dernière rembourse à hauteur de 80% des soins comme pour toute autre maladie. (Uniquement pour 2 séances / semaine). Pour les patients sans mutuelle, la prise en charge est assurée par le Ministère de la Solidarité pour 2 séances / semaine.